Les enfants confiés en familles d’accueil ont souvent vécu des traumatismes sévères.
Les enfants confiés en familles d’accueil ont souvent vécu des traumatismes sévères.

Les familles d’accueil ont besoin de plus de soutien

Les familles d’accueil du Québec demandent davantage d’aide pour mener à bien leur importante et si complexe mission auprès des enfants de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) qui leur sont confiés. Certains enfants ont des besoins immenses ou des troubles sévères du comportement. Ainsi, quand les familles demandent de l’aide, le système public tarde souvent à leur en donner tant les listes d’attente sont longues pour accéder aux services de différents professionnels.

C’est d’ailleurs le discours qui a été entendu par le biais de plusieurs acteurs tout au long de la semaine dernière dans le cadre des audiences publiques de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ) qui se sont tenues à Sherbrooke durant trois jours.

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« Pendant ce temps où on attend les services, on brûle les familles d’accueil », déplore Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ).

Et qu’arrive-t-il quand une famille d’accueil se brûle? « Il arrive que les familles sentent qu’elles ne sont pas aptes à répondre adéquatement aux besoins des enfants et qu’elles demandent un déplacement de l’enfant. Est-ce que c’est souhaitable? Non. Est-ce que ça arrive? Oui », indique Geneviève Rioux.

Les familles d’accueil sont souvent laissées à elles-mêmes alors qu’elles doivent assumer une grande quantité de rôles : être un parent aimant, un éducateur, un psychologue, un infirmier, tout ça à la fois, le tout à travers son emploi régulier ou les besoins de ses propres enfants...

« Les enfants confiés en familles d’accueil ont souvent vécu des traumatismes sévères et souvent quand ils arrivent chez nous, on n’a pas toute leur histoire. Donc on se retrouve dans des situations difficiles. Par exemple, la première fois qu’on tente de donner un bain à un enfant, on peut se retrouver dans la salle de bain avec un coco de trois ans en pleine crise et là, ça part en vrille. Est-ce que l’enfant a été abusé sexuellement ou s’il a peur de l’eau? On ne le sait pas et il faut que ça aille vite dans nos têtes pour arriver à gérer ça », indique Geneviève Rioux.

Quand l’enfant arrive dans sa nouvelle famille, il est en réaction, déraciné, en mode survie. « Il te mord, te crie après, t’insulte, te déteste, il n’a pas reçu d’éducation bien souvent », dit Geneviève Barry, maman d’accueil de deux petits frères d’âge préscolaire.

La confidentialité extrême des dossiers des enfants de la DPJ fait aussi partie des contraintes très importantes mises au jour dans le cadre de la Commission Laurent dont la tournée a débuté cet automne (voir les exemples relatés par le directeur du Service de police de Sherbrooke plus tôt cette semaine).

Plus d’écoute pour les parents

« Tout ça, on le sait. Mais il y a des jours où on aimerait pouvoir en parler, avoir une oreille attentive, dire : “je comprends que c’est normal, mais aujourd’hui j’aurais aimé ça me faire traiter d’autre chose que de méchante maman” », soutient avec émotions Geneviève Barry, maman d’accueil de deux jeunes frères.

Les familles d’accueil s’engagent à être présentes toute l’année pour leurs petits protégés. Mais parfois, prendre soin de son couple en partageant un repas en tête à tête au restaurant entre conjoints pourrait faire un grand bien à ceux qui s’investissent dans cette aventure de tous les instants.

« Mais on ne peut pas prendre une petite gardienne de 15 ans pour venir garder un enfant qui peut mordre, frapper, se sauver, courir dans les escaliers... Ça nous prendrait des gens qualifiés pour venir nous donner un petit coup de main de temps en temps », mentionne Geneviève Barry.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a entendu ce besoin des ressources familiales d’avoir accès à de l’aide plus rapidement. On vient tout juste de mettre en service un « courriel partagé » qui sera épluché tous les jours pour que les demandes d’aide urgentes ne finissent pas perdues dans la boîte courriel ou la boîte vocale d’une employée en vacances ou encore partie en congé de maladie, comme cela se fait trop souvent actuellement. Une messagerie vocale partagée sera aussi bientôt mise en route.

« C’est toute l’essence de faire une meilleure coordination », explique Marie-Josée Bolduc, chef de service en gestion contractuelle à la directrice de la qualité, de l’éthique, de la performance et du partenariat.

Avec son équipe, elle travaille également à réviser le « cartable de la ressource », un outil important à remettre aux familles afin de mieux les outiller.