Pierre Avard, président de Récup-Estrie : « La Ville a fait le calcul que si on retardait encore les investissements, il faudrait un règlement d’emprunt. Nous aurions passé une partie de l’année à attendre l’argent. »

Les surplus de Récup-Estrie seront réinvestis

Récup-Estrie pourra procéder à l’achat d’équipements pour améliorer la qualité de son papier et de son carton, comme elle le souhaitait l’an dernier, alors que la Ville de Sherbrooke renonce à rapatrier un surplus dégagé en 2018 par la régie de récupération. Les élus ont donc approuvé lundi le budget de fonctionnement et d’immobilisation 2020 de Récup-Estrie.

Le budget fait état de dépenses de 5,7 M$. Le tarif pour la quote-part demeure de 7 $ par porte et n’a pas été majoré depuis 2010. Récup-Estrie s’appropriera des surplus avoisinant les 300 000 $, en 2019, en plus des 2 M$ de 2018, pour acheter de la machinerie. « L’an dernier, la Ville avait voté contre ce budget et avait mis deux conditions. Nous ne devions pas faire les investissements dans des équipements pour 2 M$. L’autre condition était l’appropriation des surplus », explique Pierre Avard, président de Récup-Estrie.

« La Régie a respecté ces deux conditions et s’apprêtait d’ici la fin de l’année à retourner aux MRC les montants autour de 2 M$. La situation vécue depuis le début de l’année a toutefois eu un effet pervers. Nous nous sommes retrouvés avec la crise du papier, donc il fallait payer pour se débarrasser du papier. Actuellement, l’Inde a pris le relais de la Chine, mais pour combien de temps, on ne le sait pas. »

Le conseil d’administration conclut qu’il faut investir pour améliorer la qualité du papier de manière à en disposer auprès des papeteries de la région. « Le prix le plus bas que nous avons obtenu est de 2,7 M$. Si les MRC nous donnent le mandat, nous nous apprêtons à payer l’achat comptant. Il y a urgence que le papier puisse être traité. Nous pensons qu’avec la qualité que nous aurions, nous pourrions avoir la collaboration des papetières en Estrie au lieu d’envoyer notre papier en Inde. »

Selon M. Avard, le papier représente environ 42 % des matières traitées par la régie. Il demeure diplomate devant le changement de cap de la Ville de Sherbrooke, qui renonce ainsi à un montant d’environ 1 M$. « Je ne sais pas si l’année a porté à réflexion, mais si on ne bougeait pas, on risquait de ne pas avoir de place pour envoyer notre papier et notre carton. La Ville a fait le calcul que si on retardait encore les investissements, il faudrait un règlement d’emprunt. Nous aurions passé une partie de l’année à attendre l’argent. »

Félicitations et réserves

Le conseiller Pierre Tremblay, comme sa collègue Évelyne Beaudin, a félicité Pierre Avard pour son travail. « Récup-Estrie, c’est quelque chose qui fonctionne très bien. Quand on peut acheter des équipements sans emprunt, c’est signe qu’on fait bien les choses », dit le représentant du district de Deauville.

Annie Godbout, qui a déjà siégé à Valoris, a apporté quelques nuances. « Quand on regarde le budget, on ne peut que se réjouir. Mais ce qui me saute aux yeux, quand on regarde la structure de revenus, c’est tout de même que 20 % des dépenses sont payées par les citoyens, contre 45 % qui sont des subventions pour des compensations de collectes et redevances de Recyc-Québec. C’est ce que souhaite Valoris pour amoindrir l’impact sur le citoyen de Sherbrooke et de la MRC du Haut-Saint-François. Avec les équipements en place, on peut aller chercher des matières de qualité pour la revente. On veut se coller à ce modèle à Valoris. C’est pour ça que Récup-Estrie a pu garder une stabilité dans la demande d’argent aux citoyens. »

Nicole Bergeron l’a félicitée d’avoir « remis les pendules à l’heure ».

Pierre Avard a reçu ces commentaires avec un clin d’œil. Il indique que les redevances attendues pour 2020 seront d’environ 2,5 M$ et qu’elles compteront pour les matières détournées de l’enfouissement en 2018. Des changements dans la politique de récupération du verre n’auraient donc pas d’impact financier pour les deux prochaines années.

Le verre représente environ 18 % des matières triées chez Récup-Estrie. « C’est certain qu’il pourrait y avoir un impact financier, mais nous ne sommes pas fermés à l’idée de la consigne du verre. J’imagine que les décideurs tiendront compte de l’impact sur les revenus des centres de tri. » À noter que le conflit juridique avec l’exploitant Ricova n’est pas réglé et que le bilan des dépenses supplémentaires y étant associées n’est pas connu.