Marie-Christine Chassot de Florencourt, propriétaire du gîte l’Île de garde situé à Sherbrooke, ne comprends pas que le gouvernement ait donné le feu vert à la location de chalets et de résidences sur des plateformes telles qu’AirBnB, mais refuse de laisser les gîtes rouvrir leurs portes à leur clientèle.
Marie-Christine Chassot de Florencourt, propriétaire du gîte l’Île de garde situé à Sherbrooke, ne comprends pas que le gouvernement ait donné le feu vert à la location de chalets et de résidences sur des plateformes telles qu’AirBnB, mais refuse de laisser les gîtes rouvrir leurs portes à leur clientèle.

Les propriétaires de gîtes menacent d’ouvrir sans la permission de Québec

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Alors que les hôtels et les campings sont déjà ouverts, les propriétaires de gîtes croient avoir été oubliés dans le plan de déconfinement du gouvernement Legault et demandent la permission de rouvrir le plus tôt possible. Si rien ne bouge d’ici le 24 juin, certains se disent prêts à recevoir leur clientèle sans l’accord de Québec.

« On demande une date et ça presse, lance d’entrée de jeu Marie-Christine Chassot de Florencourt, propriétaire de l’Île de garde situé à Sherbrooke. On est en train de perdre complètement notre saison. Les appels de clients nous pressent. Ils ne comprennent pas pourquoi nous sommes toujours fermés. » 

« Il y a une logique qu’on a du mal à comprendre. (…) On a un sentiment d’injustice puisqu’on attendait un déconfinement le 1er juin, mais ça n’a pas été le cas ni par la suite, alors qu’on a annoncé l’ouverture de toutes les autres résidences de tourisme. On a ouvert les campings, les motels, les hôtels, les résidences AirBnB, mais nous, nous sommes oubliés », poursuit Mme Chassot de Florencourt qui a vu son calendrier de réservation se vider au cours des dernières semaines.

« Au début du mois de mars, j’avais 75 % de mon carnet de réservation rempli pour les mois d’avril à septembre. Le 23 mars, je suis tombée à zéro. Zéro nuitée en avril, mai et juin. Pour juillet, il me reste 3 nuitées sur une possibilité de 120. Pour le mois d’août, il m’en reste 4. C’est une catastrophe », partage-t-elle.  

Le propriétaire du gîte La Maison Drew, de Magog, parle de son côté d’une concurrence déloyale entre les différentes ressources d’hébergement créée directement par le gouvernement. 

« Les personnes qui veulent planifier leurs vacances n’attendront pas après nous alors que notre ouverture n’est pas encore annoncée. Elles vont se tourner vers ce qui est déjà ouvert comme les hôtels ou les chalets en location. Toute cette clientèle, nous ne la retrouverons pas cet été », souligne Pierre Robinette. 

Sur le site du gouvernement du Québec, on peut lire que les gîtes et auberges « comprennent, pour la plupart, des aires communes, comme des salles de bain, des salles à manger et, dans le cas des auberges de jeunesse, des dortoirs. À ce moment-ci, la Direction de la santé publique a jugé que la reprise des activités de ces types d’établissements ne pouvait s’effectuer dans le respect des consignes sanitaires».

Pour M. Robinette et Mme Chassot de Florencourt, cette affirmation témoigne d’une méconnaissance des autorités du milieu des gîtes.

« Il reste très peu de gîtes au Québec qui ont des toilettes communes puisque ce n’est pas ce que la clientèle désire. De toute façon, le plan sanitaire est très clair à ce propos : si deux chambres ont une toilette commune, une des chambres doit être fermée », souligne M. Robinette.

De l’avis des deux propriétaires, plusieurs mesures telles que des heures d’arrivée différentes, des plages horaires différées pour les repas ou encore le service aux chambres permettraient une réouverture sécuritaire autant pour les voyageurs que les hôtes.

« Le propriétaire d’un gîte habite sur place. Ils ont à cœur plus que n’importe qui d’avoir un milieu sécuritaire et ils prendront grand soin des mesures sanitaires, c’est leur maison! » rappelle la Sherbrookoise. 

Une pétition a récemment été lancée pour réclamer la réouverture des gîtes. Selon Mme Chassot de Florencourt, une reprise rapide de leurs activités permettrait aux propriétaires de minimalement garder leur entreprise à flot. Sans cela, il y aura une vague de fermetures, croit-elle.

Une aide jugée dérisoire

M. Robinette dénonce également les mesures d’aide mises de l’avant par Québec pour accélérer la relance du milieu touristique. Sur les 754 M$ annoncés par la ministre Caroline Proulx, les gîtes sont nommément exclus de plusieurs mesures, dont le PACME, fait-il valoir.

« La seule mesure qui nous est accessible est le retour de la taxe d’hébergement pour le premier trimestre, mais les mois de janvier, février et mars sont les plus tranquilles de l’année! Je connais un propriétaire qui va recevoir 8 $. Dans le meilleur des cas, les gens reçoivent 400 $. C’est ridicule », déplore le Magogois qui n’hésitera pas à rouvrir dans l’illégalité si rien ne change d’ici le 24 juin.

« C’est dommage, mais le gouvernement ne nous laisse pas le choix », indique-t-il.