Gracieuse Lapointe est confinée dans son appartement des Résidences Soleil Manoir, mais elle a reçu, à distance, la visite de sa fille cette semaine. Ni la mère ni la fille ne sont inquiètes pour l’instant de la sécurité et la santé des résidents. 
Gracieuse Lapointe est confinée dans son appartement des Résidences Soleil Manoir, mais elle a reçu, à distance, la visite de sa fille cette semaine. Ni la mère ni la fille ne sont inquiètes pour l’instant de la sécurité et la santé des résidents. 

L’esprit familial consolidé par la pandémie

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Gracieuse Lapointe habite les Résidences Soleil Manoir, la résidence privée pour aînés de Sherbrooke qui compte au moins 11 cas positifs au coronavirus. Loin d’être en état de panique, Mme Lapointe assure qu’elle ne craint pas pour sa santé, qu’on prend bien soin d’elle et elle n’a jamais reçu autant d’appels.

« Je ne suis pas abandonnée », résume la dame de 87 ans, qui vit en confinement dans son appartement de trois pièces et demi depuis deux semaines.

« Je dirais même que ma mère est encore plus de bonne humeur que d’habitude, car la crise actuelle a renforcé notre esprit familial. Oui, une sensibilité a été créée au sein au de notre famille », témoigne Marie-Claude Lapointe, une des trois enfants de la résidente.

Sa fille qui l’appelait une fois par semaine normalement prend de ses nouvelles quotidiennement. Son fils lui a fait la lecture par téléphone de La Tribune cette semaine, une première. Et sa nièce de Québec a pris de ses nouvelles à distance.

« Je suis allée lui faire une visite surprise cette semaine. Je suis restée à l’extérieur, à environ 50 mètres de son balcon, et je lui ai dit de sortir. Elle est aveugle d’un œil et voit seulement à 5 pour cent de l’autre, alors elle ne me voyait pas, mais j’ai parlé fort pour qu’elle m’entende » ajoute sa fille.

Gracieuse Lapointe reçoit ses repas à son appartement. Les marches dans le corridor sont interdites. Les résidents doivent prendre leur température chaque jour et inscrire le résultat sur une fiche à l’extérieur de leur porte d’appartement. Comme Mme Lapointe ne voit presque plus, un membre du personnel vient prendre sa température exceptionnellement. L’appel avec La Tribune doit être momentanément interrompu pour cette raison.

« Vous faites 35,6. Tout est beau », entend-on de loin.

« On nous surveille de près. Je suis entre de bonnes mains », enchaîne Gracieuse Lapointe.

Pour passer le temps, elle écoute des livres audios, la radio ou la télévision. Et elle sort prendre l’air sur le balcon. Elle a hâte de retourner manger dans la salle commune.

L’isolement et la crise actuelle ont inspiré Marie-Claude à rendre hommage à sa mère. Elle a écrit un texte et lui en a fait la lecture.

« Malgré les contraintes récentes, ton âme reste lumineuse, ton esprit vif et d’humeur constamment agréable. Ta tolérance et ta patience feraient envie à n’importe quel moine tibétain. Tu es une femme intelligente et réaliste, une femme sensible, de son époque. À 87 ans, tu es encore et pour toujours un modèle de femme inspirante, même en cette période sans pareille ».

En lui lisant, Marie-Claude a laissé aller quelques larmes. « On n’est pas habitué à dire formellement aux gens qu’on les admire », souligne-t-elle assurant que ses larmes ne venaient pas de la tristesse, mais bien de la fébrilité liée à ses doux aveux.

Le personnel de la résidence mérite un hommage

Au lendemain de l’annonce des 11 résidents affectés par la COVID-19, mercredi, Marie-Claude a eu peur lorsqu’elle a vu sur l’afficheur de son téléphone que la Résidence Soleil tentait de la rejoindre. Fausse alerte. Le personnel voulait la rassurer.

« Je suis convaincue que les nombreux cas de coronavirus sont dus à de la malchance et non de la négligence. Le personnel qui prend soin de ma mère a toujours été consciencieux, préventif, attentif aux multiples exigences et souriant par-dessus le marché ».

« Je crois que c’est vraiment un bon moment pour valoriser le bon travail de tout le personnel qui prend soin de nos parents. J’ai fait un hommage à ma mère. Et les employés de la résidence en méritent un eux aussi », conclut Marie-Claude.