Pascal Blanchette est parmi les opérateurs qui mettent à profit la conversion rapide de chenillettes en dépanneuses aux endroits stratégiques, à Sherbrooke, lors de tempêtes. Guy Corriveau, Mario Larrivée, Mario Bibeau, Gaétan Naud et Gaétan Demers ont contribué à l'avancement de cette idée.

Les patenteux du bas de la côte

La plupart des inventions naissent dans le berceau de la patience. Joseph-Armand Bombardier en a passé des heures dans son atelier pour mettre l'autoneige au point.
Aussitôt qu'on  se retrouve dans des conditions urgentes et difficiles, les chenillettes sont déployées à des endroits stratégiques.
C'est toutefois dans l'urgence, au milieu du chaos provoqué par la mémorable tempête de la Saint-Valentin de 2007, que l'un des véhicules de Bombardier a subi une géniale conversion. Il était pressant ce soir-là de déplacer des véhicules embourbés dans les rues accidentées du centre-ville de Sherbrooke et c'est en accrochant un pneu à la pelle d'une chenille à trottoirs que des cols bleus y sont parvenus.
Dix ans plus tard, cet usage figure dans le plan d'urgence de la Ville pour faire face aux « situations hivernales extrêmes ».
« Aussitôt qu'on se retrouve dans des conditions urgentes et difficiles, les chenillettes sont déployées à des endroits stratégiques », précise le chef de la voirie, Gaétan Naud.
Ce n'est donc pas par simple hasard si des automobilistes ont reçu un coup de pouce dans la côte King lors du retour à la maison, mardi, alors que la tempête s'intensifiait.
D'autres véhicules ont reçu la même poussée d'efficacité sur les rues Terrill, Marquette ou encore dans la côte du Frère-Théode, dans des pentes également propices aux bouchons de circulation.
« J'ai conduit une déneigeuse et c'est un cauchemar de rester coincé. Quand t'avances pas, tu ne peux pas gratter. Au fil des années, nous avons peaufiné notre affaire et le poussoir n'a cessé d'évoluer », raconte le machiniste Mario Bibeau.
M. Bibeau est l'un des patenteux des ateliers municipaux ayant mis au point un support à ressorts qui amortit les chocs durant la poussée. L'équipement est coussiné et s'accroche aussi rapidement à la lame d'une chenillette que les supports à vélos ou à bagages à des véhicules de promenade.
« Il fallait se soucier de l'efficacité tout en veillant à ce que la Ville ne reçoive pas de réclamations pour des dommages. Nous avons voulu un support protégeant toutes les voitures aussi bien que si elles étaient nôtres » confie Mario Larrivée, un opérateur de déneigeuse aujourd'hui à la retraite.
Coûts estimés de cet outil efficace : entre 500 et 100 $ l'unité. La Ville en a maintenant huit pour lancer autant de chenillettes en mission d'urgence.
Avez-vous enregistré un brevet sur votre invention?
« Non, ben honnêtement, nous n'avons jamais pensé à cela. Notre seule préoccupation était d'offrir un meilleur service aux Sherbrookois », répond avec modestie le machiniste Bibeau.
« Ces véhicules ont une puissance insoupçonnée. Même dans la neige très épaisse, les chenillettes arrivent à pousser des dix roues. Je suis persuadé qu'elles auraient été efficaces pour déplacer des poids lourds qui étaient bloqués sur l'autoroute 13. Ça aurait pris seulement cinq pieds de largeur pour s'y rendre en zigzaguant entre les voitures », fait quant à lui valoir Mario Larrivée.
Bombardier a commencé à commercialiser ses chenillettes en 1958. Elles ont d'abord été destinées au secteur de la foresterie. Pour éviter les reproches d'avoir mis au point une machine massacrant les forêts, l'inventeur a veillé à ce que celle-ci n'ait pas plus que cinq pieds, soit la largeur des chemins de halage avec les chevaux. D'où le nom du modèleJ5.
L'installation d'une lame à l'avant pour servir de pelle en a augmenté la polyvalence. Ce modèle a été offert aux villes pour le déneigement des trottoirs dans la gamme de produits SW, pour « Sidewalks ».
Surprise
Après m'avoir communiqué ces informations, Mario Pépin, le conservateur du Musée de l'ingéniosité de Valcourt (qui portait autrefois le nom de Joseph-Armand Bombardier), s'est dit surpris d'apprendre que cette innovation estrienne avait franchi un pas de plus grâce à la créativité de cols bleus sherbrookois.
La Ville devrait faire don au Musée de photos et d'une vidéo de qualité, des archives visuelles qu'elle pourrait également mettre en valeur. On cherche depuis longtemps un produit touristique d'appel à Sherbrooke, le voilà : le Musée du déneigement contemporain!
« Oyez, oyez, Montréalais, quittez votre île et accourez à Valcourt. Puis, venez vérifier de vos propres yeux à Sherbrooke, l'angle des pentes dans lesquelles nos cols bleus utilisent les chenillettes pour éviter que de nos rues virent en dortoir les soirs de tempête... »
On cherche depuis longtemps un produit touristique d'appel à Sherbrooke, le voilà : le Musée du déneigement contemporain!
Pour récupérer tout le crédit et la gloire de notre illustre inventeur estrien et des patenteux du bas de la côte, faudrait par contre mettre chacun 100 piastres pour racheter les droits de fabrication de ces véhicules utilitaires sur chenilles : Bombardier les avait vendus à une autre compagnie estrienne, Camoplast, de qui la firme italienne Prinoth les a achetés en 2009.
« Oyez, oyez, visiteurs de l'Italie, accourez au Musée du déneigement contemporain, dans la province où un premier ministre s'excuse lorsque des urbains se retrouvent contraints à faire du camping d'hiver dans leur voiture sur une autoroute enneigée! »