Le petit Julien est arrivé dans son nouveau foyer - un septième en quatre ans - avec un petit sac à dos pour seul bagage.
Le petit Julien est arrivé dans son nouveau foyer - un septième en quatre ans - avec un petit sac à dos pour seul bagage.

« Nous sommes la voix des enfants »

« Placer un enfant en famille d’accueil, c’est le dernier recours de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ). La mission de notre système de la protection de la jeunesse, c’est de soutenir les parents pour que l’enfant reste dans son milieu naturel », indique Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ).

Quand un enfant est placé dans une famille d’accueil, souvent il est difficile de savoir si ce sera pour une courte période ou pour une période beaucoup plus longue, selon les différents jugements de la cour. « On reçoit souvent l’enfant pour trois mois, des fois six mois, ou un an », mentionne Mme Rioux.

Avec l’enfant viennent les intervenants qui gravitent autour de lui, le système judiciaire, les ordonnances, les tentatives de retour dans son milieu, les reports... Le processus n’est pas de tout repos, confirme Geneviève Rioux de la FFARIQ.

Mme Rioux a elle-même sept enfants dans sa famille d’accueil — en plus de trois enfants naturels. Sa première fille est arrivée sous son toit il y a 15 ans — la petite avait deux ans.

« Il y a toute l’implication maternelle : c’est ma fille! Mais l’amour, c’est une chose. Ce que je n’ai pas par contre, ce sont les droits. Par exemple, quand vient l’heure de la pilule contraceptive, j’ai eu besoin d’aller chercher l’autorisation des parents. Si elle devait être opérée d’urgence et qu’elle n’était pas en mesure de donner elle-même son consentement, je n’aurais pas le droit de le donner pour elle », indique Mme Rioux.

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Sept foyers en quatre ans pour un enfant

Les familles d’accueil ont besoin de plus de soutien

« Dans certaines régions, il y a encore des DPJ qui n’informent pas les familles d’accueil de ce qui se passe avec les enfants, même quand ils sont avec les familles depuis plusieurs années! Des fois, on a l’impression de ne pas avoir notre mot à dire dans les choses qui concerne les enfants dont on a la garde. Mais il faut élever la voix, se faire entendre. On est la voix de ces enfants », clame Mme Rioux.

À Sherbrooke, le tribunal a statué récemment que Julien et Samuel (voir le texte Sept foyers en quatre ans pour un enfant) ne retourneraient pas dans leur famille biologique. Geneviève Barry et Eric Rodrigue en auront la garde jusqu’à leur majorité.

Dans la famille, la réaction a été mitigée.

« Nous sommes contents pour nous parce que ç’aurait été très difficile que les enfants partent; ils font partie de la famille! Ce sont nos enfants! Mais je sais que le mieux, pour les enfants, ç’aurait été de retourner dans leur famille, qu’on puisse rendre leurs parents aptes à prendre soin d’eux... Je sais qu’ils vont toujours vouloir leur famille, que leurs parents vont toujours leur manquer. Nous sommes le meilleur des pires scénarios », estime Mme Barry.

Geneviève Barry est formelle : Julien et Samuel font partie de sa famille. 

« Chaque famille d’accueil a son approche, mais moi, ce sont mes enfants. Même quand ils auront 18 ans, je vais les garder s’ils le veulent. Ils pourront faire les études qu’ils désirent, je veux qu’ils aient le choix, comme chacun de mes enfants », dit la maman au grand cœur.

À la recherche de familles d’accueil

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS cherche à ouvrir une soixantaine de places supplémentaires en familles d’accueil, partout sur son vaste territoire.

« Nous sommes en train de développer un processus marketing pour mieux faire connaître le travail de famille d’accueil. Nous aurons bientôt un site internet plus accessible. Nous serons aussi présents dans différents salons de l’emploi pour faire connaître ce travail », mentionne Marie-Josée Bolduc, chef de service en gestion contractuelle à la direction de la qualité, de l’éthique et des partenariats au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La rareté des places disponibles rend plus difficile pour les intervenants de faire le bon pairage entre les enfants et les familles prêtes à les accueillir, d’où l’importance de trouver plus de familles rapidement, indique-t-elle.

La première étape pour les gens intéressés : assister à une rencontre d’information de trois heures dont la date sera déterminée quand il y aura suffisamment de personnes intéressées.

Quand la réflexion est faite et que les gens ont retourné les documents nécessaires, une évaluation suivra en deux étapes.

Le processus peut prendre trois mois, parfois plus, mais il peut aussi parfois se faire de façon accélérée — tout dépend du profil des parents et celui des enfants en attente d’une place de façon urgente.

Et à ceux qui diront que l’évaluation est longue et laborieuse, Mme Bolduc répondra que c’est normal. « On a le devoir de trouver les meilleures familles d’accueil possible pour nos enfants, et pour ça, ça prend ces évaluations poussées », indique-t-elle.

Les personnes intéressées peuvent écrire un courriel à contratsri-rf-rtf-cje.ciussse-chus@ssss.gouv.qc.ca ou encore téléphoner au 819 346-1110, poste 46531.