Lise Boilard et son fils, Zachary Giguère, pourraient être parmi les meilleurs ambassadeurs du message : « Restez à la maison ». À la suite d’un cancer du poumon, la Windsoroise n’a qu’un poumon, et son garçon Zachary a reçu un diagnostic de leucémie en janvier dernier.
Lise Boilard et son fils, Zachary Giguère, pourraient être parmi les meilleurs ambassadeurs du message : « Restez à la maison ». À la suite d’un cancer du poumon, la Windsoroise n’a qu’un poumon, et son garçon Zachary a reçu un diagnostic de leucémie en janvier dernier.

Les meilleurs porte-parole du message « Restez à la maison »

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Sa « toute personnelle fin du monde », comme le dirait Michel Rivard, Lise Boilard l’a vécue en janvier dernier. En quelque 24 heures, tout a basculé : son fils Zachary a reçu un diagnostic de leucémie aiguë lymphoblastique. Si la vie du Québec est sur pause depuis quelques jours, la vie de Zachary, elle, l’est depuis la mi-janvier. Pour la mère et son fils, le désormais célèbre message « Restez à la maison » est synonyme de vie ou de mort.

Lise Boilard est aux aguets pour son fils de 17 ans, mais également pour sa propre vie.

En 2017, la mère de famille reçoit un diagnostic de cancer du poumon. La vie bascule alors pour celle qui n’a jamais fumé : il s’agit d’une forme très rare de cancer, un carcinome adénoïde kystique. La Windsoroise, une femme active qui aime la randonnée et le ski alpin, se fait alors enlever un poumon. 

« Je ne suis même pas encore en rémission. Ça fait deux ans que j’ai été opérée. Ils doivent attendre cinq ans (pour parler de rémission) », raconte-t-elle au bout du fil. Quand son fils s’est retrouvé à l’hôpital, elle-même passait un scan, comme elle doit s’y soumettre aux quatre ou cinq mois. 

S’isoler volontairement, Lise Boilard connaît. « Tous les partys de Noël, depuis que j’ai eu mon cancer, je n’y vais plus », dit celle qui ne doit pas contracter de pneumonie. « Si j’attrape ça, le coronavirus, je vais décéder. Zachary aussi. On dit à tout le monde de ne pas venir. »

Et pourtant, elle doit quand même se rendre avec son fils à l’hôpital, avec les risques que cela comporte. « Il faut qu’on continue », dit-elle au sujet de la chimiothérapie. Son fils en a pour environ neuf mois à recevoir des traitements de chimiothérapie, sans compter des ponctions lombaires et de la moelle épinière. L’horizon qui se dessine devant lui ressemble à près de deux ans et demi de traitements.

« Durant les Fêtes, Zachary ne se sentait pas bien. Il est allé faire du ski alpin; il était essoufflé, un peu comme quand j’avais mes symptômes de cancer », raconte-t-elle en citant aussi sa perte d’appétit. On lui a d’abord dit, à l’hôpital, qu’il avait l’influenza. Jusqu’à ce que son état se dégrade… et qu’on l’envoie en ambulance. 

En quelques heures, tout se bouscule : on lui apprend qu’il a une leucémie. Il a aussi contracté deux bactéries au niveau d’un bras et d’une jambe, ce qui oblige l’équipe médicale à l’opérer. Le diagnostic est à peine tombé que les médecins enclenchent la chimiothérapie. Pas de temps à perdre. 

En plus de travailler, Zachary allait à l’école, où il suivait un programme combinant matière et formation professionnelle. Depuis le début de l’hiver, il recevait des cours à la maison, mais la COVID-19 a évidemment stoppé sa formation. « C’est difficile pour un adolescent. C’est l’âge où ils veulent se séparer des parents et il est pris avec moi 24 heures sur 24 », note Lise Boilard, en citant les nombreuses conséquences de la chimiothérapie. 

Depuis l’annonce, Zachary a déjà cumulé plusieurs journées d’hospitalisation. 

La crise du coronavirus en rajoute une couche sur les inquiétudes déjà nombreuses de la mère. « On se demande : est-ce que les gens vont dire la vérité? Il y a ceux qui disent qu’ils ne reviennent pas de voyage… » La mère de trois garçons a accueilli avec soulagement le fait que l’on ferme les chantiers : l’un d’eux travaille dans la construction. « C’est une bonne affaire, je commençais à capoter », image-t-elle. 

Si elle n’avait qu’un message à lancer aux gens? « Qu’ils restent chez eux! » lance Lise Boilard. Du même coup, elle croit que cette situation suscitera une réflexion dans la société... à commencer par quelques bonnes pratiques en matière d’hygiène. « On l’enseigne aux enfants en CPE », note celle qui travaillait dans le milieu de la petite enfance.