Selon Séré Beauchesne-Lévesque, porte-parole pour le GATUS, cette mesure « arrive tard, mais elle arrive bien ».

Les étudiants et employés de l’UdeS peuvent maintenant choisir leurs prénom, nom et genre

Depuis le mardi 12 novembre, l’Université de Sherbrooke permet à ses étudiants et aux membres de son personnel de choisir leur prénom, nom et genre employés au sein de la communauté universitaire. Cette initiative, qui constituait la principale revendication du Groupe d’action trans de l’Université de Sherbrooke (GATUS) depuis trois ans, avait déjà fait l’objet de 30 demandes vendredi, dont la moitié concernaient un changement de genre.

Comme l’explique la registraire de l’UdeS, Kim Lagueux Dugal, si d’autres établissements universitaires, comme l’Université Concordia, l’Université du Québec à Montréal et l’Université McGill offrent déjà le changement de prénom à leurs étudiants, l’UdeS serait pionnière dans la reconnaissance du genre et du nom de famille choisi, de même que dans l’inclusion du personnel de l’établissement dans cette mesure. 

Parmi les genres, on peut choisir « femme », « homme » ou « autre ». 

Selon Séré Beauchesne-Lévesque, porte-parole pour le GATUS, cette mesure « arrive tard, mais elle arrive bien ».

« C’est ce qui a le plus d’impact sur les personnes trans au jour le jour. Avant, si on faisait une transition et qu’on utilisait un nom différent, il fallait aller voir chacun de nos profs et faire un coming out. C’était vraiment une situation difficile et stressante pour les personnes trans », se réjouit Séré, qui a déjà dû répondre à des questions inconfortables de la part d’enseignants.

À l’aide d’un formulaire disponible sur le site web de l’université, tout étudiant ou employé peut maintenant faire une demande d’ajout d'un prénom, nom ou genre choisis à son dossier. La modification pourra être appliquée automatiquement à tous les outils internes qui ne représentent pas d’enjeux légaux, comme les listes facultaires, la carte étudiante, l’adresse de courriel et le portail étudiant en ligne. Les documents destinés à des utilisateurs externes, comme les relevés de notes et les relevés fiscaux demeureront sous le nom et le genre légaux.

« Les étudiants n’ont aucune raison à nous donner en remplissant le formulaire. On ne la demande pas. C’est leur choix », précise la registraire. ­

Le bureau de la registraire prévoit un délai de traitement de 10 jours pour la demande et se réserve un droit de refus si le prénom ou nom choisi implique par exemple une forme de grossièreté ou qu’il fait référence à un personnage connu.

« Honnêtement, on fait le pari qu’il n’y aura pas d’abus. J’ai vu un refus jusqu’à maintenant. Ce n’était pas grossier, seulement inusité. On insiste sur le fait qu’un changement de nom, ça fait partie d’une démarche réfléchie et sérieuse », mentionne Mme Lagueux Dugal, qui précise que les étudiants bénéficient d’un droit d’appel sur une décision négative, dans le cadre duquel un comité externe pourra réviser la demande.  

La registraire explique le choix d’offrir également le changement de nom de famille par une volonté de se montrer inclusif. « On a déjà beaucoup de demandes formulées par les étudiants internationaux. Ils doivent souvent mettre tous leurs prénoms et tous leurs noms de famille. Ils ne sont pas non plus toujours faciles à prononcer pour nous, alors ils veulent prendre le nom auquel ils s’identifient le plus ou qui est le plus facile à nommer, retenir et écrire. »

Une voix à la table

Pour Séré Beauchesne-Lévesque, cette avancée, issue d’une concertation entre une grande diversité de départements et services, représente un excellent exemple de collaboration entre l’université et une association étudiante.  « On a été impliqués et consultés tout au long de la démarche. L’Université a finalement commencé à écouter nos besoins et on a enfin une voix à la table de décisions », explique-t-iel, estimant qu’avant l’adoption de la mesure de changement de prénom et de genre, entre 10 et 15 demandes à cet effet étaient formulées au GATUS chaque année.

« Nous, on pense que le nombre de demandes va augmenter, dit-iel. Plus il y a de services et d’options offerts à la communauté trans, moins les gens auront peur de faire leur coming out. En ce moment, certaines personnes abandonnent leurs études pour ne pas avoir à composer avec ça, et d’autres attendent de terminer leur parcours universitaire avant de transitionner. »