Au moins une centaine de patients dans la dernière année ont évité d’attendre plusieurs mois sur une liste d’attente avant d’aller consulter un médecin de famille en clinique externe dans l’un des hôpitaux du centre hospitalier universitaire de Sherbrooke grâce aux consultations électroniques entre les médecins de famille et les médecins spécialistes.

Les spécialistes en renfort des médecins de famille

Les médecins de famille de la région ont posé 546 questions à des médecins spécialistes dans la depuis la création d’un réseau de consultations électroniques entre les médecins de famille et les spécialistes il y a un an. Ces échanges entre les omnipraticiens et les spécialistes ont permis d’éviter au moins une centaine de consultations en cliniques externes — réduisant ainsi un stress inutile pour les patients tout en diminuant la pression sur les listes d’attente des médecins spécialistes.

Les médecins de famille font souvent face à des cas complexes et il n’est pas rare qu’ils se posent des questions sur le traitement approprié ou sur la dose de médicament la plus juste à prescrire à leur patient. Depuis la création de ce service, il suffit d’un courriel pour qu’un médecin spécialiste leur réponde. Et pour répondre de façon juste, les spécialistes ont également accès au dossier du patient afin d’avoir une vue d’ensemble précise de la problématique pour laquelle ils sont consultés.

Cette plateforme d’échange a été installée l’an dernier par le biais d’Omnimed, une compagnie estrienne spécialisée dans la gestion de l’informatique médicale.

Au départ, il n’y avait que quelques spécialités représentées, comme la cardiologie et l’hématologie. D’autres se sont ajoutées au fil du temps. Bientôt, il y aura quinze spécialités représentées. Les médecins spécialistes de chacune de ces spécialités s’engagent à répondre aux questions dans un délai de deux semaines. Jusqu’ici, le temps de réponse moyen a été de 11 jours.

L’outil est apprécié. Très apprécié même.

« La consultation électronique est un outil extrêmement utile pour les médecins de famille. Ça sert beaucoup pour des questions très précises, généralement pour nous aider à savoir si nous devons référer le patient ou non. Par exemple, si je reçois des résultats de tests sanguins anormaux, je peux envoyer ma question en hématologie. L’hématologue nous dit quoi faire comme tests supplémentaires. Il nous dit que si c’est anormal, on doit lui faire voir le patient et que, si c’est normal, quelle est la marche à suivre pour faire le suivi de l’état du patient dans le futur », soutient le Dr François Roy, médecin de famille.

« Ça permet de désengorger le système par rapport aux listes d’attente des spécialistes et ça permet aux patients d’avoir les soins adéquats plus rapidement, et surtout, d’éviter des délais dans la prise en charge de problèmes plus graves », ajoute le Dr Roy.

Dr François Roy

Les patients s’évitent aussi bien des soucis en évitant d’attendre plusieurs mois avant un rendez-vous où ils se feront dire que « tout est normal ».

Le Dr Simon Bérubé fait partie des spécialistes qui répondent à des questions des médecins de famille. « Dans ma pratique, les échographies cardiaques font partie du quotidien. Mais ce n’est pas le cas des médecins de famille, qui ne peuvent pas connaître tous les recoins de chacune des spécialités médicales! Alors il arrive qu’ils ne sachent pas si les résultats sont anormaux ou s’ils font partie d’une variante de la normale. Pour moi, c’est facile de leur dire si c’est normal ou s’ils doivent nous référer leur patient pour une consultation », ajoute le cardiologue.

« On demande beaucoup aux médecins de famille. Quand on peut leur venir en aide en répondant à leurs questions et en leur évitant de chercher des réponses, je crois que c’est aidant », soutient également le Dr Bérubé.

Dans sa première année d’existence, la plateforme d’échange a été utilisée 546 fois par 84 omnipraticiens. 38 % des demandes ont résulté en une visite subséquente en clinique externe. De ce nombre, 23 % ont été référés dans une autre spécialité que la demande initiale, évitant là aussi des visites inutiles en cliniques externes et des délais sur une liste d’attente, puis sur une seconde.

« La question initiale peut avoir été envoyée en médecine interne. Après avoir évalué le dossier, le médecin interniste peut plutôt suggérer de référer le patient en néphrologie. Pour l’efficience des services, je pense qu’il y a un gain là aussi », soutient le Dr Bérubé.