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Les 4500 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui sont représentés par l’APTS vivaient leur troisième journée de grève le 21 juin.
Les 4500 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui sont représentés par l’APTS vivaient leur troisième journée de grève le 21 juin.

Les psychologues quittent le réseau public

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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La pandémie aura laissé des traces importantes sur la santé psychologique des Québécois, indiquent depuis plusieurs mois les chercheurs de partout au pays. Mais comment le réseau public de la santé et des services sociaux réussira-t-il à faire face à cette détresse plus que jamais grandissante? C’est une question qui interpelle beaucoup les psychologues et les neuropsychologues qui oeuvrent dans le réseau public de la santé.

« Il faut voir comment, comme société, on peut répondre à cette détresse avec une accessibilité et une offre de services qui vont répondre aux besoins de la population », indique Marc (prénom fictif), un psychologue qui travaille au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et qui préfère taire son identité. Comme de nombreux employés du réseau de la santé et des services sociaux, il craint une réaction négative de son employeur face à sa sortie médiatique.

Avec le déconfinement qui s’est amorcé, les gens vont aujourd’hui chercher de l’aide afin de reprendre le contrôle de leur vie.

« Résultat : on voit les listes d’attente augmenter. Mais nous ne sommes pas plus de psychologues pour répondre aux besoins », indique Lucie (prénom fictif), une deuxième psychologue qui travaille au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et qui préfère aussi conserver son anonymat.

Au total, il y a un peu plus de 100 psychologues qui travaillent au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, pour une population de 500 000 personnes.

« Les besoins augmentent dans la population, mais on assiste à un exode des psychologues du public vers le privé », expliquent les deux collègues.

En ce moment, le ministère de la Santé et des Services sociaux achète des heures de consultation aux psychologues dans les services privés, ce qui permet quand même de réduire les listes d’attente.

Mais pour les patients et pour les psychologues, il y a quand même des impacts négatifs à cette façon de fonctionner.

Interdisciplinarité

« Une des grandes forces du réseau de la santé, c’est l’interdisciplinarité. Souvent, pour améliorer la situation d’un patient, il faut travailler sur plusieurs fronts en même temps, que ce soit avec la travailleuse sociale, l’ergothérapeute, les nutritionnistes, les éducateurs spécialisés, les médecins psychiatres… Or les psychologues qui travaillent au privé ne peuvent pas offrir cela à leurs patients », souligne Marc.

« Les psychologues qui travaillent dans le secteur privé se retrouvent aussi seuls dans leur bureau à travailler avec des patients aux problématiques de plus en plus complexes. Ils ont de lourdes comorbidités, comme des dépendances ou des antécédents suicidaires; c’est plus difficile pour les psychologues aussi de faire leur travail dans ces conditions-là, jour après jour », mentionne Marc, soulignant que les psychologues doivent aussi prendre soin de leur propre santé mentale pour rester au front jour après jour.

Or, les conditions salariales actuellement dans le réseau de la santé ne sont pas avantageuses pour les psychologues.

« On parle d’un écart du salaire annuel de 27 % entre le public et le privé », mentionne-t-il

Doctorat obligatoire

Depuis 2006, les psychologues doivent aussi terminer un doctorat pour exercer leur profession. Avant, une maîtrise était nécessaire. Pour terminer la formation, il faut donc rester à l’université de sept à douze années de plus. Or les échelons salariaux de ces professionnels n’ont pas été ajustés dans le réseau public depuis les nouvelles obligations de formation en 2006.

« C’est certain que dans ce contexte, ça peut paraître plus tentant d’aller travailler au privé pour un jeune psychologue », mentionne Andréanne, une troisième psychologue rencontrée en entrevue.

Dans le cadre de la présente négociation entre le gouvernement du Québec et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représentent les psychologues du réseau public, Andréanne, Marc et Lucie espèrent donc que leurs conditions de travail seront nettement améliorées pour que cesse l’exode et pour attirer les finissants dans le réseau public.

Ces trois psychologues sont bien décidés à rester ancrés dans leurs postes respectifs. Parce qu’ils font du bien à leurs patients. Parce qu’ils font une différence. Et c’est aussi grâce aux collègues avec lesquels ils peuvent interagir, toujours pour le bien de leurs patients.

« Je suis motivé à rendre les services accessibles », dit Marc. « La psychothérapie est reconnue comme un traitement efficace. Je ne veux pas qu’elle soit réservée seulement aux mieux nantis, qui peuvent aller chercher des services au privé. Notre travail a un impact, pas seulement sur notre client, mais aussi sur son entourage, sur sa famille, sur sa contribution dans le réseau. C’est important ce qu’on fait », ajoute Andréanne d’un ton convaincu.