La directrice du regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie, Claudelle Cyr, pense que ces nouveaux chiffres serviront à revendiquer plus d’argent au gouvernement.

Les employés du communautaire sous-payés, révèle une étude

« Les conditions salariales offertes ne favorisent pas la fidélisation et la rétention de la main-d’œuvre », conclut la première enquête salariale des organismes communautaires québécois qui œuvrent en santé et services sociaux. On y constate que les salaires moyens varient entre 12 $ et 26,34 $ l’heure, selon la fonction, pour un travail à temps plein. C’est ce qu’a présenté la Coalition des Tables régionales d’organismes communautaires, lundi, à la Coopérative funéraire de l’Estrie.

La directrice du regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie, Claudelle Cyr, avoue que la concurrence avec les autres secteurs est difficile. « Il y a une pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs. On a des taux horaires très bas. C’est donc très difficile de concurrencer avec d’autres secteurs. Le CIUSSS de l’Estrie a aussi une pénurie de main-d’œuvre, donc organise des campagnes agressives pour recruter des gens, ce qui est très normal. Le choix est parfois facile entre faire 15,55 $ de l’heure et 22,48 $ », exprime-t-elle.

« Une autre raison, c’est la précarité, continue-t-elle. On a beaucoup d’emplois à contrats, car le financement est précaire. Souvent, on reçoit des subventions qui durent sur deux ou trois mois. Les gens préfèrent avoir des emplois permanents et on les comprend. »

De plus, les organismes peuvent souvent compter sur des employés détenant un diplôme universitaire. « L’enquête révèle que, malgré une forte scolarisation des employés (37 % des organismes ont une majorité de femmes diplômées universitaires dans leur équipe et 22 % une majorité d’hommes ayant un diplôme universitaire), les taux horaires sont peu élevés, parfois proches ou en dessous des 15 $ de l’heure. Ces données permettent de se questionner sur l’attraction de travailleurs qualifiés, alors que la pénurie de main-d’œuvre est déjà bien installée au Québec. L’ancienneté du personnel dans les organismes est d’ailleurs préoccupante pour ces organisations qui œuvrent en santé et services sociaux. En moyenne, hors des postes de direction, les employés à temps plein sont à l’emploi de l’organisme depuis six ans. Du côté des postes à temps partiel, on parle de trois ans d’ancienneté », peut-on lire dans le communiqué de presse.

Mme Cyr soutient qu’un aussi vaste portrait des conditions de travail dans le milieu communautaire est présenté pour la première fois. « On va s’en servir comme outil de revendication au niveau politique pour une rehausser le financement. Aussi, on en est à travailler sur la mise en place d’une politique salariale pour l’ensemble du milieu communautaire. Elle existait déjà : depuis 2010, elle est appliquée à géométrie variable dans dix régions, dont l’Estrie. Par contre, plein de types d’emplois ne sont pas englobés, comme les postes de cuisiniers. 16 % des organismes ont des cuisiniers au Québec, car ils hébergent, où ce sont des popotes roulantes, etc. Ce sont de nouveaux postes qu’on va intégrer dans la politique salariale », analyse-t-elle.

Au total, 977 organismes des 17 régions ont été rejoints par cette enquête organisée par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action communautaire et la Coalition des Tables régionales d’organismes communautaires. Le domaine communautaire génère chaque année un budget de fonctionnement de 1 177 092 000 $ et totalise une masse salariale de 660 672 000 $ annuellement.

Avantages

En plus des vacances et des congés, des avantages viennent avec les emplois dans le domaine communautaire. « Il y a une grande autonomie de pratique. C’est super intéressant pour les travailleurs et les travailleuses. Par ailleurs, le milieu communautaire n’est pas dans un milieu hiérarchique, mais assez démocratique. Le fait de pouvoir participer aux conseils d’administration — souvent sans droit de vote, mais peuvent discuter et peuvent influencer les orientations — c’est quelque chose d’intéressant et c’est quelque chose d’assez répandu », analyse Mme Cyr.

L’agente de liaison au regroupement des organismes communautaires de l’Estrie, Claudia Fiore, ne se voit pas travailler dans un autre milieu. « J’ai fait un bac en communications et relations humaines à l’UQAM. Ça aurait pu m’amener à plein d’endroits. Moi, voir que le communautaire est vraiment ancré dans la communauté, que ça porte les valeurs de justice sociale et de communauté, de solidarité, d’éducation populaire, ça me rejoignait vraiment. J’ai l’impression de travailler dans un endroit qui me ressemble », résume-t-elle.