Depuis octobre 2019, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke tient une Ruche d’Art chaque premier dimanche du mois. Cette initiative issue d’un mouvement montréalais consiste à démocratiser la pratique et les bienfaits de l’art tout en favorisant la socialisation.
Depuis octobre 2019, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke tient une Ruche d’Art chaque premier dimanche du mois. Cette initiative issue d’un mouvement montréalais consiste à démocratiser la pratique et les bienfaits de l’art tout en favorisant la socialisation.

Les bienfaits de l’art en vedette au MBAS

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Il y a maintenant quatre mois, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS) a décidé de faire passer les bienfaits de l’art à un autre niveau en ses murs. Dans le cadre d’un projet-pilote qui, vu son succès, se cimentera officiellement dès mars, l’établissement accueille la communauté une fois par mois pour des après-midi d’art-thérapie entièrement gratuits.

Tous les premiers dimanches du mois, la Ruche d’Art du MBAS, qui compte parmi les deux seules en contexte muséal dans toute la province, s’installe dans l’atelier de 13 h à 16 h. Enfants comme aînés y sont les bienvenus et peuvent se présenter ou quitter à tout moment durant les trois heures que dure l’activité.

Le principe est simple, explique l’art-thérapeute Emmanuelle Meunier, qui remercie les Montréalaises Rachel Chainey et Janis Timm-Bottos pour ce mouvement en pleine expansion à travers le monde. « C’est un atelier d’art communautaire ouvert au public, où les gens sont invités à venir créer ensemble dans une atmosphère chaleureuse. On met tout le matériel à leur disposition, que ce soit pour la peinture, le dessin, le collage ou la sculpture. »

L’art-thérapie est une façon pour les gens de s’exprimer en passant par l’hémisphère droit, note Mme Meunier. « On sait qu’exprimer les émotions par les mots, ce n’est pas donné à tout le monde, renchérit-elle. Ça offre une nouvelle façon de s’exprimer en plus de nous donner accès à l’inconscient. [...] On est encore en train de développer la recherche, mais celles qui ont été faites démontrent qu’il peut y avoir un impact sur le système nerveux. Ça demande un certain temps d’immersion dans la création, mais lorsque la personne est vraiment en contact avec ce qu’elle crée, on voit réellement un impact, soit une réduction des tensions et du stress ».

Alors que ce type de thérapie est souvent utilisé de manière plus clinique, Mme Meunier indique qu’il s’agit ici d’une version beaucoup plus libre, et qui insiste davantage sur la socialisation, le tout sans hiérarchisation ni stigmatisation.

« Je ne vais pas nécessairement guider les gens dans l’exploration de leur image, mais s’ils ont besoin de suggestions, je vais proposer des exercices de réchauffement. Ce qu’on encourage beaucoup, c’est la collaboration entre les gens sur place », dit-elle.

Atelier comble

Comme le précise Renaud Doucet, responsable de l’éducation et de l’action culturelle au MBAS, le choix de la journée pour tenir la Ruche d’Art n’a rien d’un hasard. « Je pense que beaucoup de musées ont plutôt mal reçu l’initiative du gouvernement de rendre l’accès gratuit les premiers dimanches du mois. Nous, on s’est plutôt demandé pourquoi on n’utiliserait pas cette journée, où des familles et des gens de tous horizons passent par le musée pour les attirer dans une activité comme celle-là. On attire aussi des gens qui ne seraient peut-être pas venus au musée en temps normal », indique-t-il.

Une philosophie qui semble avoir porté ses fruits, puisque l’activité a fait salle comble à chacune de ses éditions jusqu’à maintenant, et que les organisateurs témoignent avoir vu une grande diversité d’individus franchir la porte de l’atelier.

« On commence déjà à avoir des passeurs culturels, témoigne M. Doucet. Des gens qui sont venus les premières fois reviennent en apportant du nouveau matériel, et même en accueillent les nouveaux venus », raconte M. Doucet, qui a également envoyé des invitations à huit organismes communautaires de la région pour faire de leurs clientèles des invités d’honneur « secrets ». « On ne l’affiche pas, mais chaque organisme a reçu une date précise où on aimerait qu’il amène les gens qu’il parraine. Tout est sur une base volontaire, évidemment », explique-t-il.

Sur place, dimanche, les Coaticookois Stéphane Breton et Francine Giroux, qui étaient accompagnés de quatre de leurs enfants, en étaient à leur première Ruche d’Art. « On crée beaucoup à la maison, mais ce qui est différent, ici, c’est que chacun peut choisir le médium qui l’inspire. À la maison, on va souvent se limiter à un seul pour le groupe », explique Mme Giroux, qui s’était laissé inspirer par la thématique suggérée, « rétrospective 2020 », en confectionnant une boîte qui recueillera des messages de gratitude au courant de la prochaine année.