Les plus grosses pertes anticipées en retombées touristiques sont liées au congrès de l’ACFAS, au Festival des harmonies et orchestres du Québec et au repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.
Les plus grosses pertes anticipées en retombées touristiques sont liées au congrès de l’ACFAS, au Festival des harmonies et orchestres du Québec et au repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Les pertes de retombées touristiques évaluées à 5 M$

PRIMEUR / L’annulation de congrès et d’événements sportifs à Sherbrooke en raison de la COVID-19 entraîne des pertes de retombées économiques de plus de 5 M$ pour 2020.

Selon les données les plus à jour obtenues jeudi, 30 congrès ou événements sportifs ont été annulés jusqu’ici à Sherbrooke en 2020. À ce chiffre, il faut en ajouter 15 qui sont reportés à 2021 ou 2022.

Parmi les événements les plus lucratifs, notons le report du congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui devait entraîner des retombées estimées à 820 000 $. Le repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, le Festival des harmonies et orchestres symphoniques du Québec et les Championnats de l’est du Canada de gymnastique artistique et de sports de trampoline constituent tous des durs coups puisqu’on estimait leurs retombées individuelles à 450 000 $ ou plus. 

Les hôteliers seront vraisemblablement les plus touchés par toutes ces annulations alors qu’on calcule que plus de 14 000 nuitées ne se concrétiseront jamais. Pour toute l’année 2019, on estimait à 26 826 le nombre de nuitées générées par les congrès et les événements sportifs.

Au final, les pertes nettes confirmées, en matière de retombées, sont de 3 M$. En ajoutant les reports et les autres pertes potentielles, cette somme atteint 5 M$ pour 2020. 

Lynn Blouin, directrice à la commercialisation et aux communications à Destination Sherbrooke, explique que le report d’un événement récurrent constitue une perte nette, mais qu’un événement comme le congrès de l’ACFAS, qui se tient dans des villes différentes chaque année, ne serait pas forcément revenu à Sherbrooke en 2021 s’il n’avait pas choisi de reporter. 

« Il reste qu’on prévoyait accueillir 4000 participants. Je ne suis pas certaine que le congrès aura la même ampleur l’an prochain. Si on réserve moins de nuitées, les retombées seront aussi diminuées. »

Elle confirme que les hôteliers risquent d’être les plus touchés par ces pertes, alors qu’on estime à 346 $ les retombées pour une nuitée, soit le coût de la chambre et les frais de subsistance pour une journée. « C’est énorme pour ce segment du marché. Les autres dépenses sont associées aux activités connexes, soit les spectacles au Théâtre Granada ou les repas dans les restaurants... Si l’autre moitié de l’année permet d’atteindre une partie de nos prévisions, il y aura au moins un petit rééquilibrage. »

Mme Blouin ne s’inquiète pas pour le moment que des organisateurs n’aient pas confirmé leur retour pour l’an prochain. « De plus en plus, les petits événements réservent en cours d’année, pas un an ou deux à l’avance. Certains sont donc sur pause en attendant de voir comment la situation progressera. Il faudra aussi voir la place que prendra le virtuel et à quel point ça changera la donne pour les congrès. La reprise du tourisme d’affaires est encore plus nébuleuse que celle du tourisme d’agrément. »

En ce sens, Destination Sherbrooke travaille à innover pour offrir la possibilité d’intégrer des participants à un événement pour lequel ils ne pourraient pas se déplacer. « Il faut se trouver des façons de se donner des avantages par rapport aux autres pour la reprise. »

Pour le moment, il reste 13 événements qui pourraient toujours avoir lieu, pour 2171 nuitées et des retombées touristiques de 751 166 $. 

