Après avoir manifesté devant le parlement cette semaine, les chauffeurs de taxi adoptent un autre moyen pour se faire entendre du gouvernement Legault.

Les chauffeurs de taxi offrent des courses gratuites pour nuire à Uber

Dans leur vague de protestation contre la réforme de l’industrie du transport de personnes du ministre François Bonnardel, les chauffeurs de taxi du Québec ont décidé de troquer le bâton pour la carotte. Après avoir ralenti et bloqué la circulation dans certaines villes, puis brûlé leurs lanternons et leurs vêtements plus tôt cette semaine, ils offriront vendredi des courses gratuites à leurs clients pour protester contre la compétition qu’ils jugent déloyale de la multinationale Uber.

«Les chauffeurs feront du dumping commercial pour protester contre le dumping commercial auquel Uber se livre depuis plusieurs années pour casser la concurrence», explique Félix Tremblay, porte-parole du Regroupement des intermédiaires de taxi du Québec (RITQ), qui accuse Uber d’avoir perdu volontairement près de 10 milliards $ en 2017 et 2018 en vendant ses services à perte afin de pousser les chauffeurs de taxi à la faillite pour occuper le marché du transport de personnes.

Courses gratuites

Ainsi, vendredi, tous les appels de taxi faits par une application mobile seront gratuits. «Les clients seront cependant incités à donner un pourboire à leur chauffeur. Il se peut cependant que les chauffeurs ne déclarent pas de taxes et impôts sur ces pourboires», explique M. Tremblay en rappelant que les chauffeurs de taxi ont longtemps accusé Uber de ne pas payer la totalité de ses taxes et de ses impôts depuis son implantation au Québec.

Quant aux régions où il n’y a pas d’application mobile, le client sera invité à signer un contrat de deux lignes où il accepte de ne pas payer le montant du taximètre. «Le répartiteur décidera alors quelles courses seront gratuites, soit à peu près 10 % d’entre elles», poursuit M. Tremblay. Les compagnies de taxi de régions qui choisiront de ne participer ni à l’un, ni à l’autre de ces moyens de pression seront pour leur part invitées à aller rencontrer leur député ou leur maire pour leur faire part des doléances de l’industrie vis-à-vis la réforme.

Félix Tremblay ajoute que le moyen de pression pourrait même se poursuivre durant la fin de semaine. «C’est un moyen de pression qui fait plaisir à la fois aux clients, qui paieront moins cher, aux chauffeurs, qui recevront un pourboire, qui nuit à Uber et qui devrait déranger le gouvernement», poursuit-il.

Déloyal

Les chauffeurs de taxi considèrent que le dumping est l’unique raison pour laquelle le transport de personnes est meilleur marché avec Uber qu’avec les taxis traditionnels. «D’ailleurs, si Uber est prête à payer pour occuper des marchés, pourquoi ne paie-t-elle pas entièrement la compensation aux taxis au lieu de vous refiler la facture?», s’interrogent les représentants de l’industrie du taxi dans une lettre ouverte envoyée aux médias québécois. 

L’industrie du taxi dénonce aussi le fait que les chauffeurs d’Uber travaillent pour des salaires qu’ils qualifient de misère, versant 25 % à Uber tout en devant absolument conserver toujours une note d’appréciation moyenne au-dessus de quatre étoiles.

«Uber, c’est du capitalisme sauvage qui détruit des vies, celles des taxis et celles de ses propres chauffeurs, pour offrir du cheap labor du 21e siècle. Elle refile ensuite tous les problèmes qu’elle crée aux contribuables. Rien de plus, rien de moins», concluent Michel Aboujaoudé, François Cyr, Abdallah Homsy, Wilson Jean-Paul et Serge Lebreux.