Le fait de reprendre les cours à distance, selon différentes modalités, préoccupe les étudiants à besoins particuliers.
Le fait de reprendre les cours à distance, selon différentes modalités, préoccupe les étudiants à besoins particuliers.

Les cégeps poursuivent leur formation... avec des assouplissements

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Même si le Cégep de Sherbrooke poursuit ses activités de formation, la directrice générale de l’endroit, Marie-France Bélanger, dit comprendre les préoccupations de ses étudiants. Plusieurs inquiétudes persistent, notamment chez les étudiants ayant des difficultés.

« La commande, c’est de redémarrer des activités de formation à compter de la semaine prochaine (NDLR : ce lundi) (...) On ne va pas privilégier le mode synchrone pour tenir compte de la réalité des étudiants », indique Mme Bélanger au sujet des consignes du ministère de l’Éducation. C’est aussi ce que souhaitait l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS) : de ne pas privilégier l’enseignement en direct.

Une pétition demandant la suspension de la session d’hiver dans les cégeps et les universités de la province circule actuellement. La pétition réclame aussi la reconnaissance des crédits sans note finale. Plusieurs étudiants ont fait savoir à La Tribune qu’ils souhaitaient que cette session soit suspendue, comme le propose la pétition.

Une étudiante du Cégep de Sherbrooke s’inquiète tout particulièrement pour les étudiants ayant des besoins particuliers. « ceux qui, comme moi, sont aux services adaptés et qui ont des mesures d’enseignement différentes et qui demandent plus de vigilance de la part d’un professeur », nous écrit-elle.

« Le gouvernement n’a pas tenu compte de ce facteur en choisissant les cours en ligne et jusqu’à maintenant le Cégep de Sherbrooke non plus », déplore la jeune femme.

« Plusieurs sont dotés de tiers temps lors de la réalisation d’examen, de logiciels informatiques spéciaux, d’un local à part et ça continue. Un étudiant qui a accès à un ordinateur et à internet, mais qui ne possède pas ses logiciels qui sont essentiels à sa réussite scolaire, tel qu’indiqué dans son plan d’intervention, se retrouvera fortement pénalisé, désavantagé et à risque majeur d’échec », avance l’étudiante.

Rappelons qu’entre 2010 et 2019, le nombre d’étudiants en situation d’handicap (EESH) au Cégep de Sherbrooke est passé de 173 à 863. L’établissement accueille plus de 5000 étudiants.

D’autres problèmes

« Suspendre la session causerait d’autres types de problèmes. Comment se gouvernerait-on avec les étudiants finissants? illustre Mme Bélanger. Ça pose d’autres problèmes de juste annuler. On travaille avec l’association étudiante qui nous a véhiculé des préoccupations, des cris du cœur. »

Mme Bélanger note que l’établissement collabore avec ses syndicats, y compris le personnel de soutien. « On est dans une situation exceptionnelle, ça prend des moyens exceptionnels. »

« Il y a des réponses que l’on n’a pas pour le moment. Par exemple, quand les stages reprendront-ils? On veut que les étudiants savent qu’on est préoccupés par ce qu’ils vivent », note Mme Bélanger.

Le Cégep de Sherbrooke a annulé la tenue de la soirée du Mérite étudiant prévue en mai.

Les fonds qui devaient y être investis serviront plutôt à appuyer financièrement les étudiants. Cette semaine, la Fondation du Cégep de Sherbrooke travaillait avec l’équipe des affaires étudiantes à ce sujet.

Rappelons que l’AÉCS a aussi mis sur pied un fonds spécial.

Vendredi, la Fédération des cégeps a dit accueillir « avec satisfaction les assouplissements temporaires au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC) » annoncés par le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge. Ceux-ci permettent aux cégeps de la province d’offrir de manière progressive dès lundi les cours auxquels étaient inscrits les étudiants à la session d’hiver 2020. Ils permettent du même coup « de déployer des moyens d’enseignement alternatifs, y compris pour les laboratoires et les stages, et d’adapter le calendrier scolaire ainsi que les modes d’évaluation ».

Deux calculs différents de la cote R pourront par ailleurs être faits, selon la Fédération. L’un prendra en compte les résultats de l’hiver 2020 et l’autre non. « La meilleure cote résultant de ces deux calculs sera celle retenue afin qu’aucun étudiant ne soit pénalisé par la crise actuelle. Un assouplissement réglementaire permettra aussi aux collèges de faire preuve de compréhension envers les étudiants qui auront été dans l’impossibilité de terminer leurs études en raison de la COVID-19 – des étudiants ayant des responsabilités parentales, par exemple – en leur accordant une mention « incomplet » plutôt qu’un échec », peut-on lire dans le communiqué.