Au Québec, les transplantations de foie, poumons et cœur sont maintenues, mais le programme de greffe du rein a été temporairement suspendu.
Au Québec, les transplantations de foie, poumons et cœur sont maintenues, mais le programme de greffe du rein a été temporairement suspendu.

Les dons d’organe au point mort

Vingt-quatre Québécois sont en attente d’une transplantation d’un organe avec un statut urgent. Or la situation du don d’organes est particulièrement compliquée au Québec comme ailleurs dans le monde en raison de la pandémie de la COVID-19.

« Depuis que le Québec a été déclaré en état d’urgence sanitaire, le nombre de références pour le don d’organes a chuté de façon drastique. Durant la première semaine de confinement, en mars, on a parlé de moins d’une dizaine de donneurs potentiels, bien loin du nombre de références habituel », a expliqué en entrevue le Dr Frédérick D’Aragon, médecin coordonnateur en don et en transplantation d’organes et de tissus au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Depuis début mars, il n’y a eu aucun don dans les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. « Nous sommes entre 10 et 15 % de notre activité habituelle », illustre le médecin coordonnateur.

Rappelons qu’environ un pour cent des personnes décédant à l’hôpital sont susceptibles de pouvoir faire don de leurs organes, soit environ 450 personnes par année au Québec.

« Avec les mesures de confinement social, on a vu tous les traumas chuter : moins d’accidents de la route, moins d’accidents de travail. Évidemment, comme médecin, je me réjouis que les gens restent vivants et en santé. On peut tout simplement constater qu’il y a moins de donneurs potentiels pour les patients dont la vie dépend d’un organe », explique le Dr D’Aragon.

Au Québec, les transplantations de foie, poumons et cœur sont maintenues, mais le programme de greffe du rein a été temporairement suspendu étant donné qu’il existe un traitement, la dialyse, qui permet de maintenir les patients en vie.

« Cette décision a été prise à la suite d’une publication de données préliminaires en Espagne et Italie où il est fait mention que le pourcentage de mortalité était de 20 % post-greffe rénale. C’est un pourcentage plus élevé que le fait de garder les patients sur dialyse. Les receveurs doivent prendre des immunosuppresseurs pour éviter le rejet de l’organe, ce qui a pour effet de diminuer de manière importante la capacité du corps humain à se défendre contre une infection », explique celui qui est aussi anesthésiste et intensiviste dans les hôpitaux universitaires de Sherbrooke.

Le Dr Frédérick D’Aragon est médecin coordonnateur en don et en transplantation d’organes et de tissus au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le deuil compliqué

Les équipes dédiées au don d’organes se butent ensuite à une autre grande difficulté : les mesures de distanciation sociale qui empêchent les proches de se rendre au chevet des personnes en fin de vie.

« C’est difficile de parler de don d’organes par téléphone ou visioconférence. Je ne peux m’empêcher de penser que ça doit être vraiment difficile pour une famille de faire son deuil alors qu’ils ne sont pas au chevet de leur proche », déplore le Dr D’Aragon.

« Je crois que les gens qui perdent des proches actuellement auront besoin de davantage de soutien après, parce que ce sera plus difficile pour eux de faire leur deuil », indique le médecin.

Dr D’Aragon n’a pas eu à parler de don d’organes depuis le début de la pandémie. Mais il a quand même dû parler de soins de fin de vie avec des proches qui n’étaient pas au chevet de leur être aimé.

« J’ai eu à faire des discussions de fin de vie avec des proches au téléphone ou en visioconférence. C’est difficile, je l’avoue. Dans une discussion sur les soins de fin de vie avec un proche, il n’y a pas que les mots qui comptent : il y a le non verbal, il y a les gestes, il y a la présence physique rassurante, c’est tout un paquet de choses. Ce n’est pas facile pour personne quand on en est privés pour des discussions aussi importantes », ajoute-t-il.

Fait à souligner, les patients testés positifs à la COVID-19 ne peuvent pas donner leurs organes ni leurs tissus, puisqu’il n’existe encore aucune donnée pour démontrer combien de temps le virus peut survivre dans les organes ou dans les tissus humains.

Signalons que c’est aujourd’hui que se termine la Semaine nationale du don d’organes et de tissus. Transplant Québec tient d’ailleurs à remercier les familles qui autorisent et ont autorisé le don d’organes dans un contexte exigeant où les délais sont susceptibles de s’allonger compte tenu des circonstances exceptionnelles dans les hôpitaux québécois.

« Ceci mérite notre gratitude pour toutes les familles qui perdent un être cher de façon subite et tout particulièrement pour celles qui, actuellement, doivent faire face à la situation stressante liée à la pandémie », explique le directeur de Transplant Québec Louis Beaulieu.