Entourée des élèves participants Amélie Bourgon, Samuel Tremblay et Mélina Matteau, la responsable des JMS Haïti Shirley Brochu doit annuler le voyage dans le pays où une crise politique fait rage.

Les Salésiens annulent de nouveau leur voyage

Les Jeunes missionnaires du Salésien (JMS) ne décolleront pas comme prévu vers Haïti, en mai. C’est avec un sentiment de tristesse et un brin de déception que, pour une deuxième année de suite, les élèves du Salésien doivent mettre une croix sur leur voyage. La situation politique instable du pays représenterait un danger pour les adolescents et leurs accompagnateurs.

Le projet reviendra probablement en 2022, puisque aucune cohorte n’est prévue pour 2021.

Cependant, même s’ils n’ont pas pu aboutir leur projet, les élèves ont fait don de 10 000 $ US en 2019 et 5000 $ US en 2020. Cet argent permet, selon la responsable du projet et enseignante Shirley Brochu, de payer les frais de scolarité d’élèves haïtiens. 

Comme ils n’auront pas la chance d’exécuter leur bénévolat en Haïti, les jeunes philanthropes se reprendront en allant faire la cuisine chez Moisson Estrie, un mercredi après-midi. 

Les jouets qui ont été amassés au cours des derniers mois qui étaient censés être distribués à l’école salésienne d’Haïti seront remis à la maison Villa Marie-Claire et aux enfants de Val-du-Lac. 

« On ne peut pas garantir la sécurité. Ç’a été une décision douloureuse », s’attriste Mme Brochu, rappelant qu’au plus fort de la crise, l’école a été suspendue durant un mois.

Qu’est-ce qui peut être fait avec autant d’argent? « On peut faire beaucoup, répond l’enseignante. Ça paie les frais de scolarité d’élèves qui fréquentent le Salésien, puisqu’à Haïti, les institutions scolaires sont privées. C’est 150 $ par an. Notre priorité, c’est d’envoyer le plus de jeunes à l’école et les soutenir. Notre argent paie aussi des dîners d’élèves. Ç’a quand même un impact. 10 000 $ US, c’est beaucoup d’argent, mais à Haïti, c’est décuplé. »

Samuel Tremblay, un élève de cinquième secondaire travaillait sur ce projet depuis environ un an, pense que l’entièreté du groupe de 16 personnes s’avère déçue de ce dénouement. « Ça fait du bien cependant de savoir que tous les dons et tous les jouets qu’on a amassés vont servir à des personnes dans le besoin », relativise-t-il. 

Samuel a déjà vécu l’expérience JMS l’an dernier, lorsqu’il a pris le chemin du Mexique. Il dit en être sorti changé. « En partant au Mexique, je pensais aller aider des gens en difficulté. Mais j’ai été aidé plus que j’ai aidé. C’est sûr qu’on amène de l’argent, des jouets et du bonheur durant une semaine, mais en revenant dans l’avion, je me suis rendu compte qu’ils m’avaient aidé. Tu leur donnes juste un ballon de soccer et ils vont jouer même si le sol n’est pas beau et n’ont pas de buts. Ici, c’est difficile de nous rendre heureux. Il faut que tout soit parfait », affirme le jeune homme. 

« Même pour un adulte, on se dit que notre maison n’est pas assez grande ou qu’il faudrait refaire la salle de bain, renchérit Shirley Brochu. Tu arrives là-bas, tu couches dans un dortoir et tu te laves à l’eau froide durant deux semaines. Ça replace les vraies valeurs! »

Mélina Matteau, une participante, ne se doutait pas que son voyage humanitaire allait être annulé lorsqu’elle s’est inscrite. « Je n’étais pas vraiment au courant de ce qu’il se passait à Haïti, explique-t-elle. Je me suis mise à m’y intéresser plus. [...] Au début de cette année, on s’est rendu compte que ces tensions ne s’amélioraient pas. On est déçus; on a créé des liens dans notre groupe. Ça reste que les liens que nous avons tissés ne seront pas dissous. »

« Moi, c’était le voyage que je voulais faire, exprime pour sa part Amélie Bourgon. Bien honnêtement, j’ai un peu choisi le Salésien pour les JMS. Que ça ne se concrétise pas, ça m’a fait quelque chose. Cependant, je sais que les actions que j’ai faites ont servi à quelque chose. Oui, le but ultime de partir ne s’est pas concrétisé, oui, JMS était une opportunité, mais ce n’était pas la seule. »

À Gressier, commune où vont les JMS depuis 2014, quelque 300 élèves de niveaux primaire et secondaire fréquentent l’école salésienne. Une quarantaine d’entre eux sont pensionnaires de l’établissement, selon leur site web. 

Les élèves qui ont vu leur projet annulé pourraient se reprendre dans un futur plus éloigné. « Si jamais les tensions se calment et qu’on relance le projet, on ne ferme pas la porte à lancer un appel à ces deux cohortes pour qu’ils réitèrent leur engagement. Ils seront au collégial ou à l’université et ça leur demanderait un autre investissement financier », confirme Shirley Brochu, sourire en coin.