« La libération de Raif Badawi prouverait que la libre expression est permise dans le pays » du jeune prince héritier Mohamed Ben Salman, soit l’Arabie saoudite, estime la journaliste Clarence Rodriguez, le lundi 26 mars dans les locaux de Sercovie.

L’espoir de liberté de Badawi repose sur le prince héritier

Ensaf Haidar a entamé une tournée de conférences portant sur l’avenir de l’Arabie saoudite accompagnée de Clarence Rodriguez, seule journaliste française accréditée permanente dans le Royaume. Le duo sera à Sherbrooke lundi, le temps d’une soirée animée par Djemila Benhabib.

« L’avenir de l’Arabie saoudite passe par le jeune prince héritier Mohamed Ben Salman, alias MBS, qui sera demain le roi et qui prône l’ouverture du pays qui se démarque par sa jeunesse sachant que 70 pour cent de la population a moins de 30 ans, ce qui représente plus de 30 millions d’habitants », explique en entrevue téléphonique Mme Rodriguez, qui a vécu à Riyad de 2005 à 2017.

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La journaliste française est l’auteure de l’essai Arabie saoudite 3.0 qui consacre un chapitre à Raif Badawi, écrivain et blogueur saoudien emprisonné depuis 2012.

« Je voyais mal comment je pouvais écrire un bouquin sans évoquer la situation de Raif Badawi, un précurseur qui préconisait la liberté d’expression, l’ouverture de son pays et l’ouverture pour les femmes dans une société qui a longtemps été figée, sclérosée, archaïque. En fait, Raif Badawi et le prince héritier se ressemblent un peu. Ils sont tous les deux des trentenaires ambitieux et fougueux qui ont envie de faire bouger les choses au sein de leur pays », souligne l’auteure ajoutant que le mari d’Ensaf Haidar était peut-être trop en avance sur les idées que défend aujourd’hui MBS.

Lorsque le prince succèdera à son père, « qui n’est pas très en forme », il sera permis d’espérer pour le meilleur pour Raif Badawi.

« Depuis 2014, l’Arabie saoudite traverse une crise économique importante à cause de la chute du prix du pétrole. Tout le monde devrait maintenant travailler pour améliorer la situation. Même les femmes. C’est pourquoi ces dernières pourront conduire sans tuteur à partir de juin », relate Mme Rodriguez précisant que le prince héritier est aussi vice-premier ministre, ministre de la Défense, président du Conseil des affaires économiques et du développement et qu’il a lancé un plan ambitieux intitulé Arabie saoudite – Vision 2030 pour réformer cette société qui traverse une crise économique sans précédent.

« Cette grande réforme devra passer par deux éléments importants de modernisation. Premièrement, l’abolition du tutorat pour les femmes qui naissent et meurent mineures en ce moment et qui doivent rendre des comptes toute leur vie à leur père, leur mari ou leur fils, quand elles sont veuves. Et deuxièmement, la libération de Raif Badawi qui prouverait que la libre expression est permise dans le pays », estime Mme Rodriguez, qui a réussi l’exploit de faire son travail de journaliste comme femme dans ce pays où la charia demeure le ciment du royaume.

Et si l’emprisonnement de Raif Badawi est très médiatisé à Sherbrooke, où sa famille s’est installée, comme au Québec et au Canada, ce n’est pas le cas dans le pays natal du blogueur.

« Je suis désolée de vous décevoir, mais personne en Arabie saoudite ne parle de Raif Badawi. Il n’est assurément pas le seul prisonnier d’opinion et il est encore tabou d’aborder le sujet », évoque la journaliste française, qui croit que le Canada devrait faire sa part en octroyant une citoyenneté honorifique à Raif Badawi.

La conférence Arabie Saoudite, quel avenir? aura lieu lundi 26 mars à 19 h dans les locaux de Sercovie, situés au 300 rue du Conseil. Les billets sont en vente au coût de 15 $ au www.eventbrite.ca ou à la porte.