La rareté du logement fera en sorte, selon Normand Couture de l’Association des locataires de Sherbrooke, que le coût des loyers pourrait augmenter et surtout que les critères pour la sélection des locataires seront plus serrés.

Les loyers se font rares à Sherbrooke

Il sera difficile et coûteux de se trouver un logement à Sherbrooke en 2019. C’est ce qu’indique le rapport sur le marché locatif dévoilé mercredi par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Le taux d’inoccupation global a diminué de façon significative passant de 5,3 % en 2017 à 2,6 % en 2018 dans la région métropolitaine de recensement de Sherbrooke, qui comprend aussi entre autres Stoke, Ascot Corner, North Hatley, Orford, Compton et Magog.

« Le taux d’équilibre pour s’assurer que tout le monde ait un logement est de 3 %, explique Normand Couture, coordonnateur de l’Association des locataires de Sherbrooke. Ça signifie que les gens auront de la difficulté à se trouver un logement dans les prochains mois. » 

Trois facteurs expliquent cette pénurie selon le rapport de la SCHL. D’une part, le vieillissement de la population fait en sorte que les personnes âgées des municipalités avoisinantes se rapprochent des services et viennent s’installer à Sherbrooke. De plus, la population immigrante ainsi que le nombre d’étudiants ont aussi augmenté sur le territoire.

Des gens à risque

Cette rareté du logement fera en sorte, selon M. Couture, que le coût des loyers pourrait augmenter et, surtout, que les critères pour la sélection des locataires seront plus serrés. Une réalité qui devrait désavantager les gens en situation précaire.

« C’est bien évident que si le propriétaire a le choix entre un travailleur et une personne sur l’aide sociale, il va choisir le travailleur, souligne-t-il. Les gens qui ont un salaire raisonnable ne devraient pas avoir trop de difficulté à se trouver un logement, même dans un contexte de pénurie. Mais pour une personne au salaire minimum, sur le chômage ou l’aide sociale, ça va être difficile. »

M. Couture prévoit même déjà une année difficile en 2019 pour les locataires à faible revenu à Sherbrooke, notamment en raison de la soixantaine de ménages locataires qui devront se trouver un nouveau logement à la suite de la démolition de huit immeubles le long de la rue Galt Ouest, entre les rues Belvédère Sud et Alexandre. Pas moins de 23 ménages locataires, dont 14 familles, se sont retrouvés sans logement le 1er juillet 2018, un chiffre qui pourrait augmenter cette année. 

Ce n’est pas non plus la construction massive de nouveaux logements en provenance du privé qui va régler le problème, estime M. Couture.

« Les nouveaux logements sont beaucoup plus dispendieux que les logements plus vieux, ça ne favorise donc pas l’accessibilité. C’est une situation qui peut continuer à dégringoler s’il n’y a pas une construction massive de logements sociaux. »

Trois paliers de gouvernements

M. Couture espère que les 40 milliards $ sur dix ans promis par le gouvernement fédéral en novembre 2017 pour aider les Canadiens à se loger soient injectés rapidement et que la majorité des sommes servent à la construction de logements sociaux et le maintien de ceux qui existent déjà.

Au niveau provincial, la CAQ a pris l’engagement de rattraper le retard et de finir la construction des quelque 14 000 unités promises par le gouvernement libéral.

« Ça va en prendre beaucoup plus que ça, parce que la crise s’étend à l’ensemble des régions métropolitaines du Québec », explique M. Couture.

Le budget de fonctionnement de la Ville de Sherbrooke sera déposé le 17 décembre. L’Association des locataires a envoyé une lettre aux élus demandant à ce que 100 unités de logements sociaux soient prévues par année pour les cinq prochaines années.