Difficile de mettre la main sur des pots Mason, ces jours-ci, alors qu’un grand nombre de Québécois ont adopté le jardinage et la cuisine maison cette année. Au Canadian Tire du Plateau Saint-Joseph, qui avait fait preuve d’une grande rapidité dans sa commande, on rapporte en avoir vendu 15 à 20 fois plus que l’an dernier.
Difficile de mettre la main sur des pots Mason, ces jours-ci, alors qu’un grand nombre de Québécois ont adopté le jardinage et la cuisine maison cette année. Au Canadian Tire du Plateau Saint-Joseph, qui avait fait preuve d’une grande rapidité dans sa commande, on rapporte en avoir vendu 15 à 20 fois plus que l’an dernier.

L’été du retour aux sources

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Couronnée « loisir numéro un » du confinement par l’Observatoire de la consommation responsable (OCR), la cuisine maison continue d’avoir la cote au Québec. Alors qu’on a dévalisé les étalages de farine et les centres de jardinage ce printemps, c’est au tour des pots Mason de déserter les tablettes. Que nous arrive-t-il?

Sans l’ombre d’un doute, Mario Banville, directeur général du Canadian Tire du plateau Saint-Joseph à Sherbrooke, constate la popularité monstre des articles reliés à la maison depuis ce printemps, dont les BBQ et les articles de jardinage ou de cuisine. Le magasin a d’ailleurs été l’un des rares de la région, et même de la province, à recevoir un approvisionnement en grande quantité de pots Mason, ces bocaux spécifiquement recherchés pour la mise en conserve maison.

Rarissimes, des pots vendus par des particuliers sur des plateformes de petites annonces s’envolent en quelques minutes, tandis que des boîtes de 12 bocaux sont affichées jusqu’à trois ou quatre fois plus cher qu’à la normale sur Amazon. 

Mélanie Grégoire, propriétaire des Serres St-Élie

« Quand on a vu les gens acheter des semences ce printemps, on a tout de suite commandé des pots Mason », dit-il, précisant que les stocks dont déjà presque épuisés et qu’il est impossible d’en commander au fournisseur actuellement. « Je dirais qu’on en a vendu entre 15 et 20 fois plus que l’année dernière. On s’attend aussi à vendre énormément d’articles de cuisine dans le temps des fêtes. C’est certain que ce sera un cadeau populaire. » 

Pouces verdis et chaudrons usés

Mélanie Grégoire, propriétaire des Serres St-Élie, qualifie la saison estivale 2020 de « complètement folle ». « Mais je pense qu’on a pris des bonnes décisions, raconte-t-elle. On avait six serres inutilisées, et j’ai décidé de les remplir de légumes quand la pandémie est arrivée. Mes employés disaient que j’étais folle et qu’on ne vendrait jamais tout. Finalement, on en a manqué! » 

Pour Caroline Boivin, professeure en marketing à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke et chercheuse à l’OCR, il existe plus d’une raison pour expliquer cette soudaine tendance vers la cuisine et la souveraineté alimentaire. Tout d’abord, le Québec a eu la frousse. « On s’est aperçus de notre dépendance envers les importations. On a eu peur de manquer de masques et d’équipement, et c’est quelque chose qui est venu frapper l’imagination. On s’est donc demandé ce qu’on pourrait faire nous-mêmes », répond celle qui a travaillé sur la « Vigie conso COVID-19 » de l’OCR, qui a identifié une grande tendance vers la consommation locale. 

« Faire pousser ses carottes, c’est excessivement concret, renchérit Mélanie Grégoire. Je pense qu’en temps de crise, les gens ont besoin de concret. » 

Les gens avaient également beaucoup plus de temps à la maison, tout en étant limités dans leurs loisirs, poursuit Mme Boivin. « On a aussi essayé de faire quelque chose de plus festif, comme on avait moins de plaisir. On s’est mis à chercher des nouvelles recettes, à essayer de nouvelles choses. On a vu que les boîtes à cuisiner sont aussi devenues plus populaires durant la pandémie. »

Selon le dernier rapport de la « Vigie conso COVID-19 » de l’OCR, à la mi-mai, déjà 36,2 % des Québécois affirmaient avoir planté plus de légumes. Les arguments de l’environnement, du plaisir et du désir de réaliser des économies étaient donnés, comme pour les autres types d’activités de type « fait maison ». 

La redécouverte de la cuisine et du jardinage va également de pair avec une autre tendance populaire depuis mars : le « slow life », ou l’art de prendre le temps. « Quand on est obligés de rester à la maison, on s’assoit, on regarde et on respire. Prendre le temps, c’est aussi logique avec prendre des bons repas et manger en famille », analyse Mme Boivin.   

Caroline Boivin est professeure en marketing à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke. La chercheuse a également pris part à la « Vigie conso COVID-19 » de l’Observatoire de la consommation responsable, ce printemps.

Habitudes permanentes 

La tendance se fait de plus en plus évidente et se poursuit, mais aura-t-elle une fin? 

« Ça, c’est la question qui revient tout le temps. Plus ça dure, plus on a des habitudes qui s’ancrent. Mais on ne sait pas quand sera la fin, et je n’oserais pas me prononcer sur quand se terminera la pandémie. Mais je ne pense pas qu’on va revenir complètement à ce que c’était avant », avance Mme Boivin.  

« Je pense que ça va durer, répond de son côté Mélanie Grégoire. Si on regarde l’histoire, il s’était passé la même chose avec les Jardins de la victoire, dans le temps de la Deuxième Guerre mondiale. Mes grands-parents, qui les ont connus, ont conservé le jardinage dans leurs habitudes de vie. Il y en a cette année qui ont manqué leur coup et qui n’auront que quelques carottes, mais ils ont acquis des connaissances et ont déjà investi dans le matériel. »