Les troubles anxieux touchent une personne sur cinq

Les troubles anxieux touchent environ 20 % de la population au cours de leur vie, voire peut-être davantage, ce qui en font un « problème d'envergure majeure ». Une équipe de chercheurs mène une vaste étude afin de favoriser l'accessibilité à un type de thérapie qui pourrait aider les personnes présentant ce type de troubles.

« On vit tous de l'anxiété à l'occasion, c'est normal. Ça peut devenir un trouble anxieux quand ça commence à interférer avec le fonctionnement de la personne », met en contexte Pasquale Roberge, professeure agrégée à la faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l'Université de Sherbrooke.

Les troubles anxieux sont caractérisés entre autres par des symptômes comme des palpitations, des tremblements, en plus d'affecter le comportement - comme l'évitement de certaines situations - et ils peuvent aussi créer de la détresse.

L'étude est menée par la professeure de l'Université de Sherbrooke et le cochercheur Martin D. Provencher de l'Université Laval, en collaboration avec d'autres chercheurs.

On sait depuis plusieurs années que la thérapie cognitive comportementale (TCC) est efficace pour aider les gens ayant des troubles anxieux.

« Le problème, c'est que l'accès demeure encore très limité », note Mme Roberge, directrice de l'axe Santé-POP du Centre de recherche du CHUS.

Plusieurs freins limitent son accessibilité : on pense entre autres au manque d'expertise (peu de psychologues sont formés à cette approche), de même qu'aux listes d'attente au public...

« Je suis préoccupée par la dissémination de la TCC pour que les gens avec des troubles anxieux y aient accès. Je cherche de nouvelles modalités pour rendre la TCC plus accessible. »



Les gens ont souvent des symptômes communs d'appréhension ou d'évitement.
Pasquale Roberge

Pour y parvenir, elle s'intéresse donc à la TCC transdiagnostique, qui rassemble des gens qui présentent différents types d'anxiété (phobie sociale, anxiété généralisée, etc.), et qui est offerte en groupe.

« Les gens ont souvent des symptômes communs d'appréhension ou d'évitement. On s'intéresse à tout ça de manière commune; les stratégies d'interventions sont souvent plus ou moins les mêmes à travers les différents troubles anxieux. Je pense que ça a un grand potentiel d'améliorer l'accès à la TCC au Québec. Par exemple dans le système de santé public, il y a souvent des interventions de groupe qui sont offertes. Dans la prochaine phase de notre projet, si on souhaite disséminer à grande échelle, ce type d'intervention pourrait être adopté par les professionnels qui travaillent dans le réseau et du coup accroître l'accès. » Les personnes sont rassemblées dans des groupes de 8 à 10 avec deux thérapeutes; les interventions s'étirent sur 12 semaines.

« Cela pourrait être une première étape d'accès à la TCC », note Mme Roberge, qui est la chercheuse principale de l'étude.

Les chercheurs veulent comparer la TCC transdiagnostique de groupe pour les troubles anxieux aux soins usuels. Ils recruteront plus de 200 patients pour y parvenir.

Au moment de l'entrevue, ce recrutement allait bon train. « Pour moi, ça reflète le fait qu'il y a énormément de personnes dans la population qui souffrent de ces troubles et qui sont non traités, non détectés parfois... »

Les résultats de l'étude devraient être publiés quelque part au printemps prochain.

Mme Roberge estime qu'il est important de traiter les troubles anxieux dès que possible. « La comorbidité est la norme plutôt que l'exception chez les troubles anxieux. Lorsqu'on voit un patient avec des troubles anxieux adulte, il va généralement avoir plus d'un trouble anxieux et souvent, on voit aussi des épisodes de dépression, et parfois d'autres problématiques (...) C'est toute une trajectoire de vie qui peut être affectée. »

Pasquale Roberge