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Dominic Tremblay a rapidement exprimé sa frustration sur les réseaux sociaux, mardi soir, en l’absence de bonne nouvelles pour les restaurateurs de Sherbrooke.
Dominic Tremblay a rapidement exprimé sa frustration sur les réseaux sociaux, mardi soir, en l’absence de bonne nouvelles pour les restaurateurs de Sherbrooke.

Les salles à manger toujours fermées : «tout ça pour ça»

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
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Tout un branle-bas de combat devra s’orchestrer dès le moment où les restaurateurs estriens recevront le feu vert pour rouvrir leurs salles à manger. Essoufflés d’être encore et toujours à la merci des dernières décisions gouvernementales, certains chefs n’ont pu s’empêcher de laisser échapper quelques blasphèmes, mardi soir, voyant leurs plus récents espoirs s’évanouir.

Dominic Tremblay, chef copropriétaire de la bannière Groupe Massawippi, qui chapeaute le restaurant Bistro-DT ainsi qu’un service de traiteur, fait partie de ceux-ci. « Je suis comme tout le monde, je suis bien tanné et j’ai bien hâte que ça rouvre. Honnêtement, je trouve qu’hier [mardi], c’était l’aboutissement d’une semaine de suspense pour rien. Je me disais “tout ça pour ça”. C’était ma frustration. »

Somme toute, tout n’est pas noir ou blanc, admet-il.

« En même temps, on est rendu à un point où ça va bien en termes de propagation, on est peut-être mieux d’attendre une, deux ou trois semaines de plus pour que, quand ils vont nous ouvrir, ils vont nous ouvrir pour vrai et on ne fermera plus. Parce que ça aussi, c’est dur sur le moral. Je suis rendu là dans ma réflexion. Le gouvernement ne s’est pas du tout prononcé sur l’avenir de notre région, on est un peu à la merci de tout ça, mais après un an, on s’est fait une carapace et on essaie de rester zen », note celui qui mise surtout sur son comptoir de prêt-à-manger Les Casseroles du café actuellement. 

Préavis nécessaire

Les restaurateurs des régions qui passeront au orange le 8 février n’auront que cinq jours pour préparer leur réouverture s’ils désirent profiter au maximum de ce nouvel assouplissement, qui touche la Côte-Nord, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Bas-Saint-Laurent, l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec. Or, redémarrer une cuisine nécessitera assurément une « grosse » semaine au minimum, croit M. Tremblay. 

« Ça se fait, mais c’est juste, estime-t-il. Est-ce que le staff est encore disponible ? S’il est encore là, comment il s’est arrangé avec les enfants qui ont de l’école une journée sur deux ? C’est paradoxal, parce qu’on a tous hâte que ça rouvre, mais si on se fait dire qu’on peut ouvrir demain, personne ne va le faire. On vivote là-dedans. C’est sûr que nous on va prendre le temps de le faire comme il faut quand on va pouvoir rouvrir. On le sait que ça va être la folie : les gens sont tannés d’être chez eux. »

À la Brasserie Lac Brompton, la gérante Jessica Chaunt mentionne même que deux semaines de préparation seraient nécessaires pour rouvrir le commerce comptant 350 places assises en temps normal, « le temps de refaire les horaires, de rappeler les fournisseurs », etc.

Les copropriétaires du Vin Polisson : Maxime Verpaelst, Raphaël Rioux et Charlie Abran Fréchette.

Du côté de Vin Polisson, ce restaurant de 25 places assises (16 en temps de pandémie) qui a ouvert ses portes au centre-ville de Sherbrooke en août 2020, le copropriétaire Raphaël Rioux estime entre trois et cinq jours le temps dont le commerce aurait besoin pour accueillir à nouveau ses clients sur place. 

« Tu peux aussi débarrer la porte, mais ça ne veut pas dire que tu vas être au maximum de ta performance, dit-il. Cinq jours, ce serait un beau luxe. » 

Outre le rappel des employés mis à pied, l’un de défis concernera la confection des assiettes, qui sont cuisinées avec des ingrédients de saison, au gré du marché. « Quand on a fermé, on n’était pas dans la même saison. Il faudra refaire des menus, recontacter les fournisseurs et s’assurer que tout sera possible. On travaille avec certains artisans aussi et des petits fournisseurs ; ce n’est pas tout le monde qui pourrait se revirer de bord en 24 heures », dit celui qui estime que les activités actuelles représentent entre 30 et 50 % de la capacité de restaurant.

Même si le point de presse de mardi n’a pas été porteur de bonnes nouvelles pour les restaurateurs des zones rouges, comme l’Estrie, M. Rioux préfère adopter une approche résiliente et empathique. 

« Personnellement, je n’aimerais pas ça être à la place des décideurs. Je pense qu’ils font leur possible. Nous, on essaie de se concentrer sur ce qu’on sait faire. On est chanceux, on est trois propriétaires, qui essayent de tout couvrir les opérations du restaurant. Je n’aimerais pas être seul dans cette situation. »

Cependant, le restaurant, qui a ouvert ses portes en 2020, n’a toujours droit à aucune aide gouvernementale, puisque celles-ci sont basées sur les revenus de 2019. « Ça a été un méchant défi d’avoir à ouvrir entre deux confinements. Heureusement, on est des gens d’expérience alors on essaie de faire des choses simples, mais du mieux qu’on peut », confie-t-il. 

Appel à la solidarité pour la Saint-Valentin

En décembre 2020, quelque 10 000 restaurants avaient déjà fermé leurs portes au Canada depuis le début de la pandémie, et presque 50 % des propriétaires prévoyaient une fermeture définitive si la situation ne se rétablissait pas rapidement, selon les données de Restaurant Canada.

Déçu et inquiet pour ses collègues du secteur, Pierre Cameron, qui est actionnaire de la beignerie Ça beigne sur la rue Alexandre, a décidé de lancer un appel aux Sherbrookois, mardi soir sur les réseaux sociaux. Et si tout le monde commandait pour emporter chez un restaurant du coin pour la Saint-Valentin ? a-t-il proposé.

Un appel salué par Dominic Tremblay. « C’est certain que c’est la seule façon de nous faire passer au travers. Je trouve que les gens de Sherbrooke, depuis le début, ont été d’une fidélité incroyable. Je pensais que c’était pour s’essouffler. Les gens sont fantastiques, c’est déjà la folie pour les boîtes de Saint-Valentin, et le Super Bowl de dimanche, on n’en parle même pas : on a arrêté de prendre des commandes ! »