Tiphaine Le Bellec, Bernardo Baldissera et Joël Bertrand ont proposé le concept du pont des Abénaquis que la Ville de Sherbrooke a retenu pour le nouveau pont à construire au centre-ville.

Les étudiants derrière le pont des Grandes-Fourches

Trois étudiants de l’Université Laval amorceront leur carrière d’architecte avec une importante réalisation à leur actif : l’idéation du pont des Grandes-Fourches au centre-ville de Sherbrooke. Humbles devant cet accomplissement, ils saluent l’audace de la Ville de Sherbrooke d’avoir contribué à leur parcours scolaire et d’oser transformer son centre-ville.

En 2016, Bernardo Baldissera, Tiphaine Le Bellec et Joël Bertrand remportaient un concours d’architecturalisation organisé avec des finissants au baccalauréat en architecture à l’Université Laval. Le « pont des Abénaquis », un pont signature symbolisant les colonies francophones et anglophones ayant fondé la ville de Sherbrooke, en plus de rappeler la présence des Abénaquis, a retenu l’attention des élus. Mardi, le conseil municipal confirmait retenir le concept pour un pont qui serait inauguré en 2020.

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Les trois coéquipiers ne connaissaient rien de Sherbrooke. Ils ont donc réalisé une recherche approfondie sur son histoire et sa topographie.

« Quand on nous a présenté le projet, la Ville de Sherbrooke faisait une demande pour permettre à la mairie de montrer les possibilités de construire un pont signature. C’était pour donner une idée. J’ai compris que plusieurs projets ont tapé dans l’oeil de la Ville et qu’ils ont choisi d’utiliser ces projets. Ce n’était pas prévu d’aller aussi loin », raconte Tiphaine Le Bellec, originaire de Bretagne, en France.

L’occasion de travailler sur une infrastructure comme un pont est par ailleurs un peu moins fréquente pour des étudiants au baccalauréat. « Au baccalauréat, nous travaillons toujours sur des projets réels, mais ils sont souvent à l’étape de réflexion. La plupart du temps, ce sont des projets plus petits et ce sont rarement des ouvrages d’art comme des ponts. On pourrait faire un pont sans architecture, comme on en voit beaucoup au Québec, mais en Europe, ça ne se voit pas», explique Jacques White, directeur de l’école d’architecture de l’Université Laval.

« Il est plutôt rare que des projets d’étudiants soient projetés de façon très concrète », ajoute-t-il, mentionnant que les ateliers offerts aux étudiants se penchent souvent sur le design urbain des municipalités. « Récemment, nous avons fait un projet sur la requalification urbaine de Lac-Mégantic. »

C’est donc sous la supervision des enseignants Philippe Barrière et Antoine Guy que les trois étudiants, issus du programme international d’architecture, ont élaboré leur concept. « Nous sommes très, très contents. C’est une nouvelle que nous attendions depuis deux ans. Nous pensions que notre projet avait peut-être été oublié », confie Bernardo Baldissera, directement de Porto Alegre, au Brésil.

Rentré chez lui, le Brésilien de 24 ans présentera son projet final pour l’obtention de son baccalauréat la semaine prochaine. « J’ai commencé par m’intéresser à l’urbanisme. Au Brésil, nos villes ne sont pas belles comme en Europe. Je me suis interrogé sur la façon de rendre nos villes belles et agréables. Nos ponts ne sont pas des ouvrages d’art et à mon avis, c’est une erreur. Il sera très difficile pour moi de travailler sur un projet semblable au Brésil. Pourtant, un pont peut devenir le symbole d’une ville. »

Tiphaine Le Bellec abonde dans le même sens, elle qui a choisi l’architecture après un voyage en Afrique qui lui a fait voir des façons différentes de construire les bâtiments et infrastructures. « À San Francisco, à Londres, on voit l’image d’un pont et on sait tout de suite de quelle ville on parle. Ces ponts sont des points de repère », précise la jeune femme de 26 ans qui décrochera son diplôme dans environ un an, en France.

« Derrière ce pont, il y a un autre message. La Ville a eu envie de participer à l’éducation de son pays en travaillant avec nous. Je trouve la Ville très courageuse et audacieuse de nous avoir donné cette occasion incroyable. Ce pont est le fruit de la mixité de notre équipe et elle participe fortement au symbolisme de ce pont. Je tiens à remercier les élus qui se sont battus pour ce pont. »

Bernardo Baldissera qualifie la décision de la Ville de Sherbrooke de revitaliser son centre-ville de courageuse. « Ça fera un centre-ville plus vivant. Je suis content que la Ville nous ait fait confiance. »

Les étudiants espèrent maintenant qu’ils seront invités pour l’inauguration du pont, dont la conception est confiée à des ingénieurs. Jacques White assure qu’il sera présent également s’il reçoit une invitation.

L’Université Laval ne demande aucune contribution pour la propriété intellectuelle du travail de ses étudiants, mais exige en contrepartie que ce travail soit reconnu dans les communications de la Ville.