L'injection de Botox dans les cliniques médico-esthétiques doit désormais faire l'objet d'une évaluation préalable par un médecin qui a des compétences en médecine esthétique.

Les infirmières injectrices ne lâchent pas le morceau

Un mois après l'entrée en vigueur de nouvelles directives du Collège des médecins en matière de soins médico-esthétiques, plusieurs infirmières spécialisées en injection de type Botox ont été contraintes de cesser leurs activités à défaut de trouver un médecin disponible pour évaluer leurs clientes.
Roxane St-Laurent
C'est le cas de la Sherbrookoise Roxane St-Laurent. En affaires depuis trois ans, l'infirmière injectrice qui desservait sa clientèle dans plusieurs centres de beauté de l'Estrie et du Centre-du-Québec a fermé son entreprise depuis le 1er mai. Elle est maintenant en recherche d'emploi et envisage de réinvestir pour ouvrir sa propre clinique mais doit d'abord s'allier un médecin avec des compétences en médecine esthétique pour pouvoir se plier aux exigences du CMQ.
« Plus les semaines passent, dit-elle, plus mes clientes vont aller ailleurs. C'est une course contre la montre pour récupérer mes billes. »
« Si dans deux mois je ne vois pas de lumière au bout du tunnel, je devrai passer à un plan C. »
Depuis le 1er mai, le Collège des médecins impose de nouvelles règles qui ont pour effet de rendre non applicables les ordonnances collectives grâce auxquelles des infirmières ont pu offrir, de façon autonome depuis 12 ans, des injections de Botox ou d'autres produits de comblement à des fins esthétiques. Chaque cliente doit dorénavant consulter un médecin pour obtenir sa propre ordonnance.
Le CMQ a invoqué des « dérives » dans le domaine pour changer les règles. Il fait valoir que les produits injectés sont des médicaments et que ce sont les médecins qui ont le pouvoir de prescrire les médicaments au Québec.
Le Regroupement des infirmières et infirmiers entrepreneurs du Québec (RIIEQ) et l'Association des infirmières infirmiers en soins infirmiers esthétiques du Québec (AIISIEQ), qui évaluent à 200 le nombre d'infirmières injectrices concernées, s'insurgent contre ces nouvelles règles et ont répliqué par une mise en demeure enjoignant au CMQ d'en suspendre l'application le temps de trouver un terrain d'entente.
« Les nouvelles directives compliquent nos affaires, dit la présidente du RIIEQ, Louise St-Aubin. Les opérations roulent plus carré et on a perdu beaucoup d'autonomie. De plus, nos clientes trouvent ça difficile de devoir s'en remettre à un médecin pour leur dire si elles peuvent ou non avoir du Botox. Ça met la cliente et le médecin mal à l'aise. »
Un médecin dans la clinique
D'autres cliniques de médecine esthétique constatent en revanche que la transition se fait sans trop de heurts. 
Chez Novaderma à Sherbrooke, la propriétaire Marlène Morin a pu recruter comme directeur médical depuis le 1er mai le Dr Andrew Benko, un radiologiste interventionnel au CIUSSS de l'Estrie-CHUS accrédité en médecine esthétique. La clinique médico-esthétique avait incidemment un médecin dans son équipe depuis ses débuts en 2005 pour desservir une clientèle de plus de 3500 personnes.
« Bien que certaines procédures liées aux ordonnances aient changé, ajoute Mme Morin dans un communiqué de presse, Novaderma maintient ses activités (...) et se fera un plaisir d'accueillir tout nouveau client souhaitant recevoir des injections de neuromodulateurs ou d'agents de comblement. » 
Louise St-Aubin, quant à elle, qui opère trois cliniques dans la province, a aussi un médecin associé à l'une de ses installations. Elle a toutefois dû fermer ses portes pendant trois semaines le temps que le médecin fasse le tour des dossiers et délivre une ordonnance individuelle à chacune des clientes, ordonnances qui seront vraisemblablement valides un an.
« On est en attente du guide d'exercice du Collège des médecins pour la médecine esthétique pour le confirmer », dit-elle. 
Le RIIEQ et l'AIISIEQ ont réclamé sans succès l'intervention du ministre de la Santé Gaétan Barrette dans ce dossier. En entrevue à Radio-Canada récemment, le ministre a dit que l'affaire n'était pas sous sa juridiction et qu'il s'agissait d'un différend entre ordres professionnels.
L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) quant à lui a donné son appui au Collège des médecins. « Nos ordres respectifs ont convenu que la priorité était de s'assurer de la qualité et de la sécurité des soins et services dispensés », a fait valoir Joël Brodeur, directeur de la Direction Développement et soutien professionnel de l'OIIQ dans un communiqué.
Peu surprise de cette position de l'OIIQ, dont elle doit pourtant être membre comme infirmière injectrice, Louise St-Aubin promet que le RIIEQ et l'AIISIEQ ne lâcheront pas le morceau. À ses yeux, il s'agit de l'avenir de plusieurs petites cliniques privées qui est en jeu. « À partir de maintenant, ça va se transporter au niveau politique parce qu'on va aller voir l'opposition. On n'a pas mis une croix non plus sur l'avenue légale. Et on va faire une plainte à l'Office des professions. On va faire tout ce qu'on peut pour se faire entendre. »