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L'espoir revient à Asbestos
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L'espoir revient à Asbestos
Le nom d’Alliance Magnésium a été lancé plusieurs fois durant les audiences publiques du BAPE dans le cadre de son enquête sur l’amiante et les résidus miniers amiantés. C’est que l’entreprise d’Asbestos est l’initiative de production de magnésium la plus avancée au Québec. Plusieurs craintes demeurent toutefois quant à la viabilité économique et environnementale d’un tel projet qui n’est pas sans rappeler l’usine Magnola. La Tribune s’est rendue sur place pour mesurer l’ampleur des nouveaux espoirs.
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Des cicatrices à guérir [VIDÉO]

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Des cicatrices à guérir [VIDÉO]

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
La cicatrice laissée par la fermeture de l’usine Magnola est encore bien fraîche dans la mémoire de plusieurs résidants d’Asbestos. L’usine de production de magnésium à partir de résidus minier, annoncée en grande pompe en 1998, n’aura finalement été en opération que durant quelques années de 2000 à 2003 avant de fermer, mettant ainsi à la porte 400 employés. Dix-sept ans plus tard, Alliance Magnésium tente sa chance.

Magnola a fermé en 2003 en raison de l’arrivée massive et imprévue sur les marchés de magnésium primaire à faible coût en provenance de Chine, ce qui a fait chuter les prix du magnésium.

Rémi Belliveau, qui a travaillé pendant plus de quatre ans pour Magnola et qui est maintenant directeur d’usine chez Alliance Magnésium, estime que si le marché avait été plus accueillant Magnola serait encore opérationnel aujourd’hui.

« Si le marché avait été là, Magnola aurait survécu, on se serait amélioré et on ferait beaucoup d’argent aujourd’hui », souligne-t-il. Un projet comme Magnola était probablement trop pionnier et ça n’a pas fonctionné. C’est une œuvre inachevée. »

Or, le marché a beaucoup changé depuis 20 ans

« La Chine produisait aussi 85 % du magnésium à l’époque, mais le vendait, indique Karine Vallières, directrice aux communications et affaires publiques pour Alliance Magnésium. Depuis ce temps, il y a des transformateurs qui sont nés en Chine, qui privilégie son marché intérieur. Ça crée une rareté du magnésium à l’échelle internationale. » 

Au début des années 2000, le marché mondial de magnésium était d’environ 300 000 tonnes. Il est à près d’un million de tonnes aujourd’hui. Le magnésium est notamment de plus en plus demandé dans l’industrie de l’automobile et celui de l’aérospatiale. Le magnésium est 70 % plus léger que l’acier et 33 % plus léger que l’aluminium.

« Les véhicules qui sont faits d’aluminium militaire, c’est parce qu’il y a du magnésium, explique l’ancienne députée de Richmond. La colonne de direction et le châssis en contiennent aussi. La Tesla est faite avec du magnésium. »

Le métal possède aussi une grande propriété de réduction des vibrations.

« Lorsqu’on donne un coup par exemple, les vibrations ne se transmettent pas, mentionne Rémi Belliveau. Quand tu conduis ta BMW ou ta Mercedes et que tu trouves que c’est smooth, c’est parce qu’il y a un gros pourcentage de magnésium qui est mélangé avec l’aluminium. »

L’industrie de l’aluminium, qui est bien implantée au Québec, est d’ailleurs une consommatrice importante de magnésium.

« Dès qu’on parle d’aluminium, il y a automatiquement du magnésium, souligne Mme Vallières. Il va donner la dureté à l’aluminium. L’industrie de l’aluminium tente de développer un produit le plus vert possible, mais ils vont le faire en ce moment en achetant du magnésium de la Chine, qui n’est pas vert du tout. »

Le magnésium devrait aussi être un matériau de choix dans l’électrification des transports.

« La légèreté va augmenter l’autonomie des véhicules à batterie. Mais de toute façon, peu importe le véhicule, plus il est léger, moins il consomme », résume Mme Vallières.

Un pas à la fois

L’usine Magnola a décidé de produire 62 000 tonnes de magnésium dès le début de la production. Alliance Magnésium tente une approche en plusieurs étapes avec une première phase à 11 700 tonnes vers 2022 et un projet de 50 000 tonnes qui viendra par la suite. Alliance Magnésium produira également du magnésium dit secondaire. Tout le magnésium qui ne sera pas utilisé par les clients (résidus ou retailles) sera racheté par l’entreprise et refondu.

« Le magnésium est recyclable à l’infini », lance Mme Vallières.

Sur la production prévue de 11 700 tonnes, 6000 tonnes proviendront des résidus et 5700 tonnes seront recyclées. 

Mme Vallières évalue à 5000 $ US la valeur réelle d’une tonne de magnésium en ce moment sur le marché.

« Il y a une possibilité d’augmentation, parce que la demande va augmenter, estime-t-elle. Selon la croissance du marché, les joueurs actuels ne seront pas capables de répondre à la demande. Ça va être difficile pour la Chine d’augmenter sa production parce qu’ils ont des normes environnementales eux aussi. »

L’Union européenne a d’ailleurs placé le magnésium sur la liste des matériaux critiques pour son approvisionnement. Le Québec est de son côté en réflexion sur la question.

« C’est l’un des matériaux avec l’une des plus grandes valeurs économiques, mais aussi l’un des plus susceptibles à un bris d’approvisionnement », explique Karine Vallières.

