L’apparition de certaines affiches dans les portes des pharmacies de la région a fait réagir bien des clients au cours des derniers jours.
L’apparition de certaines affiches dans les portes des pharmacies de la région a fait réagir bien des clients au cours des derniers jours.

Les malades doivent éviter les pharmacies

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
« Vous avez des symptômes de rhume ou de grippe? Vous revenez d’un voyage à l’étranger? N’entrez pas dans la pharmacie! » L’apparition de telles affiches dans les portes des pharmacies de la région a fait réagir bien des clients au cours des derniers jours.

« Comme pharmaciens-propriétaires, nous avons deux rôles à jouer : répondre aux besoins de notre clientèle mais aussi protéger nos employés », explique Jean-Luc Trottier, pharmacien-propriétaire et représentant régional de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

Plus que jamais, les pharmaciens sont en première ligne du système de santé pendant cette pandémie. « Nous allons rester en place, mais les défis vont devenir plus grands au fur et à mesure que la pandémie va prendre de l’ampleur au Québec », ajoute M. Trottier.

D’ailleurs, mardi, les pharmacies ont été ajoutées à la liste des services essentiels et leurs employés auront le droit d’envoyer leurs enfants dans les CPE et garderies ouverts pour cette catégorie de travailleurs.

Ruptures de stock

Le premier défi pour les pharmaciens, actuellement, est causé par la rupture de stock de différents produits comme les masques et le désinfectant. Si les tablettes sont vides pour les clients, la situation n’est pas plus rose derrière le comptoir de la pharmacie! « Nos grossistes sont en rupture de stock, point. Dans mon cas, j’avais fait des réserves, mais éventuellement, nous allons venir à bout de nos réserves et ça m’inquiète », indique Jean-Luc Trottier, copropriétaire de trois pharmacies à Sherbrooke.

Dans ce contexte, il est tout à fait d’accord que les gens présentant de la fièvre ou de la toux ou revenant de voyage ne doivent pas entrer dans les pharmacies. « Nous pouvons faire des consultations téléphoniques, et nous pouvons livrer aux gens malades ou aux gens vulnérables », indique-t-il.

Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, croit que les pharmaciens doivent s’organiser pour offrir davantage de services de livraison même si cela représente un grand défi pour ces hommes et ces femmes d’affaires.

« Il y a bien des livreurs de pharmacie qui avaient plus de 70 ans et qui, donc, ne travaillent plus! » s’exclame Bertrand Bolduc.

Jean-Luc Trottier confirme la problématique et l’importance de ce service qui peut se faire sans contact si les clients paient par carte de crédit au téléphone.

« Les livreurs sont des personnes essentielles, mais encore faut-il être en mesure d’élargir le service, d’avoir du personnel pour le faire… » ajoute-t-il.

Lignes occupées

Par ailleurs, il est vrai que les lignes téléphoniques sont très occupées dans les pharmacies. Dans les laboratoires, les employés sont débordés.

« Les gens téléphonent beaucoup dans les pharmacies parce qu’ils n’arrivent pas à avoir la ligne au 811 par exemple. Mardi matin, on m’a dit que le système téléphonique de Jean Coutu avait connu des problèmes à cause de l’achalandage. Dans les pharmacies, il y a beaucoup de circulation », ajoute Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ).

Celui-ci demande aux clients d’être patients et courtois envers le personnel des pharmacies. « Les pharmaciens et les employés travaillent vraiment fort! » clame M. Bolduc.

« Comme les autres personnes de la population, nos employés voyagent, ils ont des enfants qui n’ont plus d’école ou de garderie… Nous sommes débordés et nous avons aussi des employés qui ne peuvent pas venir au travail », illustre Jean-Luc Trottier.

Du côté des médicaments, pas de pénurie en vue. Les renouvellements de médicaments sont limités à 30 jours et on demande aux clients d’être raisonnables. « On peut avoir besoin d’une bouteille de Tylenol, pas de cinq! » explique Bertrand Bolduc.

Il y a au Québec environ 9500 pharmaciens, dont 6000 sont salariés dans les pharmacies communautaires et 2000 sont des pharmaciens propriétaires.

« Comme le font les infirmières, nous aussi nous allons demander de l’aide à nos pharmaciens retraités. S’ils veulent venir nous donner un coup de main, c’est certain que nous allons faciliter leur retour », indique Bertrand Bolduc de l’OPQ.