Le professeur Martin Aubé et les étudiants Mia Caron et Alexandre Simoneau devant un appareil de mesure de pollution lumineuse, qui a servi lors d’un colloque au Maroc.

L’expertise du ciel étoilé estrien s’étend au Maroc

SHERBROOKE — Une réserve de ciel étoilé semblable à celle développée autour du parc national du Mont-Mégantic (RICEMM) est en voie de création au Maroc. Des Estriens ont d’ailleurs partagé leur expertise afin de poser les premiers jalons de cette réserve qui sera créée dans le Haut-Atlas.

Le professeur Martin Aubé du Cégep de Sherbrooke, Mia Caron, étudiante au Cégep, et Alexandre Simoneau, étudiant au doctorat à l’Université de Sherbrooke, reviennent tout juste d’un colloque qui se tenait à Marrakech. 

La réserve engloberait notamment l’observatoire d’Oukaimedden et le parc national de Toubkal. 

M. Aubé et ses étudiants se sont rendus à Marrakech avec un instrument de mesure de la pollution lumineuse, où ils ont pu faire des tests et une démonstration.

L’instrument a aussi la particularité de déterminer la couleur de la lumière observée. Au départ, il pouvait seulement calculer l’intensité de lumière. 

« Plusieurs études récentes ont démontré que la couleur de la lumière a vraiment un impact, autant chez l’humain que pour la biodiversité. On a installé une roue à filtres, cinq roues de couleur différentes. Ça va permettre de calculer la couleur dans le ciel », explique Mia, une boursière du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FRQNT) qui a présenté une conférence à Marrakech.

Les études soulèvent plusieurs préoccupations au sujet de la lumière bleue, rappelle M. Aubé. 

« Il y a un petit ordinateur là-dedans. On peut le brancher sur internet. Une des ambitions du projet, c’est d’avoir accès aux données dans un réseau. On voudrait que cet appareil-là, il n’y en ait pas seulement trois ou quatre dans le monde. On aimerait qu’il y en ait des centaines, connectés au réseau. À partir d’ici, on pourrait récolter les données tous les jours de tous les appareils et cartographier l’évolution à travers la planète. »

« Je m’intéresse à la compréhension théorique de la propagation de la lumière dans l’environnement, explique Alexandre. Je travaille sur le modèle de pollution lumineuse développé par le professeur Aubé pour essayer de l’améliorer. Ça nous permet de suivre de façon détaillée l’état de la pollution lumineuse (...) On peut savoir d’où vient la lumière, ça nous dit où sont les sources, et on peut vraiment les contrôler. »

Il développe un nouveau modèle qui sera plus facile à utiliser.

Il a fait des simulations dans le cadre de la conférence où il pouvait montrer, par exemple, l’impact qu’aurait l’implantation d’un éclairage semblable à celui de Sherbrooke, moins nocif pour la pollution lumineuse. 

« On voit que la source principale (de lumière), ce sont les sources locales », illustre Alexandre, en faisant allusion aux petits villages qui illuminent le ciel marocain.  

Rémi Boucher, biologiste à la réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic (RICEMM), a aussi pris part au colloque à titre de conférencier. 

Rappelons que la RICEMM a été la première réserve certifiée par l’International Dark Sky Association (IDA). On en compte 12 actuellement dans le monde, selon l’IDA. 

Des représentants de la RICEMM présenteront un bilan de la première décennie de la réserve lors du congrès Artificial Light at Night, aux États-Unis en novembre.