Le promoteur Éric Éthier aimerait transformer l’église St-Luc, à Magog, en une auberge avec salle de réception.

Les voisins de l’église Saint-Luc inquiets à Magog

La conversion de l’église patrimoniale Saint-Luc, à Magog, risque d’être difficile à réaliser. À preuve, une première offre d’achat acceptée par le diocèse anglican de Québec est finalement tombée à l’eau et un second promoteur, en l’occurrence l’homme d’affaires Éric Éthier, est maintenant invité à retourner à sa planche à dessin pour remanier son projet. Quelle sera la suite?

Directeur aux opérations chez Média spec, M. Éthier souhaiterait transformer l’église Saint-Luc, située à l’angle des rues Saint-Patrice et des Pins, en une petite auberge avec salle de réception de 100 personnes. L’établissement qui serait créé compterait cinq ou six chambres et posséderait une terrasse.

« Ce serait un peu comme un bed and breakfast. Les chambres seraient aménagées dans la salle communautaire et les réceptions auraient lieu dans l’église, dont le cachet serait entièrement conservé à l’intérieur puisqu’on enlèverait seulement les bancs », explique le promoteur.

Éric Éthier ajoute qu’un lien serait créé entre le lieu de culte et la salle communautaire voisine. Il permettrait de passer d’un bâtiment à l’autre sans avoir à sortir à l’extérieur et faciliterait vraisemblablement la vie des clients à mobilité réduite.

Par ailleurs, M. Éthier précise que son établissement ne tenterait pas d’obtenir un permis de bar ou de restaurant. « Les passants dans la rue ne pourraient pas s’arrêter pour venir prendre un verre. Ce serait seulement les clients déjà sur place qui profiteraient du volet réception », indique M. Éthier.

Résidentiel

Le promoteur se dit conscient que l’église Saint-Luc se trouve dans un quartier résidentiel. Et il assure qu’il ferait tout en son pouvoir pour que les voisins ne soient pas ennuyés par les activités de l’établissement qu’il aimerait démarrer.

« Je voudrais limiter le bruit à l’extérieur. Oui, il y aurait de la musique d’ambiance sur la terrasse, mais elle ne serait pas trop forte. Les festivités auraient plus lieu à l’intérieur dans la salle de réception. »

Dans la foulée, Éric Éthier fait valoir que l’église Saint-Luc a déjà accueilli de nombreux mariages à une autre époque. Et il fait remarquer qu’un second lieu de culte, situé à quelques centaines de mètres de là, est le théâtre de rassemblements fréquents. « Je sais que le coin est devenu un peu plus tranquille avec les années, mais ça n’a pas toujours été comme ça », plaide-t-il.

Cela dit, M. Éthier affirme que son projet ne pourra se concrétiser si le voisinage « ne veut pas d’un seul décibel de plus » et dénonce le moindre changement.

De l’opposition

Possédant une maison dans le secteur concerné, Robert Théorêt ne cache pas être opposé à la proposition de l’homme d’affaires. Il confie que certains de ses voisins et lui-même sont prêts à demander la tenue d’un registre pour bloquer le projet, qui nécessiterait un investissement de plus de 500 000 $.

« Je trouve que le projet présenté a pas mal de failles. Par exemple, à partir du moment où les gens boivent de l’alcool, c’est difficile de les contrôler. Alors, même avec des règlements pour limiter le bruit et le reste, il y a des risques de dérapage », soutient M. Théorêt.

Cet opposant affirme d’ailleurs que la tranquillité de la rue des Pins est reconnue depuis des décennies. Il juge donc que la Ville de Magog ferait fausse route en permettant l’implantation d’une entreprise qui risquerait de diminuer la quiétude du secteur.

Magog à l’écoute

Représentant une partie des résidents de la rue des Pins, la conseillère municipale Nathalie Pelletier assure que les inquiétudes manifestées par les citoyens ont été bien entendues lors de la soirée de consultation organisée récemment pas la Ville de Magog en lien avec ce dossier.

« Notre consultation démontre que les gens ont des inquiétudes pour ce qui est de la quiétude des lieux et des stationnements. Ainsi, considérant qu’ils auraient la possibilité de demander un registre, c’est sûr qu’on doit écouter. On va maintenant reconsulter les citoyens et le promoteur pour voir si une solution existe », note-t-elle, en rappelant que des modifications au zonage seraient requises pour qu’un tel projet soit possible.

Mme Pelletier reconnaît néanmoins que le projet soumis est « intéressant » puisqu’il permettrait la préservation de l’enveloppe extérieure de deux bâtiments patrimoniaux que la Ville aimerait bien sauver. « On comprend les inquiétudes du voisinage et moi, comme conseillère, je suis là pour les citoyens. Mais on sait aussi que sans projet à cet endroit l’église pourrait un jour disparaître », mentionne-t-elle.