Pierre Tremblay

Les discussions se prolongent

Au centre d’une joute politique entre Québec et Ottawa sur le partage des coûts de l’événement, la candidature de Sherbrooke aux Jeux de la Francophonie 2021 n’a pas été déposée jeudi.

À l’issue de la première de deux journées de réunion à Paris, le Conseil d’orientation du Comité international des Jeux de la Francophonie se retrouve donc sans candidat pour les Jeux de 2021.

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Au coeur d'un bras de fer politique Québec-Ottawa

« Les membres du comité se sont entendus pour recommander qu’un appel de candidatures accéléré soit relancé de sorte que tout pays ou gouvernement qui souhaiterait devenir hôte des Jeux en 2021 puisse déposer une candidature », a expliqué la vice-présidente du CIJF, Annie Laflamme, dans une déclaration partagée sur les médias sociaux.

Comme la réunion du CIFJ se poursuit vendredi, la Ville de Sherbrooke garde espoir. « On ne peut rien présumer tant qu’on n’a pas eu de nouvelles », dit Sylvain Vessiot, attaché politique du maire Steve Lussier. « La candidature n’a pas été déposée. C’est le statu quo. »

À Québec, l’attachée de presse de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie Nadine Girault a précisé que les négociations se poursuivaient avec le fédéral sur le partage des coûts.

« Il y a une négo à faire avant de présenter la candidature de Sherbrooke. Le Québec n’a donc pas demandé le cahier des charges (au CIFJ) », rapporte Maéva Proteau.

« Une belle opportunité »

À Ottawa, le cabinet de la ministre de la Francophonie Mélanie Joly n’a pas réagi, sauf pour répéter que le fédéral offrait de verser un financement équivalent à celui offert par le provincial et le municipal combiné.

« Malheureusement, si les contributions des autres paliers ne sont pas à la hauteur des ambitions, on risque de rater une belle opportunité pour Sherbrooke, pour le Québec et pour le Canada de faire rayonner les francophones ici et à travers le monde », a déclaré l’attaché de presse de Mélanie Joly, Jeremy Ghio.

Rappelons que le CIFJ devait prendre acte, jeudi, du désistement de Moncton-Dieppe pour l’organisation des Jeux de 2021 et examiner les candidatures possibles pour prendre la relève.

Arrivée deuxième derrière Moncton-Dieppe en 2015, Sherbrooke souhaite représenter sa candidature. Elle a fixé à 5,5 M$ sa contribution maximale tandis que le gouvernement du Québec est prêt à mettre 17 M$ pour la tenue de l’événement, dont les coûts pourraient atteindre entre 52 et 84 M$, selon différents scénarios.

Or le fédéral martèle qu’il offre un financement équivalent à celui du provincial et du municipal, pas plus, ce qui porte à 45 M$ le budget sur la table.

Citée par Radio France internationale, Annie Laflamme a précisé que les discussions se poursuivraient vendredi. « On a eu de très très bonnes discussions. Il est clair que pour les membres présents autour de la table, les Jeux de la Francophonie sont importants. On souhaite qu’ils puissent avoir lieu en 2021. Mais vous comprendrez que c’est très difficile à la mi-février de déclarer une candidature, même pour les finalistes de 2015, dans la mesure où le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé sa décision de se désister seulement le 30 janvier ».

Manque de leadership

À l’Hôtel de Ville de Sherbrooke jeudi, le conseiller municipal Pierre Tremblay a pointé le manque de leadership du maire Lussier pour expliquer cette impasse.

« Pendant que le maire Lussier se réjouit de la réponse de Québec, mon cours de politique 101 me dit que l’élastique vient de péter », a écrit M. Tremblay sur Facebook en faisant référence au solide élastique à bungee que M. Lussier réclame pour sauter dans l’aventure.

« Pour moi, le gouvernement du Québec a répondu à l’appel du maire Lussier de façon élégante en disant : ‘‘M. le Maire Lussier, dès le départ vous avez mentionné que vous ne vouliez pas de ces Jeux, alors on vous confirme qu’on est 100 % avec vous! ‘‘Malgré les efforts du conseil municipal pour maquiller une autre de ses erreurs monumentales, force est d’admettre que notre maire aura une fois de plus démontré son manque flagrant de leadership. (…) Pour moi, le mal est fait depuis que le maire Lussier a repoussé de façon cavalière l’offre du fédéral de reprendre le flambeau afin de faire rayonner Sherbrooke partout sur la carte du monde. »

Christine Labrie

Labrie espère plus de la CAQ

En limitant à 17 millions $ la contribution du Québec aux Jeux de la Francophonie 2021, le gouvernement de la Coalition avenir Québec rate une belle occasion de visibilité pour la province et d’assurer un leadership dans le monde la francophonie.

La députée solidaire de Sherbrooke Christine Labrie espère donc que le montant de 17 M$ avancé par Québec n’est qu’une position de négociation pour le gouvernement Legault.

« Les députés caquistes de l’Estrie, dit-elle, savent très bien que les retombées seraient immenses pour la région, non seulement d’un point de vue économique, mais aussi sur nos infrastructures, qui ont besoin de mises à niveau de toute façon. Est-ce qu’ils ont fait valoir les intérêts de la région auprès du cabinet ministériel? Je n’en ai pas l’impression. »

Alors que son collègue Vincent Marissal réclamait jeudi matin que le gouvernement Legault augmente de 17 M à 40 M$ son aide financière pour l’événement, Christine Labrie ne fixe pas de cible.

« Mais ce serait dommage, dit-elle, que le projet tombe à l’eau, parce que le Québec raterait une belle occasion d’exercer son leadership dans la seule instance internationale où nous sommes membres à part entière. »

« Le total de 84 M$, termine Mme Labrie, c’est l’estimation la plus haute pour le moment, mais on peut envisager que des scénarios plus économiques sont possibles. Pour le savoir, on a besoin de recevoir le cahier de charges. Quand on l’aura, j’espère que M. Legault sera ouvert à augmenter sa contribution. »

À hauteur de 40 M$, QS demande en somme au gouvernement caquiste d’assumer, à parité avec Ottawa, la moitié de la facture des Jeux, évaluée à 84 M$ si l’on inclut 10 M$ pour les frais de sécurité de la Sûreté du Québec. Avec La Presse canadienne