Les prévisions pour 2021 sont bonnes alors que plusieurs événements sont inscrits à l’horaire. Combien d’années seront nécessaires pour absorber les pertes de 2020? « Je n’en ai aucune idée. Pour le moment, nous restons en action pour ceux qui souhaitent annuler ou reporter leur événement. Nous restons en veille technologique pour connaître les inquiétudes dans le marché. La clé du succès sera le sentiment de confiance et de sécurité lors de la reprise. »

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Les activités prévues au Centre de foires d’ici le 31 août sont annulées ou reportées, si bien que les pertes pour l’établissement se chiffrent pour le moment à 414 000 $.

414 000 $ de pertes au Centre de foires

La valse des annulations se poursuit au Centre de foires de Sherbrooke, où on prévoit des pertes brutes d’un peu plus de 414 000 $. Les organisateurs d’événements qui devaient se tenir d’ici le 31 août verront leur dépôt remboursé automatiquement.

Selon les données obtenues par La Tribune jeudi, les annulations confirmées entraînent des pertes de 315 000 $. En ajoutant les événements au fort potentiel d’annulation ou de report, notamment en raison du moment de la tenue de l’activité, les pertes s’élèvent à 414 000 $.

Le Salon de la pourvoirie (53 121 $), le salon de l’automobile Occasion en or (44 350 $) et le salon de l’ARISQ (40 102 $) représentent les plus grosses pertes confirmées à ce jour.

Si on savait que les manifestations sportives et culturelles, donc potentiellement les congrès et salons, devaient être annulées jusqu’au 31 août, les promoteurs d’événements prévus tard à l’automne ont commencé à manifester leur intention de reporter. « Les promoteurs ont de la difficulté à vendre leurs kiosques même si les salons sont prévus pour l’automne. Les conséquences continueront de se faire sentir à long terme. Comme presque toute l’économique est arrêtée, certains commerçants sont à regarder où ils peuvent couper, et parfois, c’est dans la participation à un salon. En même temps, pour se relancer, ces entreprises auront besoin de visibilité, de publicité », explique Paul Beaudoin, directeur du Centre de foires.

« Une chose est certaine, pour nos prévisions 2021, nous ne pourrons pas nous baser sur les résultats de l’année 2020. »

M. Beaudoin rapporte que son équipe était en plein montage du Salon Priorité Emploi quand le premier ministre François Legault a annoncé que le Québec se mettait sur pause. Depuis, sept des dix employés du Centre de foires ont perdu temporairement leur emploi. « Normalement, nous sommes autosuffisants. Nous payons nos salaires et les frais d’exploitation avec nos revenus. » S’il est difficile de chiffrer les pertes nettes, Paul Beaudoin estime qu’elles seront probablement de 50 % des 414 000 $ calculés jusqu’à maintenant.

Les conséquences toucheront donc le Centre de foires lui-même, mais aussi les organisations qui utilisent l’infrastructure pour tenir des activités de financement. « Elles ne récolteront peut-être pas autant que par le passé. » Idem pour les commerces qui y font des ventes pendant leur salon ou dans les jours suivants, comme les exposants du Salon du livre. Cet événement n’a pas encore été annulé, mais la décision n’est pas encore prise.

Quoi qu’il en soit, tous les promoteurs qui avaient versé un dépôt pour un événement annulé d’ici au 31 août seront remboursés. « Dès que nous avons eu l’accord des élus, j’ai envoyé la liste à notre administration pour qu’elle prépare les chèques. Ç’a déjà été décidé. Les chèques seront signés et envoyés la semaine prochaine. »

Pour les autres, le Centre de foires devra se positionner, mais M. Beaudoin dit que son organisation collaborera avec les promoteurs.

En ce moment, les employés toujours au boulot s’affairent d’ailleurs à contacter tous les promoteurs pour prendre de leurs nouvelles. Un casse-tête se dessine pour le report d’événements qui viseraient des dates déjà réservées en 2021. « Pour l’instant, nous n’avons perdu personne pour 2021, mais nous avons travaillé fort pour réorganiser le calendrier. »  Jonathan Custeau