Ce portrait de Sir John Coape Sherbrooke est exposé dans la salle du conseil municipal à Sherbrooke.
Ce portrait de Sir John Coape Sherbrooke est exposé dans la salle du conseil municipal à Sherbrooke.

Les élus municipaux siègent en présence d’un Ozias-Leduc

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
La collection d’œuvres d’art de la Ville de Sherbrooke s’est enrichie la semaine dernière d’une première œuvre numérique, qui sera installée à la halte des Pionniers de la rue Wellington Nord. Mais la collection de la Ville compte plusieurs joyaux, parmi lesquels son plus précieux tableau : une représentation de Sir John Coape Sherbrooke réalisée par le célèbre Ozias Leduc.

Le tableau, aujourd’hui accroché dans la salle du conseil municipal, vaut environ 50 000 $ selon la plus récente évaluation. La Ville n’a toutefois pas toujours connu la valeur du portrait, qu’elle a entreposé pendant environ cinq ans au garage municipal... où elle se trouvait à risque lors des inondations. Nathalie Fortin, agente professionnelle en loisirs à la Ville de Sherbrooke, a accepté de retracer l’histoire de cette œuvre d’importance. 

« Le tableau a été décroché de la salle du conseil en 1979 parce qu’il y avait des travaux de rénovation à faire. Il a donc été entreposé jusqu’en 1985, quand il a été restauré à Québec. On ne connaissait pas bien sa valeur historique et monétaire au début des années 1980. Alors oui, il a été placé dans une caisse dans une zone inondable », explique-t-elle. 

Le portrait avait été commandé par le conseil municipal pour souligner le centenaire de Sherbrooke. Il a été exposé à partir de 1937. « L’initiative serait venue de Paul Gagné, un artiste-photographe qui était un ami de M. Leduc. L’artiste se serait inspiré de gravures de Robert Field, qui sont conservées à Halifax. L’idée était de démontrer que M. Sherbrooke était quelqu’un d’important. »

Selon Mme Fortin, parmi les œuvres mobilières à Sherbrooke, celle-là présente la plus grande valeur. 

Mais qui était Ozias Leduc? « Pour l’histoire de l’art du Québec, c’est un incontournable. Il est né en 1864 et était autodidacte. Il a fait un voyage en Europe où il a été en contact avec des grands maîtres. Il a lui-même servi de maître à Paul-Émile Borduas. On le connaît beaucoup comme peintre religieux. Il a décoré la chapelle de l’archevêché à Sherbrooke, mais il a aussi fait beaucoup de portraits sur commande, des natures mortes aussi. »

Selon ce qu’on en sait, le tableau, lorsqu’il a été exposé, s’est toujours trouvé dans la sphère politique à Sherbrooke. « À mon avis, la salle du conseil est le meilleur endroit pour que ce soit sécuritaire et pour respecter le format. Il fait partie de l’image de l’hôtel de ville. »

Nathalie Fortin explique que les œuvres d’art acquises par la Ville servent à donner un cachet aux établissements publics, mais elles offrent aussi généralement une vitrine aux artistes locaux. « Elles témoignent d’un patrimoine et mettent la population en contact avec des œuvres sans qu’elle doive se déplacer au musée. »

D’ailleurs, depuis le début des années 2000, la Ville cherche surtout à acquérir des œuvres d’art public qui seront accessibles en tout temps, à raison d’une toutes les années et demie environ. Notons par exemple les murales, la sculpture rappelant des fougères, près du Marché de la gare, ou la sculpture La porte des étoiles, récemment installée à l’intersection de la route 112 et de l’autoroute 610. « Nos capacités de conservation pour des tableaux, par exemple, sont limitées. Nous avons aussi peu d’espace pour exposer des peintures. »

Aucune orientation pour se tourner davantage vers le numérique n’a encore été adoptée malgré une première acquisition encore toute neuve. « Nous voulons diversifier les types d’art et nous voulions nous ouvrir à la réalité de 2020. Il y aura toutefois un enjeu de conservation pour les œuvres issues des nouveaux médias. »


« C’est devenu un symbole de Sherbrooke. C’est celle qui a la plus grande valeur monétaire également. »
Nathalie Fortin

Si la Ville possède quelque 250 œuvres d’art, elle peut se targuer de compter sur quelques tableaux de Jacques Barbeau, un pionnier sherbrookois de l’art naïf. 

« Sinon, l’œuvre la plus marquante demeure sans doute le Monument aux braves, dans la côte King. C’est devenu un symbole de Sherbrooke. C’est celle qui a la plus grande valeur monétaire également. »  

Frôlant le million de dollars, la statue de bronze a une valeur encore plus grande, selon Mme Fortin, du point de vue patrimonial. « C’était une commande municipale pour nous aider à nous souvenir des gens qui mouraient outremer pendant la guerre. Les corps n’étaient pas rapatriés. Ça devenait un endroit de recueillement. Pour son format et sa prestance, le monument a une symbolique importante. »

La collection de la Ville compte plus de 35 œuvres publiques. Des photos de certaines d’entre elles sont exposées sur le site de la Ville de Sherbrooke en compagnie d’une courte description.