Samedi soir, un homme de 65 ans qui circulait à pied sur la rue King Est est décédé après avoir été heurté par un automobiliste.
Samedi soir, un homme de 65 ans qui circulait à pied sur la rue King Est est décédé après avoir été heurté par un automobiliste.

Les piétons toujours aussi vulnérables

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Au lendemain de la tragédie routière où un homme de 65 ans qui circulait à pied à Sherbrooke est décédé après avoir été heurté par un automobiliste, l’organisme Piétons Québec lançait sa campagne de sensibilisation.

« Les piétons demeurent toujours aussi vulnérables, alors c’est toute la société qui doit devenir leur armure. Si le bilan routier pour les automobilistes s’est amélioré au cours des dernières années, il en va autrement pour les piétons où la situation ne cesse de se dégrader », explique la porte-parole de Piétons Québec, Jeanne Robin.

Selon la SAAQ, le nombre de piétons décédés sur les routes a augmenté de 18,7 pour cent entre 2014 et 2018, tandis qu’il était en baisse de 3,6 pour cent pour la même période pour les décès impliquant des véhicules.

Soixante-et-onze piétons sont décédés au Québec en 2019. Depuis 2014, sept piétons ont été heurtés mortellement en Estrie alors que 344 ont été blessés. L’accident survenu sur la rue King Est samedi soir viendra encore une fois ternir le bilan concernant la sécurité des piétons.

La conductrice d’une trentaine d’années qui circulait vers l’est a happé le sexagénaire qui circulait sur la rue King Est.

« Nous poursuivons l’enquête dans cette affaire. À première vue, il n’y a pas d’élément criminel ni d’infraction au Code de la sécurité routière », explique la porte-parole du Service de police de Sherbrooke, Isabelle Gendron.

Jeanne Robin remarque que la vulnérabilité des piétons demeure bien présente.

« Il est difficile de dire qu’une ville se démarque plus que les autres sur la sécurité des piétons. Sherbrooke a cependant agi comme pionnière notamment en matière de sécurité aux abords des écoles », explique Mme Robin.

Selon les données de la SAAQ, le nombre de piétons blessés est en baisse à Sherbrooke depuis 2016. Depuis sa mise en place en 2004, le programme Bon pied bon œil a permis l’amélioration de nombreuses infrastructures, l’installation de bollards ainsi que la bonification des programmes de prévention visant toute la population.

Le nombre d’accidents avec des piétons à Sherbrooke est passé de 61 en 2004 à 40 en 2018. 

« Nos campagnes se déroulent tous les mois d’octobre et se divisent en deux volets : préventif et répressif. Plusieurs kiosques de prévention ont été réalisés dans différents milieux et nous avons aussi créé de nombreux outils promotionnels comme des aimants, brassards, lacets lumineux, napperons, capsules vidéos, publicités dans les abris-bus, autobus », explique la porte-parole du SPS.

Piétons Québec amorce une campagne de sensibilisation nationale pour la sécurité des piétons. Une tournée régionale se poursuivra par la suite dans le cadre de cette campagne de sensibilisation dont l’objectif est de changer la culture routière et d’influencer les usagers de la route à adopter des comportements plus sécuritaires à l’égard des piétons.

« Chacun est responsable de la sécurité des piétons. Les villes avec les urbanistes et ingénieurs peuvent aménager les rues pour les rendre plus sécuritaires, mais au bout du compte l’automobiliste doit aussi adopter des comportements sécuritaires », estime Jeanne Robin.

Intervention rapide

Vanessa White a coordonné les premiers soins en attendant l’arrivée des premiers répondants sur la scène de l’accident mortel, samedi soir.

Elle se surprend que personne ne soit intervenu auprès du piéton happé avant elle.

« Dans de telles situations, chaque seconde compte. À part les personnes qui ont appelé à 9-1-1, il y avait une vingtaine de personnes qui regardaient l’homme blessé sans intervenir. Lorsque je me suis approchée, un homme m’a même dit de ne pas intervenir pour ne pas être poursuivie. J’ai vraiment été surprise de ce commentaire parce que si l’on sait quoi faire, il est essentiel de porter secours », estime la femme qui a déjà été ambulancière paramédicale et qui est maintenant infirmière clinicienne.

Cette dernière a fait arrêter le trafic dans les deux directions. Elle a mandaté des personnes pour l’aider jusqu’à l’arrivée des premiers répondants. 

« Même si j’étais seule avec mes deux filles dans la voiture, je devais intervenir. Même s’il y a des précautions supplémentaires à prendre avec la COVID, il faut intervenir auprès des personnes en danger. Je trouve dommage d’arriver après ces nombreux témoins et que rien ne se passe. Il faut changer cette mentalité concernant la peur d’intervenir et offrir des cours de premiers soins chez le plus grand nombre de personnes parce que chaque minute compte », estime Vanessa White.