« Nous avons repris environ 85-90 % de nos activités en chirurgie et c’est ce que nous souhaitons maintenir », mentionne le Dr Stéphane Tremblay en précisant que les chirurgies urgentes. 
« Nous avons repris environ 85-90 % de nos activités en chirurgie et c’est ce que nous souhaitons maintenir », mentionne le Dr Stéphane Tremblay en précisant que les chirurgies urgentes. 

Les choix déchirants du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
La pénurie de personnel fait mal au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Doit-on faire du délestage en Estrie afin de réussir à répondre à tous les besoins liés à la pandémie de COVID-19? « La réponse est oui, bien entendu », soutient Stéphane Tremblay, le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Depuis le mois de mars, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’a pas été en mesure de reprendre 100 % de ses activités, tant en secteur hospitalier que dans d’autres secteurs d’activités, par exemple pour certaines activités en santé mentale », a-t-il donné en exemple.

Prenons un exemple bien connu, celui des chirurgies. Avant la pandémie, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS avait déjà une liste d’attente bien garnie du côté des chirurgies et des travaux étaient déjà en cours pour tenter de trouver des solutions aux deux problèmes les plus importants: pas assez de personnel infirmier et pas assez de salles d’opération disponibles pour répondre aux besoins de la population. Et voilà que la COVID-19 est venue mélanger les cartes encore davantage.

« Nous avons repris environ 85-90 % de nos activités en chirurgie et c’est ce que nous souhaitons maintenir », mentionne le Dr Stéphane Tremblay en précisant que les chirurgies urgentes (traumatismes, saignements intracrâniens…) étaient toujours traitées sans délai et que les chirurgies oncologiques étaient priorisées.

Des ajustements dans les hôpitaux avec des éclosions

Les éclosions dans les centres hospitaliers, dont celui de Granby et de Lac-Mégantic, forcent aussi la direction à faire des choix déchirants en raison de la présence de COVID-19 entre les murs des établissements.

« Ce type-là d’ajustement ou de délestage a été fait. Le défi est bien réel, la problématique est là quotidiennement », ajoute Stéphane Tremblay.

« On doit faire des choix, ralentir les activités, limiter le nombre de personnes à l’intérieur de l’hôpital, choisir par exemple de faire des chirurgies d’un jour au lieu de faire des chirurgies hospitalisées. On doit aussi faire des choses autrement. Par exemple quand les gens qui viennent chercher un service comme un prélèvement, on doit s’assurer que les gens aient un parcours le plus rapide possible à l’intérieur du bâtiment grâce à des systèmes de rendez-vous », donne-t-il en exemple.

« Ce type-là d’ajustement ou de délestage a été fait. Le défi est bien réel, la problématique est là quotidiennement », ajoute Stéphane Tremblay.

À Lac-Mégantic, le problème est devenu si criant que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a dû demander l’aide de la Croix-Rouge pour réussir à offrir des journées de repos à ses travailleurs épuisés (voir écran précédent).

Or ces choix ne se sont pas faits à la légère ni effectués par la direction générale. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a créé un comité de coordinations avec plusieurs chefs de service et des médecins pour réussir à prendre les meilleures décisions possible.

Des décisions qui sont ou qui seront aussi encadrées par des guides en préparation au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). « Avec le MSSS, on doit se concerter pour établir ce qui est essentiel comme services en lien avec la présence ou l’absence de personnel, pour décider ce qu’on doit ralentir ou arrêter comme activités. Le MSSS prépare d’ailleurs des guides pour permettre aux établissements de se structurer et de faire des choix éclairés sur les services à maintenir », indique le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Car les besoins COVID-19 sont importants sur le territoire. Et tout cela doit se faire à même les ressources humaines d’un CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui était déjà en sous-effectifs avant la pandémie.

« L’établissement fait face au défi de répondre à l’ensemble des besoins et bien sûr, de s’assurer que quand il y a des éclosions, on soit présent, très près d’où ça se passe. Qu’on parle de dépistage, de nombre de lits, des équipes de santé publique qui font des enquêtes, des lits en surplus qu’on doit ouvrir pour répondre aux besoins, on a vraiment besoin d’équipes supplémentaires pour répondre aux besoins liés à la COVID », mentionne le Dr Tremblay.

Plusieurs stratégies sont aussi utilisées pour tenter d’augmenter le nombre d’employés présents, « notamment pour éviter une hausse trop importante du temps supplémentaire et du temps supplémentaire obligatoire, même si cette hausse est déjà trop élevée à notre goût », ajoute aussi le PDG.

En attendant, c’est au quotidien que le CIUSSS doit gérer sa capacité à répondre aux différents besoins de la population. C’est ce que le CIUSSS appelle « son agilité » à répondre aux besoins en temps réel, où qu’ils soient sur le territoire.

Le Dr Tremblay l’illustre avec un exemple: « En raison de ce qui se passe à Lac-Mégantic, nous avons fait du dépistage de la COVID-19 durant toute la fin de semaine, nous avons ouvert un nouveau point de service de dépistage. Ça ne veut pas dire que le point de service de dépistage sera ouvert la fin de semaine prochaine; ça évoluera en fonction des besoins de la population et de l’évolution de la situation ».