Les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) qui offrent des services à domicile à la clientèle vulnérable du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont très inquiets, tout comme leur syndicat.
Les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) qui offrent des services à domicile à la clientèle vulnérable du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont très inquiets, tout comme leur syndicat.

Les ASSS ont peur de transmettre la maladie à leurs patients

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) qui offrent des services à domicile à la clientèle vulnérable du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont très inquiets, tout comme leur syndicat. Au moins une ASSS aurait été testée positive à la COVID-19 au cours des derniers jours. Pendant ce temps, les ASSS doivent continuer de se rendre à domicile chez leurs clients avec très peu de moyens pour se protéger et pour protéger leurs clients contre une transmission possible du coronavirus.

Soulignons que les ASSS donnent des services directs à leurs clients qui se trouvent dans des résidences privées ou encore dans des résidences privées pour aînés, comme de l’aide au bain, des toilettes partielles, de l’aide à l’alimentation, au lever ou au coucher par exemple.

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36 nouveaux cas en Estrie

« Il est impossible de respecter la norme du deux mètres de distanciation sociale, ce sont des soins directs que les ASSS offrent aux bénéficiaires », indique Éric Bergeron, conseiller syndical au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente plus de 4000 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Depuis le début de la pandémie, les ASSS font leurs journées comme à l’habitude : ils doivent visiter leurs patients habituels, passant de maison en maison sans protection.

« Depuis lundi, les ASSS ont reçu une consigne comme quoi ils doivent porter des masques à tous les endroits. Mais quand ils partent pour leur journée, ils reçoivent deux masques de procédure, un pour l’avant-midi, l’autre pour l’après-midi. Par contre, s’il est souillé lors d’un soin, le masque doit être jeté. Mais alors, l’ASSS n’en a plus », ajoute-t-il.

Ces travailleurs qui offrent des soins à domicile ont peur pour leur propre santé, certes, mais ils ont aussi vraiment peur pour leurs clients.

« Il est impossible de respecter la norme du deux mètres de distanciation sociale, ce sont des soins directs que les ASSS offrent aux bénéficiaires », indique Éric Bergeron, conseiller syndical au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

« Si un ASSS est porteur de la COVID-19 sans symptôme, combien de personnes vulnérables aura-t-il eu le temps de contaminer avant de le savoir? On l’a vu avec les premières enquêtes de la Santé publique de l’Estrie : une seule personne contaminée peut causer des dizaines de cas. J’imagine sans peine une ASSS dans quelques mois être en choc post-traumatique parce qu’elle aura été à l’origine de plusieurs cas parmi sa clientèle et les membres de leur famille », indique Éric Bergeron.

Le SCFP demande à l’employeur de trouver rapidement des solutions pour rendre les masques et les jaquettes disponibles au personnel qui travaille en soins à domicile, même si la pénurie est un problème criant à l’échelle du Québec et même du monde entier.

« Il y a sûrement possibilité de rendre des jaquettes en tissu disponible, ce serait déjà ça. C’est le temps d’innover, de trouver des solutions, même si ce sont avec les moyens du bord. Il faut ajouter de la protection, pour le bien des ASSS et des employés », indique le conseiller syndical du SCFP.

Un nombre limité de masques

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS rétorque pour sa part qu’elle a effectivement pris la décision, lundi, de remettre un nombre limité de masques à tous ses employés qui ont des contacts directs avec la clientèle, « même lorsque ce n’est pas cliniquement requis ».

« C’est une orientation qui vise à protéger nos usagers et nos employés, car nous sommes conscients qu’il y a de la transmission communautaire en Estrie. Le tout doit se faire en faisant une saine gestion de notre inventaire d’équipements de protection », indique la porte-parole de l’établissement Annie-Andrée Émond.

En point de presse mardi, le premier ministre François Legault a réitéré que de nombreuses démarches étaient en cours pour assurer l’approvisionnement de masques, entre autres, de tous les établissements du Québec.

« Même si l’on espère avoir des livraisons dans les prochains jours, on ne peut pas les considérer tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas été livrés. Il faut donc gérer nos équipements pour être en mesure de faire face à la crise si elle perdure », ajoute Mme Émond.