Émilie Dostie et Julien Dubé, copropriétaires de l'entreprise estrienne Les urnes
Émilie Dostie et Julien Dubé, copropriétaires de l'entreprise estrienne Les urnes

« Les urnes », pour rendre hommage à l'être cher

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Émilie Dostie et Julien Dubé sont des humains avant d’être des entrepreneurs. Les urnes qu’ils fabriquent en bois ne sont pas « des produits » à leurs yeux. « C’est une collaboration, un partage que l’on fait avec des gens qui nous font entièrement confiance », racontent-ils côtes à côtes, visiblement complices dans la vie.

L’entreprise lancée tout récemment est née d’une histoire personnelle vécue par Julien et les membres de sa famille. Celui qui est charpentier-menuisier et ébéniste dans la vie était alors confronté au décès imminent de son oncle, celui même qui lui avait appris à travailler le bois lorsqu’il était plus jeune.

« Mon oncle, ma tante et leur fille m’ont demandé de les aider à créer une urne sur mesure en bois. Sur le coup, j’ai hésité. Je me voyais difficilement construire une boîte qui servirait à mettre le corps de mon oncle à l’intérieur. J’ai finalement accepté parce que c’était tellement significatif pour eux que ce l’est devenu pour moi. J’en garde un souvenir très important », raconte celui qui est par la suite tombé amoureux de l’idée de prendre le temps nécessaire pour créer des urnes inspirées de la personne décédée et de son vécu.

« Le fait que tout le monde soit impliqué dans la conception de l’urne nous a aussi d’une certaine façon aidés à préparer le deuil. Ma tante en est très fière aujourd’hui. C’est l’objet qui nous reste et qui représente tout ce qu’était mon oncle. Ce n’est pas rien », confie Julien.

Lorsqu’il a parlé de son idée (maintenant devenue « Les urnes ») à sa conjointe, celle-ci s’est dite un peu perplexe. « L’idée a finalement fait son chemin et je me suis rendu compte qu’au-delà du processus créatif, il y a toutes les possibilités qui accompagnent l’offre d’une urne. J’ai beaucoup réfléchi au deuil, à la mort et aux diverses options présentées aux gens. On ne parle pas ouvertement de ça », constate celle qui a travaillé pendant plusieurs années en gestion d’événements.

Émilie et Julien sont d’avis que ce qui s’offre sur le marché est souvent conservateur et religieux. « Il faut dire que c’est un univers assez tabou, renchérit Émilie. Quand on parle du projet aux membres de notre entourage, on sent une certaine réticence. Et c’est normal. C’est un sujet confrontant qui nous oblige à penser à la mort de ceux qu’on aime et inévitablement, à la nôtre. »

Au-delà des réflexions, les deux partenaires admettent percevoir les urnes qu’ils fabriquent à partir de leur atelier situé dans la municipalité de Bury comme de véritables œuvres d’art. « Les gens qui choisissent leur dernière demeure doivent se reconnaître dans la pièce sélectionnée. On aime mettre en évidence les défauts du bois pour que les urnes soient uniques et singulières. On veut qu’elles aient de la personnalité », explique Émilie rappelant l’importance pour le couple d’offrir un produit et un service de haute qualité dans un contexte qui peut parfois être douloureux.

« On tient aussi à ce que tout soit simple. Faciliter le processus, ça apporte un certain réconfort », s’aperçoit-elle.

En communion avec la nature

Outre les gammes diurne et nocturne qui se distinguent principalement par leur couleur et la présence d’acier noir, une troisième gamme entièrement biodégradable s’ajoute au lot. Le couple indique aussi pouvoir créer des urnes sur mesure en plus de pouvoir réutiliser des matériaux qui auraient une signification aux yeux de ceux qui en font la demande.

« On sélectionne une urne, mais qu’est-ce qu’on fait par la suite? Il y a plusieurs options. Les gens peuvent entre autres décider de la garder chez soi le temps qu’il faut et décider d’inhumer l’urne ensuite dans un endroit symbolique. L’idée d’avoir une option écologique, ça allait de soi », indique Émilie qui tient à ce que sa petite entreprise respecte ses propres valeurs.

Julien précise vouloir utiliser des matériaux de provenance locale le plus possible. « La sélection de bois est presque entièrement québécoise, sinon canadienne et nous tâchons toujours de réduire les distances qu’auront à parcourir les matériaux », explique-t-il.

Lorsqu’on leur demande s’il peut être épuisant psychologiquement de travailler dans ce marché, Émilie et Julien conviennent que cela peut parfois demander beaucoup d’énergie. « Par contre, c’est aussi un sujet qui nous nourrit beaucoup », confie Émilie.

« Je nous trouve surtout chanceux d’avoir accès à l’humain comme ça. C’est très authentique comme relation humaine. On est dans l’émotion directe. »

Pour plus d'informations : www.lesurnes.com