Le documentaire <em>Les poussières de Daech </em>sera diffusé le 2 septembre à Télé-Québec.
Le documentaire <em>Les poussières de Daech </em>sera diffusé le 2 septembre à Télé-Québec.

Les enfants de Sherbrookois radicalisés coincés en Syrie

Lilia Gaulin
Lilia Gaulin
La Tribune
Youssef Sakhir et Zakria Habibi, des Sherbrookois radicalisés partis rejoindre les rangs de Daech, sont décédés. C’est ce qu’on apprend dans le documentaire Les poussières de Daech réalisé par Gabriel Allard Gagnon, où l’on suit la quête de Leïla, la sœur de Youssef, qui se rend en Syrie dans l’espoir de retrouver sa nièce. Le documentaire sera diffusé le 2 septembre à 20 h sur les ondes de Télé-Québec.

Selon les informations diffusées dans le documentaire Youssef Sakhir aurait été tué le 22 janvier 2019 lors d’un bombardement aérien à Bahgouz. Son corps n’a jamais été retrouvé. Pour sa part, Zakria Habibi aurait été tué par un tireur d’élite en mars 2019. Il aurait été enterré en Syrie.

« L’heure n’est pas au jugement. L’heure n’est pas au procès. L’heure est au sauvetage! Je ne sais pas qu’est-ce qu’on peut faire. […] Par contre, je peux te dire ce qui n’est pas faisable : c’est de ne rien faire », confie Leïla, la sœur de Youssef.

Âgée de bientôt deux ans, la petite fille de Youssef vit avec sa mère dans des conditions horribles à l’intérieur du camp de réfugiés d’Al-Hol en Syrie. « Elle est dans le camp depuis près d’un an et demi et elle manque de tout. Plus les enfants restent longtemps dans ces conditions, plus ils vont être traumatisés. Ils vont avoir des manques nutritifs, émotifs et éducatifs », soutient la sœur de Youssef.

L’idée de réaliser la suite du documentaire T’es où, Youssef?, présentée en février 2017, est venue de Leïla. D’ailleurs ce documentaire mettait l’avant l’enquête du journaliste Raed Hammoud pour retrouver son ami d’école parti rejoindre les rangs de Daech.

 « Quand j’ai reçu le texto qui annonçait le décès de mon frère, c’était un choc. Le message de sa femme en était un de détresse. Nous attendions encore mon frère. Nous n’avions jamais perdu le contact avec lui. Il voulait revenir depuis plus d’un an. Il y avait un gros sentiment d’impuissance envers ma nièce. » C’est à partir de ce moment que Leïla s’est mise en mode solutions afin de rapatrier sa nièce et sa belle-sœur.

Un important travail de recherche 

Beaucoup de logistique se cache derrière la réalisation de ce documentaire notamment en raison de la visite d’une prison kurde où des centaines d’hommes sont entassés dans des cellules ayant la taille d’une salle de classe. De plus, l’équipe a eu de la difficulté à obtenir l’accès au camp d’Al-Hol situé au nord-est de la Syrie. « On a eu accès au camp 24 heures avant notre départ. C’était beaucoup de stress. Du côté de la logistique, nous nous sommes fiés à notre fixeur qui lui avait vraiment des contacts au sein du gouvernement Rojava [Kurdistan syrien] », explique le journaliste Raed Hammoud, qui a accompagné Leïla dans ce périple au Moyen-Orient.

Lors de sa visite au camp d’Al-Hol, Raed Hammoud a échangé avec la femme de Zakria Habibi. « Ce qui montrait qu’elle était vraiment perdue, c’est qu’elle en voulait à l’Occident, mais elle qu’elle était aussi déçue de Daech. Elle n’avait aucune solution. Elle était dans un flou.» La jeune femme s’est d’ailleurs enfuie du camp en laissant derrière elle sa petite fille. Selon M. Hammoud, l’enfant a été recueilli par une autre femme.

Une problématique invisible?

Leïla Sakhir explique que plusieurs enfants vivent dans les mêmes conditions que sa nièce. « Plus personne ne parle de l’après Daech. Pourtant, c’est d’autant plus important. Il y a de réelles victimes. Ces enfants sont pris, ils n’ont rien décidé. Ils sont Canadiens et ils méritent d’avoir une vie comme les autres enfants de leur âge. Cette réalité est facile à ignorer comme on ne la voit pas. » À ce jour, 47 Canadiens dont 26 enfants sont encore pris dans les camps et les prisons du nord-est syrien.

Lors de ses démarches afin de rapatrier l’enfant, Leïla s’est butée à de nombreuses réponses politiques de la part du gouvernement canadien. « C’est frustrant et décevant. Je comprends que ce sont des djihadistes et qu’ils ont fait le choix d’aller là-bas. Toutefois, pour un pays comme le Canada qui met de l’avant les droits de la personne et la protection des enfants, je m’attendais à avoir plus de soutien. Plusieurs autres pays ont rapatrié des personnes. »

Le respect des familles a été primordial pour Raed Hammoud. « Nous avons suivi la volonté des familles. La charge de la communauté est très importante. Les gens qui partent ne sont pas tous des bourreaux. Les familles ne sont souvent pas informées de la venue radicale de leur enfant. »

La dernière année et demie a été une véritable montagne russe d’émotions pour Leïla. « Je bouillonnais entre l’espoir, la déception, l’excitation de rencontrer ma nièce et la douleur de la laisser là-bas. C’était très intense. » Leïla est d’origine marocaine. Elle se tourne dorénavant vers ce pays pour tenter de rapatrier sa nièce.

Une nouvelle série en baladodiffusion accompagnera le documentaire. Elle donnera accès aux coulisses de l’aventure telle que vécue par les documentaristes. À travers les épisodes, une fenêtre plus intime s’ouvrira pour révéler les émotions ressenties.