Même s’ils doivent ouvrir leurs portes, plusieurs CPE se retrouvent presque vides.

Les CPE ouverts aux parents des « services essentiels »

Après avoir géré leur fermeture vendredi, les CPE ont ouvert leurs portes, lundi matin, afin d’accueillir les enfants des travailleurs liés aux services essentiels.

Le gouvernement Legault a annoncé, la semaine dernière, la fermeture de tous les établissements d’enseignement, des CPE et des services de garde. Or, en raison de la crise du coronavirus, Québec demande maintenant aux CPE d’ouvrir leurs portes pour accueillir les enfants de ces employés. Cette consigne vise aussi les services de garde subventionnés et non subventionnés, par exemple les milieux familiaux. 

Les CPE ont reçu un mémo lundi leur précisant les personnes admissibles à leurs services à la suite d’un arrêté ministériel émis dimanche soir. 

Outre les employés de la santé et des services sociaux, les ambulanciers, policiers et pompiers, les pharmaciens et les gens travaillant au 811 et 911, entre autres, s’ajoutent à la liste (voir tableau) qui peuvent faire garder leurs enfants dans ces CPE ou autres services de garde éducatifs.

« On est ouvert par décret gouvernemental, mais pour une clientèle très spécifique », précise Judith Laflamme, directrice du CPE Le P’tit Gadu. Ce centre de la petite enfance a deux installations à Sherbrooke sur les rues Belvédère Sud et Sara et compte 125 places. Au moment de l’entrevue, quatre enfants étaient sur place.

Le CPE pourrait donc accueillir des enfants qui fréquentent habituellement ses installations, mais dont les parents ont un travail lié aux services essentiels. Il peut aussi accueillir des enfants qui n’y étaient pas inscrits, mais dont les parents ont un emploi considéré comme services essentiels. Ces parents sont dirigés sur un localisateur qui se retrouve sur le site du ministère de la Famille. « Ils trouvent le CPE le plus près avec le localisateur. On procède rapidement aux inscriptions. J’ai eu quelques appels », précise Judith Laflamme. 

Les responsables de service de garde (RSG) en milieu familial ont de leur côté appris lundi qu’elles n’ont pas à accueillir des enfants qui n’avaient jamais fréquenté leur service. Elles doivent toutefois accueillir ceux qui le fréquentaient et dont les parents ont un emploi catégorisé services essentiels.

De nouvelles mesures ont été mises en place, indique Judith Laflamme. Les parents doivent automatiquement se désinfecter les mains et ils ne peuvent pas aller plus loin que le pas de la porte. « On accueille les enfants et les parents à l’entrée; les enfants sont pris en charge par les éducatrices. » Tout le personnel était en poste, tout en suivant les consignes de santé publique (au sujet des gens qui auraient voyagé ou qui auraient des symptômes, par exemple.)

Judith Laflamme pense que les parents se sont trouvé des plans B lundi, mais que la situation et la fréquentation risquent de changer au fil du temps.  

Au CPE Manche de Pelle, situé à côté du Cégep de Sherbrooke, le personnel était en place… mais aucun enfant n’était présent en fin d’avant-midi lundi. 

La directrice générale Karine Descôteaux-Fortin souligne qu’elle a été sollicitée pour quelques journées dans la semaine. Des parents lui ont aussi mentionné que même dans leur domaine, lié aux services essentiels, ils préféraient s’organiser autrement que d’envoyer leur enfant en CPE. Pour le moment, ses éducatrices sont affectées à d’autres tâches. 

Des écoles ciblées pour les services de garde

Québec a aussi ciblé des écoles afin d’ouvrir des services de garde en milieu scolaire. Il s’agit toutefois d’un service distinct. Ils sont destinés aux enfants de 4 à 13 ans fréquentant un établissement scolaire, préscolaire et primaire, que ce soit au public ou au privé, anglophone ou francophone.

Par exemple, les écoles primaires Hélène-Boullé à Sherbrooke et Sacré-Cœur à Coaticook ont été ciblées. 

Selon la députée de Saint-François, Geneviève Hébert, les ouvertures de services de garde en milieu scolaire seront réévaluées en fonction des inscriptions. Elle conseille aux parents de s’inscrire. Pour inscription ou connaître les écoles ciblées : https://infogeo.education.gouv.qc.ca/public/services_garde_temporaires/.

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Une ouverture qui suscite des préoccupations

L’ouverture des portes des CPE soulève plusieurs préoccupations chez les employés et gestionnaires. Autre constat : des milieux familiaux n’ouvrent tout simplement pas. 

« Je souhaite que mes collègues respectent le fait qu’on ouvre uniquement pour les services essentiels, j’espère que mes collègues ont le même mot d’ordre. Plusieurs ont des personnes immunodéprimées dans leur entourage, des enfants asthmatiques », souligne Karine Descôteaux-Fortin, directrice générale du CPE Manche de pelle. 

Tout en disant comprendre que Québec doit s’adapter à la situation, elle note qu’il aurait été bien d’évaluer les besoins en service de garde. En avant-midi lundi, le CPE était vide… à l’exception du personnel. 

Même son de cloche du côté du CPE L’Ensoleillé. « J’ai eu zéro enfant et beaucoup d’appels de parents dont le milieu familial n’ouvre pas. Je me retrouve avec des demandes de parents qui ne fréquentent pas notre CPE », commente Danielle Lavallée. Ce même constat, de services de garde régis ou non régis fermés, a aussi été relevé par une autre gestionnaire, même si l’ouverture annoncée par Québec ne touche pas que les CPE. Mme Lavallée dit avoir eu des demandes pour deux jours cette semaine. 

La présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial (ADIM) de l’Estrie, Marlène Carbonneau, souligne que l’information évolue d’heure en heure. Ses membres ont appris dimanche après-midi qu’elles devaient rouvrir leurs portes, à l’instar de leurs collègues. 

Certaines ont aussi pu décider de ne pas ouvrir parce que les enfants ne se présentaient pas ou parce qu’elles devaient s’isoler, souligne-t-elle. Les RSG ont aussi appris lundi que si elles doivent ouvrir pour les parents travaillant dans les services essentiels, elles ne sont toutefois pas tenues d’accueillir ceux qui ne fréquentaient pas le service avant la crise du coronavirus.

Rappelons que les services de garde ont été ouverts pour les parents dont la profession est liée aux services essentiels. 

À l’instar de bien d’autres organisations, les CPE étaient en complète réorganisation lundi. Vendredi, ils étaient en mode fermeture. 

« J’ai vidé les réfrigérateurs, annulé des livraisons, annulé des remplacements «, raconte la directrice du CPE Manche de Pelle, Karine Descôteaux-Fortin. Or, dès lundi, les services devaient reprendre. 

Un autre site pour s’informer :

https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/services-de-garde-durgence/. Isabelle Pion