La population de Lac-Mégantic peine à se réapproprier le centre-ville de Lac-Mégantic en grande partie détruit lors de la tragédie ferroviaire de 2013, indique-t-on du côté de la Santé publique de l’Estrie.

Les Méganticois vont mieux

Six ans après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, les citoyens de la municipalité se portent mieux. C’est ce que dévoile l’équipe de Santé publique de l’Estrie qui vient de diffuser les conclusions de l’Enquête de santé populationnelle estrienne 2018, volet Lac-Mégantic.

« Nos différentes études populationnelles démontrent que les impacts psychosociaux découlant de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic de 2013 s’atténuent à travers le temps. Même si cette tragédie a laissé des marques, la communauté locale s’adapte progressivement à sa nouvelle réalité », soutient Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique de l’Estrie.

Au cours des trois premières années suivant l’événement, la Direction de santé publique de l’Estrie a mis en œuvre plusieurs actions pour soutenir la communauté de Lac-Mégantic et du territoire de la MRC du Granit. Elle a notamment assuré un suivi dans le temps des conséquences de la tragédie sur la santé physique et mentale de la population locale, et ce, en étroite collaboration avec des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Mais puisque le temps passe justement, rappelons un peu les faits. Le 6 juillet 2013, un train transportant 72 wagons de pétrole brut déraillait en plein cœur de Lac-Mégantic. Le déraillement a provoqué un incendie majeur et une série d’explosions. Bilan : 47 décès, 44 résidences et commerces détruits, 2000 citoyens évacués, soit le tiers de la population locale, et 6 millions litres de pétrole brut déversés dans l’environnement. Les impacts, tant sur le plan humain, que sur le plan environnemental et économique, ont été importants.

Très rapidement, la Santé publique de l’Estrie et de nombreux partenaires se sont mobilisés pour soutenir cette population qui souffrait en grande partie d’un choc post-traumatique.

La communauté de Lac-Mégantic était tissée serrée avant la tragédie. Ainsi quand le train a déraillé, toute la communauté connaissait directement ou indirectement une victime. La communauté, plutôt tranquille, s’est retrouvée soudainement sous le feu des projecteurs, alors que son centre-ville et ses lieux de rassemblements ont été complètement détruits.

« Cet événement avait un caractère soudain, imprévisible, il était lié à une erreur humaine, à de la négligence. Des études montrent que quand il y a une catastrophe naturelle, un ouragan par exemple, c’est plus facile de donner un sens que lorsque c’est un drame qui a été provoqué par l’humain », souligne Dre Généreux.

Avec toutes les actions menées sur le territoire du Granit depuis 2013, la Santé publique de l’Estrie a pu tirer des leçons importantes. Des leçons qui pourront servir lorsque d’autres tragédies surviendront à l’échelle québécoise et canadienne, mais aussi à l’échelle internationale. « La façon dont la population de Lac-Mégantic se relève est observée et admirée à de nombreux endroits dans le monde. C’est une communauté qui inspire et je vais m’organiser pour que les conclusions de notre enquête rayonnent ailleurs dans le monde », ajoute-t-elle.

Si les gens vont mieux, la population demeure fragile et la vigilance doit rester de mise. « Par exemple, 32 % des gens disent aller mieux parce que la voie de contournement a été annoncée et qu’ils seront moins exposés aux trains. Si finalement on ne va pas de l’avant avec la voie de contournement, on se retrouve avec 32 % de la population qui pourrait recommencer à aller moins bien », indique la directrice de la Santé publique de l’Estrie qui quittera sous peu son poste pour devenir coordonnatrice du programme santé dans le domaine des changements climatiques de l’organisme Ouranos.


« « Des études montrent que quand il y a une catastrophe naturelle, un ouragan par exemple, c’est plus facile de donner un sens que lorsque c’est un drame qui a été provoqué par l’humain » »
Dre Mélissa Généreux

Gestion des risques liés à une catastrophe

« En conclusion, il faut soutenir toute l’importance de comprendre, de prévenir et de réduire les risques psychosociaux dans les mois et les années suivant une catastrophe, qu’elle soit d’origine naturelle, technologique ou intentionnelle. Dans tous les cas, une action concertée visant à promouvoir la résilience communautaire s’impose pendant, après et même idéalement avant la survenue d’un tel événement.

« Comme préconisé par les Nations unies, on doit passer d’une logique de gestion des catastrophes à une logique de gestion des risques associés à ces événements, et ce, en partenariat plutôt qu’en silo pour le bien de la communauté. L’évolution favorable de la situation psychosociale à Lac-Mégantic démontre toute l’importance de développer une compréhension commune des risques et de travailler tous ensemble dans la recherche de solutions », explique Mélissa Généreux. 

Les changements climatiques, l’urbanisation et le vieillissement de la population sont là pour nous rappeler que la fréquence et l’intensité des catastrophes, de même que l’exposition et la vulnérabilité de la population québécoise à ce type d’événement, sont appelés à croître au cours des années à venir. « Il vaut mieux s’y préparer dès maintenant », explique Dre Généreux.