David Côté et sa conjointe Julie Poitras-Saulnier ont cofondé l’entreprise LOOP Mission avec le distributeur de fruits et légumes Courchesne-Larose. L’entreprise fait des surplus alimentaires sa seule matière première.
David Côté et sa conjointe Julie Poitras-Saulnier ont cofondé l’entreprise LOOP Mission avec le distributeur de fruits et légumes Courchesne-Larose. L’entreprise fait des surplus alimentaires sa seule matière première.

LOOP Mission : Carburer aux surplus

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Chez LOOP Mission, le gaspillage alimentaire constitue la base d’un noble modèle d’affaires. Non seulement le fabricant montréalais de jus, savons, bières et gin a-t-il rescapé plus de 3700 tonnes d’aliments en moins de quatre ans d’existence, mais il espère aussi créer un véritable renversement de la valeur qu’on accorde collectivement aux surplus.

Tout a débuté avec un problème. « J’ai eu un appel de Frédéric Monette chez le distributeur de fruits et légumes Courchesne Larose. Il m’a dit : ‘‘David, je jette 16 tonnes de fruits et légumes chaque jour, 365 jours par année.’’ Au même moment, je rencontrais ma conjointe et partenaire d’affaires dans cette entreprise, Julie Poitras-Saulnier. Elle rêvait de faire une entreprise où, plus elle vend son produit, plus elle crée du bon pour l’environnement », avance David Côté, cofondateur et « superhéros » de LOOP Mission. 

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Fort de son expérience comme fondateur de RISE Kombucha et de Crudessence, M. Côté s’est ainsi lancé à pieds joints dans cette aventure avec Mme Poitras-Saulnier et Courchesne Larose. 

Des fruits et du pain en surplus sont ainsi valorisés en bières, grâce à l’implication de la Brasserie New Deal de Boucherville. 

Les épluchures de pomme de terre des croustilles Yum Yum sont de leur côté transformées en gin par la distillerie Mariana de Louiseville, alors que l’huile de tournesol que les restaurants La Panthère Verte utilisent pour leurs falafels devient des savons que la Savonnerie des Diligences, à Austin, prend le soin de confectionner pour la marque. En ce qui concerne la pulpe nutritionnelle, elle est reprise par l’entreprise montréalaise Wilder Harrier, qui prépare des gâteries pour chien. 

Et jamais l’entreprise n’a-t-elle eu à faire les premiers pas avec ses fournisseurs. 

« Ce qui est bien, c’est que nous démontrons que nous pouvons créer des emplois dans notre entreprise, mais nous créons aussi de la valeur, de l’abondance et de l’emploi dans d’autres régions, renchérit M. Côté. C’est certain que si je pensais juste au profit, je dirais qu’il faut que j’ouvre ma brasserie, ma distillerie et ma savonnerie. L’idée, ce n’est pas de faire plus d’argent, c’est de réduire le gaspillage le plus vite possible. C’est la troisième plus grosse cause de gaz à effet de serre (GES) sur la planète. » 

Changer l’économie

Le plus beau pour les fournisseurs : au lieu de débourser pour se débarrasser de leurs surplus, ils empochent un profit. 

« C’est ça qui est complètement fou, avance M. Côté. L’autre jour, une bannière d’épicerie m’a appelé parce qu’elle avait un camion de carottes à se débarrasser. Elle voulait me le donner, mais j’ai dit non. Nous voulons acheter notre matière première. Nous voulons la sécuriser pour le futur, mais nous voulons surtout éduquer les entreprises et les présidents pour qu’ils comprennent que leurs déchets ont une valeur financière. S’ils peuvent prendre quelques jours de leur vie pour se demander comment ils peuvent les valoriser, ça va changer toute l’économie. Ça va même créer une désinflation, parce que, lorsqu’on achète une pomme à l’épicerie, on paie les pertes que le commerçant, le fournisseur et le producteur ont calculées pour déterminer leur prix de vente. »

Comment pourrait-on exporter ce modèle, par exemple en région? 

« L’erreur que la plupart des gens font dans ces cas-là, c’est qu’ils s’attaquent au petit gaspillage alimentaire. Si tu veux aller voir les épiceries une par une, c’est beaucoup trop de travail, et ce n’est pas comme ça qu’on va changer le monde. Il faut travailler en amont, avec les grosses industries qui jettent de grosses quantités. ll faut se demander qui sont les gros joueurs dans notre région. » 

Jusqu’à maintenant, LOOP Mission a réussi à épargner l’atmosphère de plus de 2900 tonnes d’émissions de GES, a économisé plus de 300 millions de litres d’eau, et a rescapé près de 990 000 tranches de pain. 

Le gin LOOP est fabriqué à partir des épluchures de pomme de terre des croustilles Yum Yum.