Moisson Estrie réalise plus de 100 dépannages alimentaires par jour et s’attend à devoir encore augmenter la cadence dans les prochaines semaines.
Moisson Estrie réalise plus de 100 dépannages alimentaires par jour et s’attend à devoir encore augmenter la cadence dans les prochaines semaines.

Les banques alimentaires en équilibre précaire

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Engagée dans une sorte de marathon dont on ignore la durée, Moisson Estrie travaille fort pour se maintenir à flot et répondre à la demande croissante de dépannages alimentaires qui vient avec la crise de la COVID-19.

« Moisson Estrie existait avant la pandémie et c’était déjà un défi au niveau financier et de l’approvisionnement en denrées », met en perspective sa directrice générale Geneviève Côté. « Aujourd’hui, avec la réalité de la pandémie, c’est un double défi. »

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La banque alimentaire est rendue à plus de 100 dépannages par jour.

« On avait déjà une moyenne pouvant aller jusqu’à 80 dépannages par jour en fin de mois. Et on continue d’accompagner ces personnes qui étaient dans le besoin avant la COVID », précise Mme Côté.

« Mais on voit de plus en plus d’ouvertures de dossiers pour des personnes qui subissent les fermetures d’entreprises, qui n’avaient pas de grandes réserves d’argent, dont la demande d’aide n’a pas été traitée aussi rapidement qu’annoncé ou qui tombent entre deux chaises sur certains critères », détaille-t-elle, sans pouvoir cacher son appréhension pour les prochaines semaines.

Même si Québec a rapidement débloqué à la fin mars un fonds d’urgence de 2 M$ pour soutenir les banques alimentaires, Moisson Estrie est loin d’être millionnaire, prévient-elle. Cette aide est partagée selon le système établi du réseau provincial des banques alimentaires en fonction du nombre de personnes aidées et selon ce système, la part de Moisson Estrie est de 4 pour cent (80 000 $).

Quant à l’enveloppe de 100 M$ promise par Ottawa, on n’en connaît pas encore les règles de distribution mais on peut penser que cela suivra le même modèle, à l’échelle du pays.

« L’argent supplémentaire va peut-être compenser pour la demande supplémentaire, on le souhaite, mais pour nos dépenses courantes qu’on fait en temps normal avec nos campagnes de financement, là on vit du stress », précise Geneviève Côté.

Car au printemps, les tablettes garnies du temps des Fêtes sont déjà loin derrière et l’organisme reprend généralement ses activités de financement, qu’il ne pourra pas tenir cette fois-ci à cause de la pandémie.

« On sent aussi une certaine détresse humaine dans tout ce qui arrive. Nous-mêmes comme personne qui ne sont pas nécessairement dans le besoin, on se sent facilement exclus et isolés. Ce n’est rien pour aider les gens qui étaient déjà isolés socialement tout ce qui arrive. Et le soutien psychologique va peut-être finir par manquer avec toutes les organisations fermées qui avaient pour rôle de soutenir ces gens-là. C’est un peu notre inquiétude aussi. »

Une belle mobilisation

Heureusement la communauté soutient l’organisme et les gestes de solidarité se multiplient pour l’aider à remplir sa mission.

Les citoyens répondent également présents à l’appel au bénévolat formulé par les premiers ministres Legault et Trudeau.

« On a perdu beaucoup de bénévoles réguliers parce qu’ils avaient plus de 70 ans, mais de nouveaux bénévoles se sont greffés avec des compétences tout aussi exemplaires. On a des dentistes, des ingénieurs, des enseignants à la pelletée qui viennent nous donner un coup de main », raconte Geneviève Côté.

« Ce sont des gens dévoués qui font un travail remarquable pour répondre au téléphone, retourner les appels le plus vite possible, référer les ressources qui existent, donner de bons conseils et parfois juste être une oreille attentive à ce que les gens vivent. Les gens qui viennent nous donner un coup de main sont d’une patience incroyable. C’est fou comme ça rayonne, actuellement, Moisson Estrie à l’intérieur. »

Sur le terrain, l’augmentation des demandes a nécessité certains ajustements pour éviter la cohue et maintenir les mesures de distanciation sociale.

La banque alimentaire a augmenté ses heures de rendez-vous et il revient aux bénévoles de préparer les boîtes de nourriture pour les bénéficiaires, qui leur seront remises à l’extérieur.

« On a aussi mis en place avec des partenaires privés comme Nissan Sherbrooke un service de livraison pour les personnes qui rencontrent certains critères, dont les 70 ans et plus », annonce Mme Côté.

« C’est beau cette mobilisation, c’est très encourageant, conclut-elle. Et il faut garder espoir que ça va bien aller. »

Un Centraide alimentaire

Connue comme banque alimentaire, la mission première de Moisson Estrie est néanmoins d’approvisionner pas moins de 50 organisations de son territoire.

Banques alimentaires, cuisines collectives, soupes populaires et services d’hébergement figurent parmi ses « clients ». « On est un peu comme un Centraide alimentaire », explique Geneviève Côté.

Or ces organisations subissent elles aussi les impacts de la pandémie.

« Pour eux aussi la demande augmente, mais par chance certaines organisations ont suspendu leurs activités ou les ont diminués alors ça nous permet de redistribuer le volume qui leur était attribué à d’autres organisations, explique-t-elle. Pour l’instant ils n’ont pas vécu de baisses, mais il faut que la cadence continue. La récupération dans les épiceries, la sollicitation de fournisseurs, l’appel aux dons, c’est notre défi quotidien. »