L’ancien directeur général de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette, a expliqué le processus qui mène à l’embauche des directeurs à Sherbrooke.

L’ex-DG se porte à la défense de Daniel Picard

L’ex-directeur général de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette, est sorti de sa retraite vendredi matin, pour défendre le processus d’embauche des directeurs de la Ville de Sherbrooke, et plus particulièrement celui ayant mené à l’embauche de son successeur, Daniel Picard. Il assure que la Ville a fait toutes les vérifications nécessaires auprès de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, d’où M. Picard était parti à la suite d’une entente.

Rappelons que M. Picard s’est retrouvé sous les projecteurs quand il a été dévoilé qu’une consultante externe avait été embauchée pour évaluer son rendement, au moment où le conseil municipal devra se prononcer sur sa volonté de le confirmer dans son poste. La présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, avait précisé que l’évaluation des employés à la fin de leur probation n’a rien d’exceptionnel.

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« Je voulais rassurer la population sur le processus qu’on prend lorsqu’on embauche des directeurs à la Ville de Sherbrooke. On utilise un processus rigoureux et un comité de sélection. [...] Il n’a pas été embauché à l’aveuglette, sans qu’on fasse nos vérifications », explique M. Vermette. Un consultant externe avait été embauché.

Yves Vermette rapporte que la Ville de Sherbrooke savait, lorsque M. Picard a été embauché en 2016 à la direction des ressources humaines, qu’il s’était passé quelque chose à la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu. « M. Picard n’a jamais été congédié à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il y a une entente avec une quittance pour une chicane à l’interne entre quelques individus. C’est sous le sceau de la confidentialité. Toutes les recherches qu’avait faites le consultant me rassuraient. Nous n’avions pas à avoir peur de son embauche pour ses qualités de gestionnaire, mais également pour ses compétences de communication, de jugement, d’esprit ouvert. »

M. Vermette a aussi appelé le DG de la Ville de Saint-Jean-

sur-Richelieu pour savoir ce qu’il pensait de M. Picard. « Il n’avait que des éloges et des commentaires positifs à me faire. »

Selon lui, Daniel Picard a démontré, une fois au service de la Ville de Sherbrooke, ses qualités de gestionnaire et d’ouverture d’esprit. « C’est pour ça qu’il a soumis sa candidature et qu’il a été invité en entrevue pour me remplacer. »

Geste de solidarité

L’ex-directeur général dit avoir décidé de s’adresser aux médias de son propre chef. « Quand j’ai entendu ce qui se disait dans les médias, j’ai offert par solidarité pour le poste que j’ai occupé d’expliquer le processus. C’est un processus apolitique. »

Yves Vermette s’est bien gardé d’émettre une opinion sur la tourmente qui envahit l’hôtel de ville. Il a toutefois rappelé qu’il est impossible d’avoir l’unanimité au sein d’un conseil municipal. « L’important c’est de sentir la confiance en général du conseil. J’ai travaillé dans un contexte où les résolutions ne passaient pas à l’unanimité. Ça fait partie du monde politique. Il n’y a rien qui prouve que M. Picard n’est pas légitime dans son poste. »

M. Vermette convient que le départ récent d’un directeur général adjoint et la médiatisation du processus d’évaluation du directeur général sont de nature à soulever des questions. « Je suis ici pour vous dire que malgré ces questions, le processus est très rigoureux. »

Le maire Steve Lussier n’a pas souhaité s’adresser aux médias et ne le fera pas avant le conseil municipal de lundi. La présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, a décliné la demande d’entrevue de La Tribune par l’entremise du Service des communications de la Ville. En entrevue au 107,7 avec Steve Roy, elle avait néanmoins déclaré en matinée vendredi n’avoir jamais entendu parler de gestes répréhensibles du directeur général. Elle a précisé que la collecte de données pour évaluer le rendement du directeur général avait été annulée.

