La lutte aux changements climatiques est importante pour la députée solidaire Christine Labrie.

Les élus divisés sur les gestes de désobéissance civile de XR

Les élus sont divisés quant à la possibilité de manifestations de désobéissance civile du groupe Extinction Rebellion qui est arrivé à Sherbrooke en fin de semaine. Si certains comprennent que des environnementalistes prennent des actions plus fortes, d’autres aimeraient que le groupe continue de sensibiliser sans trop déranger.

Le conseiller municipal Vincent Boutin rappelle que les mouvements de désobéissance civile ne datent pas d’hier. « Ça fait des années que ça existe. Gandhi en a fait à l’époque, ça fait partie d’une forme de manifestation. S’ils décident d’aller là, on va les accompagner là-dedans. Je pense que leur message en fin de semaine, c’était surtout de faire une première approche et de sensibiliser les gens sur le plan de l’environnement. On verra au moment venu s’il y a des situations comme ça, mais pour l’instant, c’est un peu hypothétique », considère l’élu municipal.

Pour lui, ces groupes ont la légitimité de faire des actions comme ils l’ont fait samedi. « Tout le monde peut s’exprimer à sa façon. S’ils veulent marteler le message environnemental, tant mieux. Je pense qu’à l’heure actuelle, beaucoup de gens sont conscients de l’importance que l’environnement prend dans la société. Plus on parle d’environnement, mieux c’est », poursuit-il. 

De son côté, la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, n’est pas surprise que des organisations passent en deuxième vitesse. « Des manifestations, il y en a eu. On n’a pas vu de réaction significative des gouvernements. Un moment donné, on se demande à quoi ça sert de marcher. Moi, tant que ça reste pacifique, je ne le condamnerais pas. Ce qui est à condamner, c’est l’inaction des gouvernements », commente celle qui a été élue sous la bannière de Québec solidaire.

« Moi, mon rôle de députée est de surveiller l’action gouvernementale et de m’assurer que des gestes sont posés face à la crise climatique, enchaîne-t-elle. Moi, ce que je vois, c’est un gouvernement qui a reconnu récemment l’urgence, mais n’agit pas. C’est condamnable. »

Le conseiller municipal Paul Gingues a trouvé brillante l’idée de s’installer à l’intersection des rues King Ouest et Jacques-Cartier, mais aimerait que le groupe demeure dans la positivité. « Je peux comprendre le mouvement d’Extinction Rebellion. On a vu les frictions que ça apporte à Tout le monde en parle, quand on tombe dans des mouvements un peu plus radicaux. Je ne suis pas sûr que c’est la bonne approche. Les gains qu’on fait en conscientisation, on peut en perdre de l’autre côté. C’est une conscientisation globale qu’il faut faire, je ne pense pas que la cible est nécessairement atteinte. Il y a eu un article en premier écran de l’application numérique de La Tribune, et la première phrase c’est “on n’a pas fait de désobéissance civile” », analyse-t-il, faisant remarquer que le mouvement a eu de la visibilité sans choquer. 

La conseillère et présidente du comité de l’environnement, Karine Godbout, abondait dans le même sens. « Ma position est délicate. L’effet de ces actions sert à éveiller des consciences. Il y a des risques très difficiles à évaluer. Est-ce que ce genre d’initiative peut braquer des gens? Mon approche à la Ville de Sherbrooke, c’est vraiment l’ensemble et la collaboration. J’invite à la collaboration, la Ville a une volonté de se positionner sur ces enjeux », affirme-t-elle.

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Comment aller plus loin pour l'environnement?

 Le mouvement Extinction Rebellion s’est fait connaître des Sherbrookois, samedi. Des sympathisants ont mené une action qui n’est pas de la désobéissance civile à une intersection achalandée de la ville. Les environnementalistes demandent aux gouvernements d’agir. Pour les élus, on peut encore s’améliorer collectivement afin d’être plus « verts ».

Christine Labrie

Pour les transports en commun, la députée Christine Labrie pense que Sherbrooke devrait avoir un coup de pouce de Québec. « Le gouvernement est assez silencieux sur ce qui s’en vient en matière de transports en commun, surtout en région. Ils ont annoncé des investissements pour Montréal et pour Québec. Pour les régions, c’est comme si, du point de vue de la CAQ, ça n’existait pas le transport en commun. Les besoins sont là, aussi. Les gens sont prêts à changer leurs habitudes de vie, mais on ne peut pas leur demander de remplacer [l’auto] par rien. [...] Quand on habite une ville comme Sherbrooke, ce n’est pas normal que ça prenne 1 h 15 pour se rendre au travail. »

Vincent Boutin

Vincent Boutin

Vincent Boutin, conseiller municipal et président du comité consultatif d’urbanisme, se penche sur l’étalement urbain. « Quand il y a de l’étalement urbain, les routes coûtent plus cher et c’est la même chose pour les collectes résiduelles. [...] Il y a quelques années, on a fait un exercice d’analyse de notre périmètre urbain. On veut pousser plus loin cette réflexion pour ramener davantage d’activités vers le centre, resserrer le périmètre urbain. C’est de longue haleine, ça demande de la réflexion et de la cohésion avec la population. On a déjà démontré à un promoteur que c’était plus rentable de ne pas développer sa rue et de donner une partie des terrains à la Ville que de développer et vendre les terrains. C’est le genre de chose qu’on ne faisait pas avant. On a protégé davantage de bois. À la place de voir un projet de façon comptable, on essaie de le voir dans une perspective plus grande, notamment environnementale. »

Karine Godbout

La présidente du comité d’environnement à la Ville de Sherbrooke, Karine Godbout, assure que des réflexions de fond sont en cours. « Le bureau est vraiment récent. On est en train d’instaurer les façons de faire. L’arrivée de ce bureau demande des ajustements à l’interne. Il y a des services qui vont être regroupés. On est dans l’étude budgétaire. Je connais les projets sur lesquels on travaille, comme le projet de récolte du verre. On est avec les commerçants dans la consultation. On veut être des accompagnateurs, on ne veut pas juste faire des réglementations sans en parler à personne, sans comprendre certains enjeux que les gens vivent sur le terrain. C’est une approche qui me permet de prendre le pouls du terrain. »

Karine Godbout