Les éducatrices en service de garde ont été surprise par l’annonce du gouvernement Legault, mercredi.
Les éducatrices en service de garde ont été surprise par l’annonce du gouvernement Legault, mercredi.

Les services de garde en colère

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Le personnel des services de garde est mécontent. Sans avoir été consultés, éducatrices et syndicat ont appris mercredi que trois journées pédagogiques allaient être ajoutées au calendrier scolaire, une décision émanant du gouvernement provincial. « Pour soulager une catégorie de personnel, on en surcharge une autre », déplore la présidente du syndicat du personnel technique et administratif du Centre de service scolaire de la Région-de-Sherbrooke, Renée Bibeau.

« Comme d’habitude on n’a pas pensé aux services de garde, dénonce Mme Bibeau. Ceux-ci ne sont jamais pris en considération par le ministère de l’Éducation. C’est comme si ça ne faisait pas partie d’une école. Quand on a un problème, on garroche ça là. »

« Le message lancé par le ministre, c’est que les enseignants n’ont pas eu beaucoup de temps pour se préparer en début d’année, ils sont essoufflés, on va leur donner du temps et on va les former, continue-t-elle. Pendant ce temps, les problèmes vont être transférés aux services de garde. En plus, les journées vont être gratuites alors ce sera une surcharge de travail lors de ces journées. C’est une classe d’emploi où il y a un flagrant manque de personnel. Ils ont aussi besoin de reprendre leur souffle et de formation. Pour soulager une catégorie de personnel, on en surcharge une autre. »

De l’autre côté du spectre, les employés surveillant les dîneurs, qui travaillent moins de 15 heures par semaine, se voient coupés pour trois jours et ne peuvent pas nécessairement donner un coup de main au service de garde. « Ça prend l’attestation d’études professionnelle en service de garde, donc ceux qui ne l’ont pas ne peuvent pas aller aider », explique Mme Bibeau.

Une partie du personnel représenté par Mme Bibeau, comme les techniciennes en éducation spécialisées et les interprètes, profitera cependant de cette mesure. « Ça va leur faire du temps de collaboration avec les enseignants, de planification et peut-être de formation. Donc une partie de mes salariés sont avantagés par cette mesure. Mais il n’y a aucune considération pour les services de garde. [...] C’est un grand mépris ou une méconnaissance de ce qu’est un service de garde », mentionne-t-elle, ajoutant que les éducateurs doivent eux aussi planifier les journées pédagogiques.

Actuellement, les postes de techniciens en service de garde sont comblés, mais la CSSRS recherche des candidats pour remplacer les congés de maladie « car il y en a plusieurs cette année », affirme Renée Bibeau. Il manque environ une quarantaine d’éducatrices pour le Centre de services, toujours selon elle. 

Planification problématique

La planification de ces journées pédagogiques supplémentaires pose également problème. « C’est un casse-tête réel, particulièrement dans le contexte actuel, de faire des journées pédagogiques intéressantes. Tu ne veux pas envoyer ton enfant dans le parking, tu veux l’envoyer dans un service de garde où il aura du plaisir et qu’il se développera. C’est beaucoup de travail et on leur en ajoute trois jours de plus », décrie la présidente du syndicat.

Et selon un technicien en service de garde du Centre de services scolaires des Sommets, Benoit Boutot, la gratuité de ces journées pourrait poser problème. « On va avoir un taux de participation plus élevé que la normale, donc je devrai trouver plus de personnel ou contraindre la participation des parents. Je ne sais pas qui assumera les frais, mais les employés doivent être payés. Habituellement, les contributions des parents comblent les besoins, mais là, je n’en ai aucune idée. Les budgets des services de gardes sont assez justes », témoigne-t-il. 

Au CSSRS, l’impact de la décision du gouvernement n’a pas encore été mesuré. L’organisation considère que les éducateurs sont importants et essentiels. « Le besoin de former les enseignants est présent et justifié. Si on veut former les enseignants et qu’on veut se donner du temps, forcément, ça a un impact sur un autre type de service. Tout ça est relié », considère Donald Landry, disant comprendre et entendre les inquiétudes des gens du service de garde. 

Est-ce que les services de garde seront consultés pour décider des jours pédagogiques? « Il est évident que les règles pour choisir les jours pédagogiques vont être les mêmes pour celles-ci que pour les vingt premières de l’année, répond M. Landry. Ce sont les directions d’écoles qui sont consultées et le syndicat des enseignants. C’est sûr que les règles ne prévoient pas que les équipes des services de garde soient consultées pour déterminer des journées pédagogiques. Je ne pense pas qu’on va rajouter des gens dans le processus de consultation. Pas plus nous qu’ailleurs. Il faut comprendre que le service de garde est un service de soutien important, mais il reste que l’organisation des journées pédagogiques se fait avec les enseignants, car c’est eux qui sont responsables de la pédagogie et de tout ce qui est modulé par rapport à la ventilation de ces journées. Est-ce qu’on les condense? Est-ce qu’on les disperse? Est-ce que ça permet de terminer les bulletins? Dans toute cette dynamique, on va continuer à garder le même processus. »