Il faudrait réduire de 100 kg par habitant la quantité de matières résiduelles éliminées pour atteindre les objectifs que la Ville de Sherbrooke s’est fixés.
Il faudrait réduire de 100 kg par habitant la quantité de matières résiduelles éliminées pour atteindre les objectifs que la Ville de Sherbrooke s’est fixés.

Les Sherbrookois produisent plus de déchets... et de compost

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Alors que la Ville de Sherbrooke se lance dans la rédaction d’un nouveau Plan de gestion des matières résiduelles, elle a présenté le mois dernier un bilan des actions posées dans la dernière année. On constate notamment une augmentation de la quantité moyenne de matières résiduelles produites par habitant, mais aussi une plus grande utilisation du bac brun pour le compost et une plus importante fréquentation des écocentres.

« S’il y a un sujet qui nous préoccupe, c’est bien la gestion de nos matières résiduelles, tant en matière environnementale qu’en matière d’enjeux financiers. Il reste de nombreux défis. On sait quels sont les prochains pas qu’on peut faire et les pistes qu’on peut améliorer pour ce bilan, beaucoup en ce qui concerne les matières organiques », rapporte la présidente du comité de l’environnement, Karine Godbout. 

La quantité de matières résiduelles produites par habitant a connu une hausse de 9 %, entre 2016 et 2019, pour atteindre 480 kg. Ces données excluent les débris issus de la construction, de la rénovation et de la démolition, de même que les déchets des industries, commerces et institutions. Elles ne tiennent pas compte des boues, des résidus des écocentres, du compostage et du tri.

Entre 2016 et 2018, en tenant compte de tous les domaines d’activités, on observait plutôt une augmentation de 22 % des matières résiduelles éliminées, une hausse qui s’explique par l’arrêt des activités de tri de la ligne des déchets à Valoris. En conséquence, pour atteindre l’objectif de la Ville de limiter à 450 kg en moyenne par habitant la quantité de matières résiduelles, il faudrait réduire de 100 kg la production de chacun des Sherbrookois. Dans l’absolu, il faudrait réduire le tonnage annuel des matières résiduelles de 17 000 tonnes. 

Les habitudes de compostage ont néanmoins gagné en popularité avec une augmentation de 1000 tonnes de résidus collectés. Entre 2008 et 2019, le tonnage par habitant a d’ailleurs augmenté de 16 %. Les mois les plus intenses en matière de compost sont mai et octobre. Le taux des matières non conformes est de 5 %.

En matière de recyclable, le tonnage a connu une baisse de 52 tonnes en 2019, et la quantité de déchets ramassés à travers le recyclage a connu une hausse, représentant maintenant 16 % des bacs verts. On explique cette différence par l’augmentation des critères de qualité pour le papier. Le bac vert est davantage utilisé en janvier, en mai, en juillet et octobre. 

Patrice Charbonneau, chargé de projet en environnement, rapporte par ailleurs que pour les déchets en bacs ou en conteneurs, Sherbrooke connaît une augmentation de 3,55 % pour atteindre 175 kg par habitant.

À noter que le nombre de visites dans les écocentres a augmenté de 11 %, atteignant 133 734 personnes. Par conséquent, le tonnage reçu a connu une hausse semblable, soit 12 %. 

Toujours selon M. Charbonneau, ce sont 59 % des matières résiduelles collectées qui sont valorisées.

En 2019, parmi les principaux gestes posés pour améliorer la gestion des matières résiduelles, le chargé de projet nomme l’implantation d’un projet-pilote pour la collecte des matières organiques dans 16 écoles, la réalisation des plans et devis pour l’agrandissement de l’écocentre Rose-Cohen et l’élaboration d’un règlement pour bannir les sacs de plastique à usage unique.

Sa collègue Ingrid Dubuc, directrice du Bureau de l’environnement, rappelle que ce règlement est suspendu pour le temps de la crise liée à la pandémie. 

Parmi les priorités de 2020, elle cite l’implantation d’un projet-pilote pour la collecte du verre, mis en place mercredi, la poursuite de l’analyse d’un scénario pour la collecte des matières organiques dans les industries, commerces et institutions et la poursuite de la stratégie pour réduire la quantité d’articles à usage unique. 

La conseillère Évelyne Beaudin estime qu’il faut faire une priorité de la collecte du compost dans les multilogements. « J’espère que bientôt on va plonger là-dedans. C’est autant une question d’environnement qu’une question économique. Ça nous coûte presque quatre fois plus cher une tonne de déchet qu’une tonne de compost. »

Patrice Charbonneau confirme que l’enfouissement des déchets coûte 240 $ la tonne contre 80 $ pour la valorisation des matières compostables. 

Chantal L’Espérance, elle, déplore que les encombrants recueillis en bordure de route soient acheminés chez Valoris et souhaiterait un système de collecte pour les matières à transporter aux écocentres. 

« L’avantage de notre nouveau système de collecte des encombrants, c’est qu’il nous permet d’avoir des données pour rediriger vers le bon valorisateur. Ce sont vraiment les données de cette année qui nous permettront de mettre en place les collectes selon les types de matière », précise Ingrid Dubuc. 

Le Plan de gestion des matières résiduelles arrive à son échéance, si bien qu’un nouveau document pour les années 2023 à 2029 est en élaboration. Une nouvelle présentation est prévue cet automne pour mener à des consultations auprès des citoyens, des élus et des groupes d’intérêt. Il sera déposé au plus tard le 21 octobre 2021 et devra être adopté au plus tard le 21 octobre 2023. 

L’objectif du plan actuel est d’éliminer un maximum de 450 kg de matières résiduelles par habitant par année, de recycler 80 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal, et de traiter 89 % des matières organiques. Il vise aussi à valoriser 85 % du béton, de la brique et de l’asphalte.