Un seul aidant naturel par famille a été identifié par les chefs d’unités des CHSLD. Il s’agit généralement de la personne qui agit comme répondante dans le dossier de la personne hébergée.
Un seul aidant naturel par famille a été identifié par les chefs d’unités des CHSLD. Il s’agit généralement de la personne qui agit comme répondante dans le dossier de la personne hébergée.

Les proches aidants de retour au compte-goutte dans les CHSLD

Le retour des proches aidants a commencé cette semaine dans les CHSLD de l’Estrie, mais ce retour tant attendu s’effectue au compte-goutte.

« Nous sommes au début de l’ouverture de nos milieux de vie. Nous voulons y aller graduellement et en mesurer l’impact. D’un côté, il y a des aidants naturels qui sont contre la réouverture des CHSLD

pour protéger les aînés de la COVID-19. De l’autre côté, il y a d’autres familles qui voudraient un élargissement des mesures que nous avons mises en place. On voit vraiment les deux réactions », soutient Sylvie Moreault, directrice du Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Rappelons-le d’entrée de jeu : il y a eu des dizaines d’éclosions dans des CHSLD du Québec, et à Montréal en particulier, où 2059 aînés (en date du 14 mai) sont décédés du coronavirus. Pendant ce temps, il n’y a eu aucune éclosion dans les 26 CHSLD de l’Estrie.

« Si on n’a pas eu d’éclosion, c’est pour un mélange de raisons. D’abord, il y a une part de chance. Mais la chance ne peut pas tout expliquer. Nous avons aussi donné des directives très rapidement, et nos équipes sur le terrain ont respecté les mesures que nous leur avons demandé, autant dans les CHSLD et les RPA que dans les centres hospitaliers », indique Mme Moreault.

Daniel* (prénom fictif) se réjouissait de revoir enfin sa mère quand le premier ministre François Legault a annoncé, la semaine dernière, que les proches aidants seraient bientôt autorisés à revenir visiter leurs proches dans les CHSLD. Or il a été très déçu.

« Nous sommes une famille nombreuse. Avant, j’allais faire déjeuner ma mère trois fois par semaine. Elle se confiait à moi. Mes frères et mes sœurs faisaient d’autres repas. J’avais très hâte de revoir ma mère. Même si on peut la voir en vidéoconférence assez souvent, ce n’est vraiment pas pareil! Mais là, on s’est fait dire qu’il y aurait un seul aidant naturel qui pourrait aller la visiter, une heure à la fois, une fois par semaine », se désole-t-il.

Un seul aidant par famille

Un seul aidant naturel par famille a été identifié par les chefs d’unités des CHSLD. Il s’agit généralement de la personne qui agit comme répondante dans le dossier de la personne hébergée. « Parmi les critères de base, il fallait que le proche, avant la pandémie, offre du soutien réel, que ce soit de l’aide à l’alimentation, à la marche, à la routine des soins d’hygiène par exemple, et non seulement des visites de courtoisie », indique Mme Moreault.

Le nombre de visites par semaine varie d’une personne à l’autre en fonction des besoins du résident.

« Si on constate que le résident avait perdu sa joie de vivre et que la visite de son proche l’aide à la retrouver, on pourrait élargir le nombre de visites », illustre la directrice SAPA.

Pour le moment, les visites des proches sont exigeantes pour le personnel des CHSLD.

« Nous y allons avec un système de rendez-vous pour les visites des proches, car on doit éviter que les visiteurs se croisent dans le hall d’entrée, dans l’ascenseur ou encore qu’ils soient nombreux à circuler dans les corridors en même temps. Nous devons les informer des procédures à suivre et nous assurer qu’ils respectent bien les consignes », ajoute Mme Moreault.

Les directives concernant la sécurité ont été émises par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Les proches doivent porter un masque, se laver les mains, s’engager à rester dans la chambre de leur proche, à rester assis à deux mètres, à ne pas s’asseoir dans son lit ou ne pas avoir de contact physique avec elle. Il est aussi interdit de circuler dans les corridors du CHSLD pendant la visite.

Le Comité des usagers des CHSLD, des CLSC et de l’IUGS a reçu beaucoup d’appels cette semaine de familles très déçues par les règles restrictives et d’autres en colère de voir les portes des CHSLD se rouvrir aux visiteurs.

« Les règles sont restrictives et je le comprends. Nous sommes chanceux de ne pas avoir eu d’éclosion à Sherbrooke et il faut voir les choses sous cet angle-là. Est-ce qu’il y aura une deuxième phase où plus de proches aidants seront admis, plus souvent dans une semaine? C’est ce qu’on souhaite », explique Nicole Chiasson, présidente du Comité des usagers des CHSLD.

C’est aussi ce que souhaite l’équipe du soutien à l’autonomie des personnes âgées dirigée par Mme Moreault. « Le moral de plusieurs des résidents était affecté par l’absence de leurs proches. Nous sommes maintenant à la recherche d’un nouvel équilibre entre la santé physique et le bien-être psychologique de nos résidents », précise la directrice.