Quatre ans après la tragédie de Lac-Mégantic, les jeunes Méganticois de 10 à 25 ans ont un fort sentiment d’appartenance à leur communauté et s’y sentent assez en sécurité. Toutefois, plusieurs d’entre eux présentent encore des manifestations de stress post-traumatique.
Quatre ans après la tragédie de Lac-Mégantic, les jeunes Méganticois de 10 à 25 ans ont un fort sentiment d’appartenance à leur communauté et s’y sentent assez en sécurité. Toutefois, plusieurs d’entre eux présentent encore des manifestations de stress post-traumatique.

Les jeunes Méganticois encore secoués mais fiers

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Quatre ans après la tragédie de Lac-Mégantic, les jeunes Méganticois de 10 à 25 ans ont un fort sentiment d’appartenance à leur communauté et s’y sentent assez en sécurité. Toutefois, plusieurs d’entre eux présentent encore des manifestations de stress post-traumatique.

C’est notamment ce qui ressort d’une enquête de santé qui a été réalisée l’hiver dernier auprès de 1000 jeunes Méganticois de 10 à 25 ans qui fréquentent des institutions d’enseignement de niveaux primaire, secondaire, professionnel, collégial et de l’éducation aux adultes.

Cette recherche fait suite aux trois enquêtes précédentes qui avaient permis de connaitre l’évolution de l’état de santé global des adultes de cette communauté gravement touchée par le déraillement de juillet 2013. Elle a été menée par la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience de l’Université du Québec à Chicoutimi, en collaboration avec la Direction de la santé publique du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Les trois premières études concernaient les adultes. Pour les enfants et les adolescents, il nous fallait une approche différente et c’est ce que nous avons fait pour mener à bien cette étude », souligne la Dre Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique de l’Estrie.

Vivre à Lac-Mégantic en 2017

Qu’est-ce que les jeunes pensent donc de vivre à Lac-Mégantic en 2017?

D’abord, un sentiment d’insécurité est présent chez un nombre non négligeable de jeunes. Ils se sentent toutefois très bien à l’école et éprouvent beaucoup de respect pour leurs enseignants.

Un exode des jeunes vers d’autres villes est aussi projeté au cours des trois prochaines années.

Les jeunes perçoivent qu’il y a un manque de considération à leur égard, de lieux de rencontre et d’intervenants psychosociaux.

Du point de vue psychologique, on note aussi beaucoup de similitudes avec les enquêtes précédemment réalisées auprès des adultes, notamment du côté du stress post-traumatique et de la détresse psychologique. On retrouve aussi de l’anxiété, de l’inquiétude et de la crainte d’un nouveau déraillement.

« Pour une majorité de répondants exposés à la tragédie, une plus forte présence de facteurs négatifs est décelée. Néanmoins, la présence de plusieurs facteurs de protection se dégage en ce qui a trait au domaine scolaire (persévérance, fierté, implication des parents, etc.) et à leur communauté (grande satisfaction, sentiment d’appartenance, etc.) », soutient Danielle Maltais, titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience à l’Université du Québec à Chicoutimi.

La directrice de la Santé publique de l’Estrie Dre Mélissa Généreux et la chercheure Danielle Maltais ont révélé les résultats d’une enquête réalisé auprès de 1000 jeunes Méganticois de 10 à 25 ans.

Davantage d’idées suicidaires

De nouvelles données ont aussi été compilées quant aux idées suicidaires et aux pensées de blessures volontaires. On y constate que 38,9 % des jeunes exposés au déraillement ont eu des pensées suicidaires dans les 12 derniers mois, et que 26,2 % ont eu des pensées d’automutilation. Ces chiffres sont préoccupants, affirme la chercheuse Danielle Maltais.

« Il faut cependant bien faire une distinction : on parle ici de pensées suicidaires, pas de gestes concrets », nuance la Dre Mélissa Généreux.

« Les jeunes qui ont été exposés au déraillement ont une base fragilisée, mais ce n’est pas cette base fragilisée qui va mener aux pensées suicidaires, mais plutôt les stress et les difficultés de la vie des jeunes. Cependant, comme la base est fragilisée, les jeunes sont plus à risque d’avoir de telles pensées », souligne la Dre Mélissa Généreux.

La Direction de la Santé publique tient à rappeler aux jeunes et à leurs parents que des ressources d’aide sont à leur disposition à l’école, à la Gare patrimoniale, au CLSC, par texto avec Tel-Jeunes au 514 600-1002. ou en appelant à Info-Santé/Info-Social au 811, au 1 866 APPELLE ou encore la ligne Parents au 1 800 361-5085.

Une voix aux jeunes

À la lumière de cette enquête, un comité citoyen jeunesse sera mis en place à Lac-Mégantic dans le but de donner une voix aux jeunes. Il sera animé par une équipe de proximité et comptera sur un fonds dédié de 25 000 $.

Soulignons que le réseau de l’éducation est partie prenante de ce projet, ayant contribué à son élaboration et à sa mise en œuvre. Ce réseau, conjointement avec celui de la santé et du municipal, est actuellement mobilisé afin de trouver des actions porteuses en réponse aux constats issus de l’enquête.