« En CHSLD, ce qu’on m’amenait, c’est qu’il y a des sites où il n’y a plus de collations le soir, sauf pour les patients diabétiques, car il n’y a pas assez de monde pour les passer », dit Sophie Séguin.

Les infirmières en infériorité numérique dans les CHSLD

Des infirmières, notamment dans le département des CHSLD, ne sont pas remplacées lorsqu’elles sont absentes. C’est ce qu’a constaté la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) en cette journée sans temps supplémentaire obligatoire (TSO).

Le syndicat a recueilli ces informations à Sherbrooke, Cowansville et Granby. « On se rend compte que c’est quelque chose d’ancré depuis quelques mois, peut-être même depuis quelques années, déplore la présidente du Syndicat des professionnels en soin des Cantons-de-l’Est, Sophie Séguin. On n’était pas mis au fait. C’est comme ça tous les jours. C’est désolant. [...] Il n’y a pas eu de TSO, mais il manquait plein de monde partout, mais ça ne paraissait pas! Les gens devaient nous appeler s’ils étaient en TSO, mais comme ils ne l’étaient pas, on n’a pas eu d’appels. »

Pour Mme Séguin, ce sont les patients qui écopent. « En jasant avec les infirmières, ce qu’elles nous disent, c’est que c’est quotidien. Ils n’imposent plus de temps supplémentaire, mais ils les laissent travailler avec moins deux ou moins trois infirmières. En CHSLD, ce qu’on m’amenait, c’est qu’il y a des sites où il n’y a plus de collations le soir, sauf pour les patients diabétiques, car il n’y a pas assez de monde pour les passer. »

« Si je pouvais le faire, c’est moi qui déposerais une plainte au Tribunal administratif du travail, poursuit-elle. La semaine dernière, la FIQ a été demandée devant le Tribunal administratif en lien avec notre action. Je pense que c’est légitime de dire qu’on ne veut pas faire de TSO sauf en situation d’urgence exceptionnelle. On se rend compte que l’employeur est beaucoup plus fautif de ne pas combler, car il y a moins de surveillance, moins de vigilance. »

Selon Sophie Séguin, aucun cadre n’est resté, même dans les endroits où il y avait des écarts négatifs.

Le problème fait également rage dans le département de la néo-natalité. « En maternité, on a mis une équipe complète, mais on a transféré les inductions et les césariennes à une autre journée. On fait seulement déplacer le problème. À partir de minuit, ils sont encore en écart négatif (deux ou trois infirmières de moins par quart de travail pour les prochaines semaines). On a calmé les ardeurs, mais c’est de mettre un petit pansement sur une plaie en attendant que ça saigne. Les patientes, elles, n’arrêtent pas d’accoucher! On n’a pas de contrôle là-dessus », avoue Mme Séguin.

Sophie Séguin

Journée sans TSO

En cette journée spéciale où les infirmières tentent de ne pas faire d’heures supplémentaires obligatoires, des actions ont été posées dès minuit. Une seule personne a été contrainte à faire du TSO, décrit Sophie Séguin. « Des centres d’activités où le nombre de professionnels en soins requis était normal. Il y a quelques endroits où il y a eu de l’imposition qu’on a pu changer, car il y avait des façons de faire. On a pu changer une équipe volante de place, ils ont trouvé quelqu’un à temps supplémentaire régulier à une autre place. Ce matin, il y a eu un TSO en santé mentale, car il y avait un taux d’absence plus grand que la normale. » 

Quelle est la prochaine étape? « On va faire un recueil des informations qu’on a eu depuis minuit. On s’est rendu compte qu’il y avait eu des situations alarmantes. On va l’amener à l’employeur. Ce qui est désolant, c’est la résilience de nos membres. C’est rendu leur quotidien. Ils se disent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils ne peuvent rien faire », résume la présidente du syndicat. 

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS commentera la situation mardi. 

La ministre comprend

Alors que les infirmières de la FIQ s’abstiennent de faire des heures supplémentaires obligatoires, ce lundi, selon la consigne syndicale, la ministre de la Santé, Danielle McCann, leur réitère sa volonté de résoudre le problème le plus tôt possible. Et elle dit comprendre leur impatience.

« Nous avons des mesures concrètes qui sont en voie d’être implantées : rehausser les postes, embaucher davantage de personnel. Nos établissements sont en train de le faire actuellement », a commenté la ministre.

Vendredi dernier, le Tribunal administratif du travail a ordonné aux infirmières d’accepter « sans condition » toute demande de temps supplémentaire obligatoire de la part des employeurs, mais en prenant la peine de préciser « lors de situations urgentes et exceptionnelles ». C’est donc dire qu’elles peuvent refuser les heures supplémentaires obligatoires dans les autres occasions.

Les infirmières dénoncent justement le fait que cette façon de recourir au fameux TSO est devenue trop facile et courante pour bien des gestionnaires d’établissements, forçant ainsi des infirmières à faire des quarts de 16 heures.

La ministre a déjà pris l’engagement d’abolir le TSO durant son mandat et compte s’y attaquer dès maintenant. Une somme de 200 millions $ a déjà été prévue dans le dernier budget Girard, mais elle vaut aussi pour les autres corps d’emploi, pas seulement pour les infirmières. La FIQ demandait 350 millions $. Avec La Presse canadienne