Crise de confiance au conseil

Échaudés par les événements de la dernière semaine concernant le directeur général, plusieurs élus municipaux appellent à l’unité, au respect d’un processus qui se voulait objectif, et conviennent qu’il faudra retisser les liens et rebâtir la confiance. Entre-temps, le comité exécutif s’est réuni jeudi pour traiter du dossier du directeur général.

Annie Godbout est de ceux qui auraient préféré que le travail de la consultante externe pour évaluer le rendement du directeur général se poursuive. « Je ne veux pas me laisser distraire par les sorties publiques. J’en appelle au conseil pour que nous fassions une analyse objective du travail de M. [Daniel] Picard, mais aussi de ses relations avec les élus et les hauts fonctionnaires. Je m’attends à avoir des données sur lesquelles baser ma décision. Laissons les émotions de côté. Il faut s’élever au-dessus de tout ça. »

Mme Godbout parle d’une crise de confiance au conseil. « Je souhaite qu’on gagne en efficience. En ce moment, nous vivons une guerre politique. Il faudra retisser les liens. »

Vincent Boutin ajoute que le conseil ne s’est pas rendu service « avec une fuite de cette ampleur ». « Je suis surtout déçu pour l’individu [M. Picard], qui avait droit à évaluation confidentielle. Élevons-nous en tant que conseil. »

S’il souhaite avoir son mot à dire dans l’évaluation du travail du directeur général, M. Boutin croit que les positions sont déjà campées depuis un moment chez ses collègues. 

Julien Lachance admet que le conseil « ne fonctionne pas harmonieusement ». « Ça tire de tous les bords. Je veux contribuer à recentrer le débat. »

Rémi Demers considère que le dossier a été trop médiatisé. « Nous avons le défi de travailler en équipe, et nous ne gagnerons pas la coupe Stanley comme on est parti. On a fait le pari qu’un groupe de conseillers indépendants peut mener à bien le travail pour l’intérêt collectif, mais notre défi est majeur. Et c’est pas l’affaire juste du maire. On exige de nos services qu’ils soient performants. Le conseil a le même défi, et pour le moment, il y a trop d’électrons libres. Je souhaite que la campagne électorale ne commence pas tout de suite... »

Culture malsaine

Évelyne Beaudin croit qu’on a volontairement omis de transmettre de l’information aux élus concernant l’embauche du directeur général. « Ce qu’on m’a répondu, c’est qu’il y avait une entente de confidentialité concernant son départ de Saint-Jean-sur-Richelieu. Juste nous dire qu’il y avait une entente de confidentialité, ç’aurait été quelque chose. Je m’attends à ce qu’on me donne l’information pertinente avant que je prenne une décision. Je ne comprends pas pourquoi on a arrêté le processus d’évaluation de M. Picard. »

Mme Beaudin parle d’une culture malsaine de manque de transparence. « Ça fait combien de fois que le maire reste caché dans son bureau et laisse les autres aller au front quand ça brasse? Il devrait être le premier concerné dans le dossier. Je ne remets pas le processus d’embauche en question, mais la transparence du processus. »

Claude Charron a une pensée pour Daniel Picard et indique qu’il fait du bon travail. « En théorie, il y a une personne qui a fait ça. C’est malsain. »

Danielle Berthold souhaite garder ses commentaires pour lundi. « Ce n’est pas comme ça qu’on fait de la politique. Je trouve ça dégradant. »

Marc Denault, lui, déplore qu’un dossier de ressources humaines se soit retrouvé sur la place publique. 

Enfin, Pierre Avard ne veut pas commenter avant d’avoir eu des discussions au conseil municipal. « Il n’est pas irrégulier d’évaluer les employés avant de confirmer leur embauche. Les gens en poste ont droit au respect de leur fonction. »

Karine Godbout, Paul Gingues et Chantal L’Espérance n’ont pas rappelé La Tribune. Il n’a pas été possible de joindre Pierre Tremblay, qui est en vacances.