Casque ou pas, Manon Massé ne se prive pas de sauter sur un VTT pour agrémenter une partie de sucre.

Les racines de Manon Massé à Windsor

Installée au milieu de la rue Ambroise-Dearden, Manon Massé oublie momentanément le danger que sa mère Fernande redoutait tant lorsque sa plus jeune a pris le chemin de l’école.

« C’était notre maison. Mes cousins étaient nos voisins et souvent, je me précipitais chez ma grand-mère, qui vivait de l’autre côté de la rue, pour aller me régaler de ses beurrées sucrées », me décrit-elle avec la gestuelle d’un policier dirigeant la circulation.

Avant ce point de rencontre, je n’avais trouvé aucune trace évidente de Mme Massé à l’épicerie ou à l’école secondaire du même quartier.

« Je me souviens de son père Gilles, qui nous a vendu la maison au début des années 70, mais elle, non », m’avait aussi avoué Carmen Guillemette.

Quelques minutes plus tard, la p’tite fille de Windsor ayant annoncé récemment « qu’elle brassera la cage » comme candidate de Québec solidaire au poste de premier ministre frappait à la porte de Mme Guillemette.

« Je n’avais que sept ans et demi lors de notre déménagement à Boucherville. Malgré cela, il n’a jamais fait de doute que Windsor est mon berceau. Mon père, son frère, à peu près tous les salariés, ici, étaient des employés de Domtar. Ma mère, elle, travaillait à la Bag Mills (aujourd’hui Papiers Couchés d’Atlantic). Je suis une ouvrière de cœur et de sang. »

Il presse à Manon Massé de rendre visite à sa marraine Rita.

« Je me rappelle le nombre incalculable d’heures que nous avons passées dans le boisé derrière la maison. Chaque passage à Windsor est pour moi un moment de ressourcement. Je rebranche l’ensemble de mes systèmes. »

Joue contre joue chaleureux à tante Rita et accolade au cousin Pierre.

« Notre petite Manon en entreprend pas mal. C’est une fonceuse. Elle saura se débrouiller », l’encourage sa marraine.

« Manon a toujours été différente. Cela n’a pas pour autant fait d’elle une adolescente rebelle. Comme elle nous a toujours manifesté beaucoup de respect, les choses n’étaient pas compliquées », campe à son tour son père Gilles, qui ne fait pas ses 85 ans.

En cours de journée, elle saute sur un VTT pour se rendre à la cabane à sucre sans se soucier que nous la montrerons sans casque.

« J’assume. »

Elle ne se passe pas la langue au rince-bouche avant de dire que sa dent sucrée cherche un peu de sel pendant qu’elle trempe la palette.

« Viarge que j’aurais dû amener des pinottes! »

La chaleur familiale est un carburant indispensable pour Manon Massé, qui a donné une chaleureuse accolade à son cousin Pierre en rendant visite cette semaine à sa marraine Rita dans sa ville natale de Windsor.

N’est-ce pas un peu cru comme langage?

« Les électeurs de ma circonscription vont me reconnaître, les autres, vont me découvrir. J’assume », répète la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

Tenons alors pour acquis que Mme Massé assume aussi que le VUS Mitsubishi de son père qu’elle conduit n’appartient pas à la catégorie des véhicules les moins énergivores. Il se trouvera peut-être des écolos pour le lui reprocher.

L’ouvrière de la ville papetière est passée cette semaine à la maison le jour où La Tribune a dévoilé les détails de la première récolte forestière industrielle de Domtar sur le territoire de Sherbrooke, une plantation de peupliers hybrides sur une ancienne terre en friche est rasée nette.

Comme on le ferait pour des tomates ou du maïs, de nouvelles pousses seront mises en terre dès les prochains mois et ce jardin d’une espèce à croissance rapide sera prêt à récolter de nouveau dans moins de 20 ans, soit trois fois plus rapidement que le cycle de production naturel de la forêt.

Manon Massé a froncé les sourcils lorsque je lui ai demandé si ces pratiques forestières pour alimenter une usine moderne avalant 225 camions de bois par jour collaient à ses valeurs.

« Ces grandes entreprises sont toujours celles qui exigent toutes sortes d’accommodements sur l’environnement et les salaires, mais laissez-moi vérifier certaines choses avec nos équipes de recherche. »

Elle m’est revenue avec une réponse plus nuancée.

« C’est une façon de faire intéressante, qui comporte certains avantages. Il faut cependant veiller à ce qu’elle ne devienne pas une pratique à grande échelle. Ça prend une vision régionale et globale de la ressource forestière pour éviter la gestion à la pièce. Pour orchestrer un développement durable, il faut se référer à plusieurs paramètres dont l’indice de canopée », juge Manon Massé.

L’indice de canopée réfère à l’écran de protection qu’assure le bouquet des arbres pour contrôler les îlots de chaleur.

Je suis.

Tu es.

Manon est Manon.

Son côté abrasif séduira-t-il davantage que le doigté avec lequel Françoise David a tenté de marquer les différences de Québec solidaire lors de précédentes élections? Chose certaine, Manon a de l’ouvrage en viarge!

« Ma mère était aussi une artiste. Elle avait une voix exceptionnelle, elle donnait des spectacles et mon père l’accompagnait comme musicien. La p’tite fille de Windsor est aussi celle qui va dire qu’on est plus que ce les gens pensent. »