Au Vignoble d’Orford, les récoltes sont « exceptionnelles » cette année. L’été chaud et sec s’est montré clément et les gels semblent avoir été moins agressifs qu’ailleurs dans la région.
Au Vignoble d’Orford, les récoltes sont « exceptionnelles » cette année. L’été chaud et sec s’est montré clément et les gels semblent avoir été moins agressifs qu’ailleurs dans la région.

Les raisins estriens de 2020 : entre gel et soleil

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Orford — « Exceptionnelle », « petite », « ordinaire » : la saison vinicole estrienne de 2020 aura été la preuve qu’être vigneron, c’est un peu comme jouer à la loterie avec la sueur de son front.

« Regardez ça! Même pas un raisin de pourri! » Christian Bolduc, au Vignoble d’Orford, jubile devant ses raisins Frontenac. En pleines vendanges, le propriétaire compare la saison 2020 à celle de 2012, marquée par un grand ensoleillement et peu de pluie. 

« Les vignes, ça n’aime pas l’eau. Comme il y a eu très peu d’eau cette année, il n’y a pas de maladies fongiques. Ça, c’est excellent pour nous. Notre champ de bataille, cet été, ça a surtout été les scarabées japonais. » 

Un léger gel a forcé la précipitation des récoltes de certains cépages, la semaine dernière, mais par chance, toutes les vignes n’ont pas été touchées.

Une vingtaine de kilomètres plus loin, à la Grange Hatley de Sainte-Catherine-de-Hatley, le gel hâtif a fait un peu plus de dégâts. 

« Ça a créé beaucoup de problèmes, parce que la maturité qu’on pensait avoir en septembre n’a pas été jusqu’au bout, explique Jean Paul Martin, le propriétaire. C’est un petit préjudice au niveau qualitatif, mais bon, c’est Dame Nature qui commande! » 

Gels tardifs

Alors que l’automne comporte son lot de menaces, comme les ratons, chevreuils et oiseaux qui attendent tous impatiemment de se mettre des raisins mûrs en gueule, le printemps est tout aussi crucial.

Déjà à la fin du mois de mai, le gel est venu ajouter une embûche aux producteurs de la région en tuant les premiers bourgeons. À la Halte de Pèlerins, c’est près de 50 % de la récolte annuelle qui y est passée à ce moment précis.

Au passage de La Tribune, jeudi, toutes les feuilles avaient été tuées par le plus récent gel, et tous les raisins avaient déjà été ramassés en vitesse pour sauver un maximum de fruits des prédateurs. Malgré tout, Geneviève Chabot, qui tient l’entreprise avec son conjoint Marco Corbin et leurs filles, Raphaëlle et Naomi, explique que la qualité est finalement bien meilleure que celle attendue. « On a été choyé par l’été sec et chaud. Ce qui arrive aussi, c’est que quand la vigne perd son bourgeon primaire et qu’on tombe sur le bourgeon secondaire, elle va se concentrer à faire de bons fruits avec la moitié qu’il lui reste. »  

À Ulverton, la saison a été « ordinaire », rapporte pour sa part Brian Illick, des Vallons de Wadleigh. « Un raisin, c’est un peu comme un être humain. Trop chaud, ce n’est pas mieux. Le raisin va être dormant et cesser sa croissance en canicule », explique celui dont les vendanges se sont terminées mardi, avec l’aide de plusieurs bénévoles. 

« Les vignes, ça n’aime pas l’eau. Comme il y a eu très peu d’eau cette année, il n’y a pas de maladies fongiques. Ça, c’est excellent pour nous. Notre champ de bataille, cet été, ça a surtout été les scarabées japonais », explique Christian Bolduc, le propriétaire du Vignoble d’Orford.

Main-d’œuvre

Le monde agricole ayant été privé de plusieurs travailleurs étrangers cet été, ni les Vallons de Wadleigh, ni la Grange Hatley, le Vignoble d’Orford ou la Halte des Pèlerins n’ont manqué de main-d’œuvre pour leurs vendanges. 

« J’ai l’habitude d’embaucher une main-d’œuvre locale, alors ça n’a pas été un problème, dit Christian Bolduc. On ne se cachera pas qu’il y a eu un petit défi avec la PCU [prestation canadienne d’urgence]. Finalement, j’ai embauché plusieurs Français, en plus de Québécois. » 

À la Halte des Pèlerins, où les vendanges se font habituellement exclusivement avec des touristes, on a dû changer de formule en raison de la COVID-19. « Mais comme la récolte a été amoindrie, on n’a pas eu de difficulté à ramasser avec nos employés », nuance Mme Chabot.