Les congés de maladie pour des raisons psychologiques gonflent

Le taux de départ en congé de maladie pour des raisons psychologiques a progressé dans le réseau de la santé en Estrie.

C’est le constat « incroyable » que dresse l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) devant les chiffres fournis mardi par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Au sein même des employés du réseau de la santé et des services sociaux de l’Estrie, les absences maladie pour des raisons psychologiques ont explosé. Le taux de départ en maladie psychologique ne cesse d’augmenter depuis la fusion des 14 anciens établissements de la région, déplore Emmanuel Breton, répondant politique APTS pour l’Estrie.

Établi à 47 % en 2014-2015, ce taux est désormais de 51 %. Autre donnée troublante, 52 % des gens qui sont en absence maladie ont entre 30 et 39 ans. C’est inacceptable que le taux soit si élevé pour nos membres qui sont dans la fleur de l’âge.

« Le ministre (de la Santé) Barrette prétend que sa réforme n’affecte en rien les services à la population, que les syndicats se plaignent et qu’ils ne sont pas positifs », dit-il.

« Il y a actuellement 7,73 % des employés qui sont en congé de travail. On est rendu à un taux de 51 % pour des troubles psychologiques comme l’anxiété ou la dépression. C’est incroyable. Ça fait peur ! Ce sont des chiffres fournis par la CIUSSS. »

Coût humain et financier

Cette réalité a un coût humain et financier, ajoute M. Breton. Ce taux de 51 % coûte, au 13 février 2018, plus de 25 millions $ cette année. Cette somme est prise directement dans le budget du CIUSSS, ce qui affecte les soins donnés à la population estrienne. « C’est effrayant de voir augmenter si rapidement le nombre d’employés exténués et en détresse profonde », s’insurge-t-il.

Emmanuel Breton

Ce constat est rendu public alors que la crise fait rage chez les infirmières qui se disent exténuées par le travail. Rappelons que le feu a été allumé par la jeune infirmière sherbrookoise Émilie Ricard. Les membres de l’APTS vivent les mêmes réalités, ajoute Emmanuel Breton. Ceux-ci s’occupent par exemple des analyses sanguines et des radiographies. « Sans le personnel professionnel et technique, le système n’avance pas », estime-t-il.

« Les infirmières jouissent d’un courant de sympathie, mais nos membres sont aussi affectés par les coupes qu’il y a eu dans le réseau de la santé par l’austérité des libéraux. Il va falloir réinvestir de l’argent. Qu’on revienne à la hauteur de ce que c’était avant. Avant les coupes de budgets, le réseau allait relativement bien. »

L’APTS  interpelle directement le ministre Barrette. « Monsieur le Ministre, comment justifiez-vous ce taux effarant de vos employés, de soignants en Estrie qui quittent pour des raisons psychologiques ? Comment pouvez-vous expliquer à la population estrienne que 25 000 000 $ de leurs impôts vont servir à payer des gens qui ne les soignent pas ? »

« Les professionnels et les techniciens sont indispensables au maintien du fonctionnement du réseau de santé et des services sociaux. Les listes d’attentes débordent. Nos collègues ne sont pas remplacés, nos directions nous demandent de faire plus avec moins, alors que la surcharge et la détresse augmentent. Ils demandent des congés pour ne pas tomber malades et ça leur est refusé parce qu’il manque du personnel. Voilà des chiffres éloquents, criants de vérité qui démontrent très clairement les conséquences de votre réforme, Monsieur Barrette ! »