Inversement, les Canadiens qui présentent plus de méfiance envers les autorités et appuient plus faiblement les consignes gouvernementales semblent adhérer davantage aux théories complotistes entourant le coronavirus.
Inversement, les Canadiens qui présentent plus de méfiance envers les autorités et appuient plus faiblement les consignes gouvernementales semblent adhérer davantage aux théories complotistes entourant le coronavirus.

Les mieux informés croient moins au complot

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
« Inversement, les Canadiens qui présentent plus de méfiance envers les autorités et appuient plus faiblement les consignes gouvernementales semblent adhérer davantage aux théories complotistes entourant le coronavirus. Ces derniers ont aussi davantage tendance à présenter des symptômes de stress post-traumatique et d’anxiété. Ça fait du sens, car ils croient qu’on leur cache des informations, ils fouillent sur les réseaux sociaux, y trouvent de fausses nouvelles et nourrissent eux-mêmes leur anxiété », explique la professeure Marie-Eve Carignan, chercheuse et spécialiste de la communication de risques et de crise ainsi que des enjeux sociopolitiques reliés aux médias.

Les résultats sont issus d’un premier sondage réalisé auprès de 600 personnes (300 au Québec et 300 hors Québec) entre le 8 et le 11 avril.

« Les résultats préliminaires montrent que minimalement une personne sur dix au Canada fait une lecture complotiste de la pandémie actuelle, c’est énorme. Je ne m’attendais pas à ce pourcentage. Et la rapidité avec laquelle les fausses nouvelles et les théories complotistes ont percé est exceptionnelle. Probablement parce que les gens sont confinés et sont davantage sur les réseaux sociaux », explique la professeure Marie-Eve Carignan, ajoutant que l’adhésion aux théories complotistes et aux fausses nouvelles semble plus élevée chez les plus jeunes (18 à 44 ans) et les non-universitaires.

« Ce qui peut être encourageant au Québec, c’est que le niveau de confiance envers les autorités est plus grand que dans le reste du Canada donc le nombre de personnes qui adhèrent aux théories complotistes est plus faible », souligne Mme Carignan précisant que 83,7 % des répondants québécois estiment avoir toute l’information nécessaire pour leur permettre de bien comprendre le coronavirus comparativement à 60,8 % des répondants du reste du pays.

Un exemple du taux d’adhésion à une fausse information : 7,8 % des répondants québécois et 15,7 % des répondants ailleurs au Canada estiment qu’il y a un lien entre la technologie 5G et le coronavirus, une différence significative entre le Québec et le reste du Canada.

« Quand on croise ces données entre elles, on remarque que les réponses associées au complot sont liées les unes aux autres. Elles forment une conviction organisée, marquée par la méfiance à l’endroit de la science et des autorités gouvernementales », ajoute Mme Carignan.

Marie-Eve Carignan, chercheuse et spécialiste de la communication de risques et de crise ainsi que des enjeux sociopolitiques reliés aux médias.

Faits saillants liés à l’information dans les médias traditionnels et les médias sociaux

51,3 % des répondants au Canada estiment que le coronavirus est un phénomène naturel. Dans des sondages incluant des questions similaires, administrés en mars 2020, 57 % des Français et 43 % des Américains estimaient que le coronavirus est apparu de manière naturelle.

52,7 % des répondants sont conscients d’avoir été exposés à une nouvelle qui s’est avérée fausse au sujet du coronavirus.

38,4 % estiment que leur gouvernement leur cache des informations importantes entourant le coronavirus.

15,0 % estiment que l’industrie pharmaceutique est impliquée dans la propagation du coronavirus.

21,3 % estiment qu’il existe déjà un médicament contre le coronavirus.