« S’il y avait un bris de frontière entre les États-Unis et la Chine demain matin, ce ne serait pas qu’une petite affaire, puisque l’industrie automobile est l’un des grands secteurs de l’économie américaine, poursuit-elle. Il n’y a pas d’autres sources d’approvisionnement suffisant. Avec la Chine, il y a aussi un dumping qui peut aller jusqu’à 300 %. Et c’est là qu’on a un avantage, on est capable d’être dans les prix. »

Un procédé revampé

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Un procédé revampé

Pour établir son procédé pour la production de magnésium, Alliance Magnésium s’est inspiré de ses prédécesseurs. L’entreprise d’Asbestos a donc emprunté ce qui fonctionnait chez Magnola, mais aussi chez Norsk Hydro, qui a fermé ses portes à Bécancour en 2007.

 Pour établir son procédé pour la production de magnésium, Alliance Magnésium s’est inspiré de ses prédécesseurs. L’entreprise d’Asbestos a donc emprunté ce qui fonctionnait chez Magnola, mais aussi chez Norsk Hydro, qui a fermé ses portes à Bécancour en 2007.

« C’est un nouveau procédé, mais il n’y a aucun équipement qui n’a pas déjà fonctionné et qui n’a pas été éprouvé dans des entreprises, signale Karine Vallières. C’est l’équation des meilleurs éléments de Magnola et de Norsk Hydro. Elles ont chacune des parties qui fonctionnaient très bien. »

Le procédé se résume en cinq grandes étapes. La préparation de la matière première, la lixiviation puis la déshydratation. La matière est ensuite envoyée à l’électrolyse pour en faire du métal liquide qui est finalement coulé pour en faire un lingot.

L’étape de l’électrolyse était particulièrement ardue chez Magnola.

« Le défi c’est de faire une granule qui ne contient pas d’eau et on avait énormément de difficulté avec ça, admet Rémi Belliveau, ancien employé de Magnola et directeur d’usine chez Alliance Magnésium. On n’était pas capable d’amener la granule à zéro. Ça formait une boue et ça limitait notre rendement de courant. On avait une perte de 40 % d’énergie. On payait pour 100 % et au finale on en avait seulement 60 %. »

Chez Alliance Magnésium on vise entre 93 et 96 % d’efficacité de courant.

Les fameux organochlorés

L’émission d’organochlorés, des polluants très toxiques, constitue l’une des principales inquiétudes vis à vis Alliance Magnésium. Ces polluants peuvent contaminer la chaîne alimentaire et être cancérogènes. Le processus d’électrolyse crée en effet une quantité importante de chlore, et qui dit chlore, dit organochlorés.

« Lorsqu’on électrolyse, on sépare le chlore du magnésium, explique Rémi Belliveau. Pour une tonne de magnésium, on ne fait pas loin de deux tonnes de chlore gazeux. Mais le chlore, j’en ai besoin. Je le capte sous vide et je l’envoie à une unité de synthèse pour faire de l’acide chlorhydrique, qui est réutilisé au début du procédé de lixiviation. C’est un procédé en huit. Tout est récupéré. »

« À Magnola, on avait une cellule qui produisait des organochlorés et on avait un super chlorinateur qui dégageait de l’organochloré, poursuit-il. En partant, on élimine cet équipement-là. Et la cellule qu’on utilise est celle de Norsk Hydro, qui a un système de captation approuvé et qui a fonctionné pendant 18 ans. Je ne veux pas envoyer le chlore dans l’atmosphère parce que j’en ai besoin. Il y a ensuite un système pour laver, capter et enlever les organochlorés. »

Pas d’impact zéro

Karine Vallières l’admet, il est impossible d’arriver à un impact zéro avec le type d’industrie qu’est Alliance Magnésium. Elle précise toutefois que tous les produits potentiellement dangereux pour la faune, la flore et l’environnement sont captés. 

« Il n’y a pas d’émanation, affirme-t-elle. Il y a des normes si on veut se bâtir un garage, imaginez avec une usine la quantité d’assurance qu’il faut fournir pour démontrer qu’il n’y aura pas d’impact. »

Alliance Magnésium s’attend d’ailleurs à faire l’objet d’un BAPE spécifique lors du début de la production à grande échelle.

« Avec le peu de magnésium que l’on va produire au début, on n’a pas eu à faire d’étude spécifique, sauf celles qu’on a fait avec le ministère de l’Environnement pour obtenir le certificat d’autorisation, explique Karine Vallières. On a fait les études pour 11 700 tonnes, il faudra faire le même exercice pour 50 000 tonnes. »

La production devrait commencer deux ans après le début de la construction de l’usine de démonstration commerciale, prévue pour 2022.

« C’est correct que les citoyens aient des préoccupations, ça pousse les entreprises à toujours s’améliorer et à donner des réponses », résume Mme Vallières.

Des résidus payants

Le processus pour extraire le magnésium des résidus miniers créés lui-même des résidus. Sauf que ces résidus, dont fait la partie la silice, peuvent être revalorisés à leur tour.

« Au lieu de retourner ces résidus dans un grand bassin comme la faisait Magnola, on les garde, explique Karine Vallières. On a participé à un projet avec l’Université de Sherbrooke pour montrer la faisabilité pour faire du béton. Plutôt que les cimenteries achètent leur silice ailleurs, ce qui produit des GES, nous on en fait déjà et c’est un rejet de procédé. Il y a un potentiel de revalorisation. »

Des rejets de fer, cobalt et nickel pourront également être revalorisés à terme.

« Magnola retournait donc 70 % de la matière première sur les haldes, explique Mme Vallières. Notre volonté est d’arriver entre 3 et 5 % de rejet seulement. Au début, ce sera par contre autour de 15 à 20 %, mais c’est déjà une très grande différence. »